Je n’aurai pas l’outrecuidance de vous reparler ici du talent et de l’importance de Wasterlain pour l’histoire de la bande dessinée belge, notre ami Gilles Ratier lui ayant consacré un brillant « Coin du Patrimoine » à l’occasion de la sortie du premier volume de l’intégrale de « Docteur Poche » en 2010 (je vous conseille de lire cette belle synthèse du parcours de Wasterlain en cliquant ici). Mais je ne peux non plus embrayer cette chronique sans rappeler combien Wasterlain est une figure incontournable et magnifique de l’histoire du 9e art. Pour de bonnes raisons. Que dis-je… Pour d’évidentes raisons, au-delà du fait que si l’on reconnaît souvent un grand artiste à son humilité et à sa discrétion, à son humanité, alors Wasterlain est un très grand. Malgré tout, cette poésie et cette révolte humaniste qui pétrissent l’âme de Wasterlain furent en soi une belle et douce et nécessaire révolution dans l’histoire du journal Spirou – avec toutes les répercussions qu’engendrent le seul nom de cette publication. Wasterlain, avec Walthéry, notamment, a été une charnière entre l’âge d’or des piliers de l’école de Marcinelle (Jijé, Franquin, Morris, Peyo) et l’ère moderne des années 70, permettant à Spirou d’évoluer avec son temps, de casser avec l’identité d’un dessin belge « obligatoirement » rond et rebondissant. Même si l’on sent une belle influence de Franquin dans le dessin de Wasterlain, celui-ci opère néanmoins un virage graphique, insufflant une ligne moins bonhomme, angulaire et courbe à la fois, suave mais caractérielle, sensible et nerveuse, engendrant ce je ne sais quoi d’irrésistiblement fascinant dans le trait et l’esthétique générale qui s’en dégage. Quelque chose d’unique de fort et fragile à la fois. Nul doute que c’est en grande partie grâce à l’avènement de Wasterlain chez Dupuis que la vénérable maison d’édition accueillera dans Spirou des artistes comme Hislaire, au style moins « gros nez ». En parlant de nez, celui du Docteur Poche fut aussi une petite révolution, puisque sa minceur et sa longueur (magnifique !) semblaient poser problème à pas mal de gens, dont Jijé lui-même – comme quoi, on peut être un maître et se tromper !

Depuis ses débuts, Wasterlain a créé un univers et des personnages aussi différents que cohérents, ayant tous en commun des valeurs comme l’humour, l’humanité, l’éthique, entre indignation et énergie vitale. Du bon Docteur Poche à l’impétueuse Jeannette Pointu, du sympathique Ratapoil au poétique et changeant Monsieur Bonhomme, de Gil et Georges aux Pixels, sans oublier les cocasses Bob Moon et Titania, les personnages de Wasterlain ont toujours apporté quelque chose d’original et de terriblement touchant dans le monde de la bande dessinée. Au-delà du plaisir d’être membre de l’ASBL « L’Univers de Marc Wasterlain » et de faire désormais partie des « Amis de Marc Wasterlain », il y a donc Quatrième de couv’, cette publication ne pouvant que ravir les amateurs du dessinateur par la richesse et la diversité des documents qu’elle propose. Paraissant deux fois par an (en juin et en décembre), cette revue de 28 pages ne cesse de s’améliorer, étant par exemple passée de 2 à 8 pages couleurs, et bénéficiant de la mise en pages d’Alain Maury et des couleurs de Baloo. Après le traditionnel et passionné édito du président de l’Association, Claudy Lempereur, nous plongeons donc dans une véritable caverne d’Ali Baba où Marc Wasterlain parle souvent lui-même aux lecteurs des différents sujets abordés, nous permettant de mieux appréhender la carrière et les œuvres de cet artiste par des informations personnelles ou inédites, des anecdotes et des inédits commentés. Quelques commentateurs éclairés et proches de l’artiste viennent compléter le propos par des regards, des analyses, des témoignages sincères et passionnés. Et comme Marc est un homme de cœur, il consacre dans chaque numéro un dossier sur une personnalité qu’il invite très amicalement. Outre la couverture réalisée spécialement par Wasterlain et le fait que chaque exemplaire soit numéroté et signé par l’artiste, il y a donc des pépites exhumées, révélées, commentées, et c’est avec émerveillement que nous pouvons à nouveau avoir accès à des rubriques parues dans Spirou et qui n’avaient jamais été rééditées, à des dessins étant parus dans des publications assez confidentielles, des esquisses, des recherches et des dessins inédits, des planches jamais publiées en albums, etc., etc., etc.
À ce jour, 8 numéros sont parus (dont le dernier la semaine dernière seulement, il est tout chaud tout beau). Je vais commenter ci-dessous l’ensemble de ces numéros de manière quasi-exhaustive afin de vous donner une meilleure idée de ce que contient cette publication épatante. Rendez-vous en fin d’article pour savoir comment devenir membre, acheter des numéros de Quatrième de couv’, ou contacter l’association.
Quatrième de couv’ n°1 (décembre 2007)
En ouverture de ce premier numéro, Wasterlain revient sur l’histoire de Docteur Poche « Le Monstre qui volait » et nous propose des croquis inédits, ainsi que l’épisode en noir et blanc (qui nous permet d’apprécier le dessin dans toute sa saveur et de voir combien l’amour du dessin de Franquin transparaît sans jamais mettre en danger le propre style de Wasterlain). Puis nous avons droit à la première partie de la réédition de la fameuse rubrique « Le Musée des oiseaux extraordinaires » qui avait été publiée dans Spirou en 1978 : un pur bonheur. Wasterlain écrit ensuite sur sa dernière création, « Les Pixels » (dont je vous ai parlé dans deux articles à lire en cliquant ici et ). S’ensuivent les témoignages de Marc Hardy, de l’éternel complice François Walthéry, et un dossier consacré à Baloo, l’ami et collaborateur. Parmi les petites pépites de la revue, il y aussi le témoignage de J.-C. de la Royère qui revient – dessins et strip à l’appui – sur la collaboration de Wasterlain au mensuel rock En Attendant. La revue se termine par des photos sympathiques et un commentaire scientifique sur « Jeannette Pointu ».

