Elle n’est pas très bien dans sa peau ni dans son monde. Souvent en conflit avec ses parents qui la voudraient plus dynamique, elle se confie plutôt à sa chatte, Moïra, et se réfugie dans la rêverie et dans l’attente. L’adolescence est un temps particulier, presque paradoxal, dont l’attente et l’impatience sont deux composantes essentielles.

Un jour, par hasard, elle entre au Théâtre du Vent, dirigé par un homme imposant, mystérieux et aveugle, Alessandro. Celui-ci a le pouvoir de transporter physiquement ses acteurs dans l’univers de la pièce qu’ils interprètent. Avec les Black Rose, un groupe d’adolescents gothiques très fermés, qui fréquentent le même collège qu’elle mais qu’elle n’aime guère, Nanami entre dans la troupe et le Royaume invisible. Elle devient alors la princesse Akata, qui doit lutter pour récupérer son trône.
Nanami vit une double vie, à l’insu de ses parents, et s’éloigne de plus en plus du monde réel, de son amie Chloé.
Le Royaume invisible nous entraîne dans un univers de fantasy, à la fois magnifique et sombre. Il est déchiré par des luttes de pouvoir, des querelles, des complots, des renversements d’alliances, après l’assassinat du roi légitime. Nanami / Akata, naïve mais déterminée, lutte pour renverser l’usurpateur. Mais elle est manipulée par des forces qui la dépassent et met sa vie en danger.
Dans ce quatrième volume, on retrouve une jeune fille exsangue, plongée dans le coma dans la vie réelle, qui s’affaiblit de plus en plus dans son royaume perdu. Coincée entre deux mondes, elle va mourir. Autour d’elle, dans les deux univers, on s’agite. Matéo, le prince légitime du royaume, entre en scène pour imposer son bon droit. Il peut sauver Akata. Robinson, l’un des membres des Black Rose, amoureux de Nanami contre l’avis de sa tribu, peut aussi sauver la jeune fille. Il doit affronter les gardiens du royaume … Le dénouement est proche, attendons le 5ème et dernier opus de cette série.

« Nanami », série entamée en 2006, est le fruit de plusieurs rencontres.
Entre un scénariste prolifique, Éric Corbeyran, une romancière, Amélie Sarn, et une illustratrice, Nauriel.
Entre l’Occident et l’Orient, puisque cette série est conçue par les auteurs comme un shôjo, destiné aux adolescentes.
Entre deux mondes : celui de la réalité quotidienne d’une adolescente, à laquelle les jeunes lectrices peuvent s’identifier immédiatement, et celui d’un univers de fantasy, dans lequel ces mêmes lectrices se plongent avec délice.
Et ça marche ! Plébiscitée par les filles, qui attentent impatiemment la parution de chaque épisode, « Nanami » est récompensée par de nombreux prix, décernés par des collectifs de lecteurs ou des professionnels.
« Nanami » comble donc un manque dans l’offre éditoriale destinée à ce public spécifique et montre que l’on peut concilier manga et bande dessinée franco-belge. La jeune héroïne est attachante, intéressante mais victime de sa naïveté et de son inexpérience. Saura-t-elle prendre son destin en main ? Il nous faut attendre encore un peu pour le savoir.
Catherine GENTILE
« Nanami » T4 (« Le Prince noir ») par Amélie Sarn et Nauriel
Éditions Dargaud (12,95 €)