Parmi leurs nombreux petits joyaux communs, les épisodes de « Clifton » auxquels ils ont contribué méritent vivement d’être relus et remis en exergue car ils n’ont absolument pas vieilli d’un poil ! Justement, voilà que les éditions Le Lombard continuent de nous re-proposer cette série policière, aussi drôle que passionnante, sous la forme d’intégrales tout à fait recommandables, dont le troisième opus vient de sortir !
Ce n’était pourtant pas facile de passer après Raymond Macherot, le créateur de la série (en décembre 1959) ! Cependant, ce dernier les intronisera officiellement en les appelant au téléphone « pour les féliciter de cette reprise qu’il jugeait remarquable », dixit le journaliste Jacques Pessis, le responsable des dossiers d’introductions de cette intégrale, dans le tome 2 ! En effet, en 1970, c’est Michel Greg, alors rédacteur en chef de l’hebdomadaire Tintin, qui propose, à notre duo de choc, d’assurer la relève graphique des enquêtes du colonel « Clifton » qu’il avait lui-même ressuscitées (en 1969), avec l’aide de Jo-Ël Azara au dessin, le temps d’un seul épisode ; car le dessinateur de « Taka Takata » ne souhaitait pas prolonger l’expérience(1). Il faut dire que le créateur d’« Achille Talon » connaît bien nos deux loustics et il sait très bien qu’il peut compter sur eux pour allier humour « so british » et efficacité graphique ; en effet, Turk et Bob de Groot ont fait partie de son célèbre studio, tout comme Dupa, Dany ou Hermann : autres jeunes dessinateurs auxquels Greg avait déjà donné toutes leurs chances dans le « journal des jeunes de 7 À 77 ans » !
Le rédacteur en chef de Tintin va quand même co-écrire les deux premiers épisodes dus à ce jeune tandem d’humoristes : « Le Voleur qui rit » (trente et une pages publiées dans Tintin, du n°40 au n°48 de 1972) et « Le Mystère de la voix qui court » (quatorze pages publiées du n°1153 au n°1158 de 1970), lesquels seront également édités dans l’album « Le Voleur qui rit » des éditions Le Lombard, en 1994. Greg va cependant s’éclipser très vite au profit du talent narratif du gagman Bob de Groot, lequel va s’échauffer sur différentes histoires courtes de seize pages publiées dans le pocket trimestriel Tintin SélectionLes Émeraudes se font la malle ! » dans le n°15 de 1972, « Atout… Cœur pour Clifton ! » dans le n°17 de 1972, « Roue libre » dans le n°18 de 1973, « Un pépin pour Clifton » (de six pages seulement) dans le n°25 de 1974et « Suspense Street » dans le n°35 de 1977), puis plus tard dans le supplément Super Tintin : « 77345 », six pages accompagnées par « Ascenseurs et voleurs » (une demi-page de jeux) dans le n°1 de 1978 et « Il y a des jours hélas où tout va bien ! » dans le n°16 de 1982 (quatre pages).
Hélas, pour le moment, l’intégrale actuelle ne reprend que les histoires longues déjà publiées en albums séparés par Le Lombard, occultant donc tous ces courts récits ! Ainsi, le volume 2 ne comporte-t-il que « Le Voleur qui rit », les trente pages d’« Alias Lord X »proposées dans les n°2 à 11 du magazine (en 1974) et les deux aventures de quarante-six planches suivantes : « Sir Jason » (pré-publié du n°30 au n°37 de 1975) et « Ce cher Wilkinson » (originellement contenu dans les n°48 de 1976 au n°13 de 1977).

Le troisième opus, quant à lui, regroupe les quatre autres excellents long-métrages (la plupart du temps composés de quarante-six pages) qui leur succèdent : « Sept jours pour mourir » (paru du n°28 au n°44 de 1978), « Atout… Cœur ! » (récit qui développe le thème du récit complet « Atout… Cœur pour Clifton ! » de 1972, en quarante pages publiées du n°48 de 1979 au n°8 de 1980), « Une panthère pour le colonel » (du n°31 au n°45 de 1980) et « Week-end à tuer » (du n°40 de 1982 au n°1 de 1983). Et ce sont, certainement, les meilleurs dus à notre couple infernal, même si Turk, quelque peu débordé, doit faire appel à deux assistants pour le seconder : Walli sur « Une panthère pour le colonel » et Michel Breton sur « Week-end à tuer » !