Quatrième de couv’ n°2 (juin 2008)
Wasterlain revient sur le personnage de Jeannette Pointu, dévoilant ses références et ses intentions par les mots et l’image. L’invité du n°2 est l’inénarrable F’murrrrrrrrrr qui nous parle de Wasterlain : portrait croisé avec l’auteur qui permet de revenir aussi sur l’histoire des fameux « 3W » (les fans comprendront). Après un petit précis historique éditorial de la série « Jeannette Pointu », nous pouvons lire une histoire de cette sympathique héroïne inédite et non reprise en album, ayant pour sujet le Paris Dakar. Infos et photos sur la première assemblée générale de l’ASBL lui succèdent, avant de savourer une part moins connue de l’art de Wasterlain : l’écriture de nouvelles. Sur 5 pages illustrées par l’auteur, nous pouvons donc lire « L’Orchidée tigrée », une aventure en prose de Jeannette Pointu. Luc Caudron nous propose une page sur les dessins d’avions de Wasterlain, et Fanny Rochez et Stéphane Boudart, 2 journalistes, portent un regard attentionné sur leur confrère de papier, Jeannette Pointu. La demoiselle est décidément à l’honneur de ce n°2, puisque la revue se clôt sur deux textes de Wasterlain où il parle des ramifications scientifiques, écologiques et éthiques qui parcourent la série (sans oublier la pin-up en 4ème de couv’ !).

Quatrième de couv’ n°3 (décembre 2008)
Ce n°3 démarre fort avec 4 pages absolument passionnantes et rarissimes sur les liens entre Wasterlain et la musique. Son parcours musical personnel, mais aussi ses amitiés, ses goûts, et bien sûr les dessins qu’il réalisa pour le mensuel En Attendant ou des pochettes de disques (dont le sien : « Ôh, quand j’étais petit ! », mais aussi ceux de William Dunker ou Albert Delchambre) : trop trop bien ! Puis Marc revient sur l’une des histoires les plus fortes du Docteur Poche : « Karabouilla », qui bouleversa nombre de lecteurs… De nombreuses pages sont ensuite consacrées à une autre histoire marquante de la série : « La Planète des chats », revenant sur son adaptation en disque et proposant de magnifiques croquis et recherches. Une planche et des explications sur la collaboration de Wasterlain à la série « Sillage » démontre à ceux qui avaient loupé cet événement combien notre homme sait jouer avec les styles graphiques… Les invités sont cette fois Olivier Grenson et Renaud. Après une planche parodique de « Quick et Flupke », Claudy Lempereur nous parle de Wasterlain et d’Hergé. Pierre-André Dionnet, quant à lui, débute un important dossier où il analyse la place des singes dans l’œuvre de Wasterlain, images à l’appui. Enfin, les traditionnelles « photos reportages » rendant compte des dernières actualités, signatures, déplacements de Wasterlain referment ce n°3 dont la 4ème de couv’ nous propose un gag de « Docteur Poche » jamais réédité en album jusqu’alors.