Espérons simplement que le prochain tome nous propose, enfin, ces histoires courtes inédites en albums(2), en plus de « Kidnapping » : la dernière enquête dessinée par Turk, qui profitait encore de l’aide momentanée de Michel Breton sur ces quarante-six pages pré-publiées du n°414 au n°426 de 1983. Ceci avant qu’il ne cède la place à Bédu en 1985, puis à Michel Rodrigue en 2003 : Bob de Groot continuant à assurer, sur diverses périodes, l’écriture de certains épisodes.
En ce qui nous concerne, voilà aussi l’occasion de faire le tour de la carrière de cet excellent dessinateur humoristique qu’est Turk, en reprenant une partie des écrits que nous avions réalisés pour l’album « philabédé » consacré à ce drôle d’inventeur de « Léonard » et que le Centre Belge de la Bande Dessinée a édité en 2010(3). Né le 8 juillet 1947 à Durbuy (Province du Luxembourg, dans les Ardennes belges) d’un père ébéniste et d’une mère qui tenait une pension de famille, ce sont ses lectures d’enfants qui ont emmené au dessin le jeune Philippe Liégeois : élève un peu paresseux et toujours dans la lune. Il faut dire que le bougre avait bon goût : il dévorait « Johan et Pirlouit » (Peyo reste l’une de ses principales influences), « Spirou et Fantasio », « Gil Jourdan », « Tif et Tondu » et « Buck Danny » : des séries qu’il n’hésitait pas, ensuite, à redessiner pour s’amuser. Et c’est dès l’âge de seize ans qu’il débute sa carrière, au studio de dessin des éditions Dupuis, après que sa première histoire humoristique de quatre planches (« Eustache Trompe ») soit publiée dans l’hebdomadaire Spirou, dans le numéro 1547 du 7 décembre 1967 : « J’avais bien aimé l’idée de Greg de prendre le talon d’Achille pour lancer un héros philosophe et bedonnant au nom inspiré de ce dernier. J’ai donc fait de même avec la trompe d’Eustache, ainsi que pour ma signature : si grec égalait Greg, turc est devenu Turk ! ».
Ce sera le seul récit que Turk réalisera tout seul ; car c’est dans cet atelier des éditions Dupuis qu’il rencontre celui qui allait devenir son scénariste, et avec lequel il sympathise immédiatement : « À l’époque, il n’y avait pas d’écoles de dessins orientées bande dessinée : il n’y avait que des écoles d’art, ce qui ne me plaisait absolument pas ! Moi, je voulais faire de la BD !!! J’en avais d’ailleurs réalisé une, pour m’amuser, et ma mère, sans me le dire, l’avait envoyé au journal Spirou. J’étais fou de rage car, pour moi, ces dessins étaient loin d’être suffisamment aboutis : mais maman me trouvait doué ! Le rédacteur en chef Yvan Delporte aussi puisqu’il m’a convoqué ! Quant au directeur artistique de l’hebdomadaire, Maurice Rosy, il a bien voulu me recevoir. Après avoir longuement critiqué mes essais et m’avoir quand même donné quelques pistes pour progresser, il m’a invité au studio de dessins des éditions Dupuis pour me montrer son fonctionnement. Je m’y suis incrusté et, à la longue, ils ont bien été obligés de m’engager ! »
Le jeune Turk y illustre, notamment, une courte chronique intitulée « 7 jours de la vie du monde » qui, comme son titre l’indique, était divisée en sept : un paragraphe pour chaque jour de la semaine, orné de l’un de ses dessins. On y relève alors l’influence prépondérante du style d’André Franquin : son autre maître à dessiner… « Quant à ma vraie rencontre avec Bob, elle a eu lieu après avoir accompli mon service militaire et que je sois revenu au studio, où des gens comme Serge Gennaux (« L’Homme aux phylactères ») et Louis Salvérius (le premier dessinateur des « Tuniques bleues ») me prodiguaient leurs bons conseils. Je m’étais rendu compte que j’étais plus doué pour le dessin que pour le scénario et j’ai demandé à tout le monde de me faire rencontrer un scénariste. Quelqu’un du studio, le dessinateur publicitaire Raymond Godard, a fini par me dire d’aller voir Bob ! Il était un peu plus âgé que moi et je le connaissais un peu… Ceci dit, pour moi, ce n’était pas vraiment un scénariste puisqu’il dessinait lui-même ses bandes dessinées. Cependant, nous nous sommes aperçus, très vite, que nous avions beaucoup de points communs et le même sens de l’humour. Nous avons commencé à travailler ensemble, plus pour le plaisir que par nécessité, en se donnant des coups de mains pour finir nos planches ; et, de fil en aiguille, nous en sommes arrivés à fêter nos quarante ans de « vie » commune ! ».