Quatrième de couv’ n°4 (juin 2009)
Un numéro mettant en avant la série « Gil et Georges » dont Wasterlain nous parle en détails avant de nous proposer les toutes dernières pages du récit « La Petite Princesse des 7 planètes ». Nous avons à nouveau le plaisir de lire une nouvelle écrite par Wasterlain, illustrée et s’étalant sur 4 pages, dans un style polar où l’on touche du doigt le goût de l’auteur pour le rythme et la musique des mots, n’hésitant pas à user d’onomatopées sans concession. Une facette intéressante de l’auteur se dévoile ici avec encore plus d’évidence et de force que dans la nouvelle sur Jeannette Pointu qui était à mon avis trop dans l’ombre de la bande dessinée, comme un script qui ne dirait pas son nom. Ici, Wasterlain se détache totalement de ses personnages pour nous offrir un récit sombre, noir, plein de bruit et de sueur : à quand un polar en long format ? Une page est consacrée à Malik qui prend la parole pour la bonne cause – à savoir les dysfonctionnements qui gangrènent la profession. La rédaction nous propose ensuite quelques regards sur différentes cases tirées de l’œuvre du maître, ainsi qu’une page entière de projets de couvertures – malheureusement – avortées. Pierre-André Dionnet referme son intéressant dossier sur les singes dans l’œuvre de Wasterlain. L’invité du numéro n’est autre qu’Alain Maury qui – bien avant de devenir le maquettiste de Quatrième de couv’ – est l’ami et le confrère de Wasterlain, ayant réalisé des crayonnés sur « Jeannette Pointu » ou « Gil et Georges ». C’est Alain Maury qui reprit « Les Schtroumpfs » avec Yvan Delporte après la disparition de Peyo, mais aussi « Johan et Pirlouit », sans oublier ses œuvres plus personnelles comme « Beluga », « Le Contact », et les livres de son épouse Françoise Pirart qu’il illustre avec amour ! Quelques reproductions de dédicaces « hergéennes » referment le numéro avant la 4ème de couv’ qui propose une planche rare que Wasterlain a réalisée sous le pseudo « Topin » : « Ringard, le roi des loubards ».

Quatrième de couv’ n°5 (décembre 2009)
Un superbe croquis de « Bob Moon et Titania » orne la couverture de ce n°5 très éclectique. Après un retour sur cette série, la revue nous propose des raretés absolues : des dessins et des planches parues dans L’Incisif, bulletin bimestriel d’information professionnelle de la chambre syndicale dentaire de Wallonie : vous avez dit improbable et collector ? Yes ! Wasterlain revient sur ses liens avec Yvan Delporte, et nous propose une histoire inédite en album de « Jeannette Pointu » ayant pour thème les courses automobiles. Puis l’éditeur Michel Jans (Mosquito) nous parle du lancement de sa nouvelle collection jeunesse inaugurée par Wasterlain avec ses « Pixels ». Wasterlain consacre 2 belles pages à son cousin Jean Harlez, cinéaste, aventurier et artiste qui a l’air plus que tout à fait intéressant ! Un petit tour du côté du Docteur Poche, des reportages photos où viennent s’inviter quelques jolis et rares dessins, sans oublier l’assemblée générale de l’ASBL, et nous voici déjà à la fin du numéro, paré d’une sublime couverture de disque qu’avait réalisée Wasterlain pour le groupe BAR. En 4ème de couv’, une planche scénarisée par J.-C de la Royère et intitulée « Copabanana ».

Quatrième de couv’ n°6 (juin 2010)
Monsieur Bonhomme est à l’honneur de ce numéro. Alain Maury revient sur l’origine et les débuts du personnage, sur ses transformations, et nous pouvons lire 2 planches parues seulement dans l’édition belge du journal Tintin où apparaît l’anti-héros, ainsi que le récit en 7 pages « Un si joli petit bois » que Wasterlain nous présente lui-même. Très chouette ! 4 pages sont consacrées aux objets culturels et ethnologiques rencontrés dans les aventures de Jeannette Pointu. Dans la section « Marchéologie » qui exhume pour nous des raretés jamais rééditées, une rubrique d’une page parue dans Spirou en 1976 : « Mais comment font-ils ? » : absurde à souhait ! L’invité est Francis Bergèse, le dessinateur passionné d’aviation que tout le monde connaît. Puis Bertrand Pissavy-Yvernault (le co-auteur de la monographie très remarquée « Yvan Delporte, réacteur en chef ») nous parle de sa case préférée de Wasterlain : un bon choix ! Assemblée générale et reportages s’enchaînent, avant la 4ème de couv’ qui nous propose une planche issue de l’album collectif « Il était une fois… les Belges » : une belle rareté aussi !