Pourtant, Turk n’a pas encore complètement confiance dans sa vocation de dessinateur. La preuve : il s’exile pendant un an à la Sabena (l’ex-compagnie belge de transport aérien) où il passe ses journées à classer des papiers. Parallèlement, il continue pourtant à travailler -la nuit donc- pour les éditions Dupuis, particulièrement sur la collection des « Gags de poche » : des condensés d’albums de Maurice Tillieux ou de Marcel Remacle et de comics américains au format de poche, où il devait découper toutes les images et les assembler sur une maquette en complétant les cases manquantes et en recentrant les textes. Ainsi, en copiant les différents styles et en imitant les nombreuses ficelles de narration, notre dessinateur en herbe apprend énormément. Or, après l’une de ses dures nuits de labeur, son chef de service se permet de lui faire une réflexion parce qu’il est arrivé, pour la première et unique fois, en retard au travail. C’en est trop pour le jeune Turk qui lui claque la porte au nez… !
Tout d’abord, en 1968, Turk et de Groot, dont les noms seront bientôt indissociables, vont dessiner, ensemble (et sur scénarios de Bob), les trois « mini-récits » d’« Archimède » publiés dans Spirou : les histoires d’un type qui attirait les ennuis comme un paratonnerre la foudre. Il faut d’ailleurs préciser que Philippe et Bob s’amusent déjà des mêmes plaisanteries, partagent le même regard sur le monde, ont les mêmes références dans divers domaines et aiment tous les deux les belles voitures, les bons restaurants, les forteresses volantes, Tex Avery, André Franquin et Maurice Tillieux : c’est ce qu’on appelle avoir des atomes crochus, non ?
Puis, comme Fred (l’auteur de « Philémon ») envoyait toujours ses irrésistibles scénarios de « L’Agent caméléon 4X8=32 » qu’illustrait Bob depuis 1968, au dernier moment, ce dernier appelle son complice à l’aide pour réaliser quelques épisodes qui seront publiés dans Pilote, en 1969 : les commandes continuent alors d’affluer et les nuits blanches succèdent aux nuits blanches pour les honorer… :

« C’est à cette époque que j’ai rencontré Greg, le créateur d’« Achille Talon ». Ce scénariste prolifique était alors rédacteur en chef de Tintin et nous lui avons proposé, en 1969,notre premier relatif succès en bande dessinée : « Robin Dubois », parodie d’un célèbre justicier qui vole les riches pour donner aux pauvres, après avoir vu le film« Robin des Bois » à la télé. Comme nous étions deux à vivre sur cette seule planche hebdomadaire, j’ai assuré d’autres travaux comme les décors du « Club des Peurs-de-rien » de Tibet, dans Chez Nous-Junior, de 1972 à 1976 (et c’est Bob qui en écrivait les scénarios).