Quatrième de couv’ n°7 (décembre 2010)
Ce numéro s’ouvre sur 4 belles pages où Wasterlain nous parle de ses lectures d’enfance : « Zozo », « Tintin », « Nounouche », Franquin, « Mickey », Calvo, « Lili », « Aggie », « Miki », etc. C’est un pan fondamental de sa sédimentation artistique que Wasterlain déploie devant nous avec intérêt et émotion. 2 pages sont dédiées à André Geerts, ce magnifique artiste malheureusement disparu trop tôt ; c’est Baloo qui nous en parle et qui interviewe l’ami et assistant de Geerts : Alain Mauricet. Ensuite, une petite perle et une rareté absolue avec l’histoire « Un Noël en famille » qui connut quelques déboires à cause du ton très caustique – frôlant la méchanceté – qu’employa Wasterlain, puisqu’elle ne fut finalement pas prise par le journal Spirou qui essaya tout d’abord de la censurer. Un collector de 8 pages tout en couleurs ! La section « Marchéologie » nous propose la suite de la fameuse rubrique « Le Musée des oiseaux extraordinaires ». Suivent 2 planches iconoclastes que Wasterlain réalisa pour un album collectif à l’initiative de la Défense belge, et 2 pages consacrées à Jo-El Azara. De nombreuses photos et actualités referment le numéro, accompagnées d’un gag de « Docteur Poche ».

Quatrième de couv’ n°8 (juin 2011)
Malheureusement, je n’ai pas ce dernier numéro en mains, car comme je vous l’ai dit il vient à peine de sortir des rotatives, mais j’en ai tout de même le sommaire et quelques images que m’a gentiment transmis une source sûre : Alain Maury. Plusieurs pages sur Jeannette Pointu avec le récit « Le Crocodile rouge » et le thème du Paris Dakar, et le making of du prochain album des Pixels : « Les Pixels et les mini-dinosaures ». Puis un détour intéressant sur Fantax, le fameux héros de Chott, avant de rejoindre le Docteur Poche. On sait que Wasterlain n’en a pas fini avec le monde de la planète des chats, qu’il redessine des personnages, des décors, des costumes, des objets… en vue d’un nouvel album ? On l’espère ! Quatrième de couv’ nous offre plusieurs dessins réalisés aux crayons de couleurs qui sont tout simplement ma-gni-fi-ques !!! Des petits bijoux, tout simplement… Après une planche BD (« La Galerie des illustres »), Verron nous dira quelle est sa case préférée de Wasterlain. Bien sûr, les rubriques reportages, actualités et « Marchéologie » sont au rendez-vous, sans oublier la fameuse 4ème de couv’ avec la planche « Hooray for Cap’tain Spaulding ». Vivement décembre !

Voilà ! Comme promis, voici maintenant toutes les informations concernant l’ASBL et Quatrième de couv’ :
1°) Cotisation annuelle à l’association des « Amis de Marc Wasterlain » :
La cotisation annuelle de 25€ donne droit entre autres à 2 numéros de Quatrième de couv’, l’un sortant en juin et l’autre en décembre. Il est possible de payer à n’importe quel moment de l’année !
De Belgique ou de l’étranger, directement sur le compte :
ASBL « L’Univers de Marc Wasterlain »
Banque: 000-3259446-52
IBAN: BE64/0003 2594 4652
BIC: BPOTBEB1
De France :
Chèque exclusivement libellé à l’ordre d’Oriana ESPOSITO, à l’exclusion de toute autre mention.
À envoyer à l’adresse suivante :
ASBL « L’Univers de Marc Wasterlain »
Rue du Longfaux, 6
B – 7133 Buvrinnes
BELGIQUE
2°) Numéros de Quatrième de Couv’, numérotés et signés par Marc Wasterlain:
20€ l’exemplaire, mais 15€ par exemplaire si vous en achetez 2 ou plus.
De Belgique ou de l’étranger, directement sur le compte :
ASBL « L’Univers de Marc Wasterlain »
Compte 000-3259446-52
« La Poste », 2 rue Carlo Mahy, B – 7130 BINCHE
IBAN: BE64 / 0003 2594 4652 BIC: BPOTBEB1
De France:
Chèque exclusivement libellé à l’ordre de la trésorière, ESPOSITO ORIANA, à l’exclusion de toute autre mention.
À envoyer à l’adresse suivante :
ASBL « L’Univers de Marc Wasterlain »
Rue du Longfaux, 6
B – 7133 Buvrinnes
BELGIQUE
3°) Contact :
Pour d’autres informations, contactez le secrétaire de l’association :
Francis Degré
Rue de la Hayette, 43
B – 7070 Le Roeulx
Téléphone: 0032 (0)64 66 54 36
Courriel: francisdegre@gmail.com
That’s all, folks !!! Vive Wasterlain, vive la bande dessinée, vive la Belgique !
Cecil McKINLEY