Puis, comme notre atelier était voisin de celui de Greg, nous avons fini par intégrer son studio pour travailler sur plusieurs de ses histoires : principalement sur «Les As » qui étaient publiés dans Vaillant puis dans Pif-Gadget (de 1969 à 1973) et sur l’adaptation d’« Alice au pays des merveilles » (dans la nouvelle formule du Soir Jeunesse en 1972). Ceci dit, on ne travaillait pas vraiment en studio, on travaillait avec Greg…Avec lui, j’ai énormément appris sur la dynamique des personnages ou sur les techniques de narration ; mais comme la place disponible chez lui était déjà occupée par Dupa, Dany et Hermann, nous sommes toujours restés chez Bob, dans le petit local que nous nous étions apprêté… En fait, personnellement, je préfère travailler tout seul car je suis trop maniaque : cela ne m’a jamais vraiment convaincu de voir les décors de mes séries dessinées par quelqu’un d’autre, aussi bien réalisés soient-ils. Je n’ai d’ailleurs employé des assistants (Walli, Michel Breton ou Tome et Janry) que pendant des périodes de crise où j’étais énormément en retard et où je ne m’en sortais pas. C’est pour cela que j’ai fini par abandonner « Robin Dubois » et « Clifton » qui me prenaient trop de temps. ».
Nous vous avons déjà décrit le parcours de « Clifton » (une série qu’avec le recul, notre dessinateur regrette d’avoir abandonné, si on en croit les propos recueillis par Jacques Pessis pour le troisième tome de la récente intégrale) et, en ce qui concerne « Robin Dubois » dont les gags de plus en plus délirants et anachroniques se sont interrompus provisoirement en 1998, cette série est désormais dessinée, depuis 2007, par Miguel Diaz et Ludowick Borecki : les deux jeunes graphistes ayant adopté un style respectant parfaitement celui de Turk, pour les deux albums qui ont été, pour le moment, directement publiés par Le Lombard (toujours sur des scénarios de Bob de Groot).
Ceci n’empêcha quand même pas notre dessinateur, homme tranquille et plutôt solitaire, de signer aussi, évidemment sur des scénarios de Bob, deux histoires de quatorze ou seize pages en petit format pour Tintin SélectionAdonis sur le plateau ! » en 1970 et « Opéra–cosmique » en 1976), quelques gags éphémères pour le Soir Jeunesse dirigé alors par le dessinateur Henri Desclez (« Buzz & Toby », en 1971), pour l’hebdomadaire Chez Nous-JuniorValentin », en 1971), ou publiés dans le fanzine Hop !Zoo-zoo », en 1984)(4),et divers récits complets dans Tintin, de une à cinq planches chacun : « Pourquoi qu’il n’y a plus de châteaux forts ? Hein… Au fait ? » (en 1970), « Faites vos œufs ! » et « Un jeu complètement dément » (en 1971), « Ces métiers qu’on connaît si mal !!! », « La Loi du triceps » et « Parallèle entre un soldat de cinéma et un soldat réel » (en 1972), « La Plus grande image du monde », ainsi que des pages de publicité en bande dessinée pour les Corn Flakes de Kellog (en 1973), ou encore quelques pages hommage (au « Corentin » de Paul Cuvelier en 1981, au « Buddy Longway » de Derib en 1982 et au « Cubitus » de Dupa, dans Hello Bédé, en 1992)… Sans oublier une multitude de jeux, gags et illustrations réalisée pour le rédactionnel du « journal des jeunes de 7 à 77 ans » ! « En 1971, nous nous étions installés chez Guy Bara, le créateur trop méconnu de la série «Max l’explorateur», lequel possédait un grand studio et s’y sentait un peu seul. Il nous avait proposé d’y installer gratuitement nos tables à dessin et je me souviens qu’une nuit, avec Bob, nous avons dessiné chez lui des pages et des pages remplies de locomotives noires pour les décors des «As» concoctés par Greg : des centaines d’engins horriblement répétitifs et ennuyeux à dessiner. Nous n’avons péniblement fini le travail que le lendemain matin… Mais, à cette époque, des nuits comme celle-là n’étaient en rien exceptionnelles ! ».

Et c’est donc en 1975 qu’apparaît donc le génial « Léonard » dans Achille Talon Magazine, avant qu’il ne poursuive ses facéties aux Pays-Bas dans Eppo, puis en France dans Pif-Gadget, entre autres. Si les premières histoires ont été entièrement réalisées à quatre mains, Turk abandonne progressivement l’entière responsabilité du scénario à Bob de Groot (lequel délaisse alors totalement la partie graphique, même s’il continue à story-boarder ses histoires), adoptant un graphisme de plus en plus clair et lisible pour le plus grand nombre de lecteurs : « C’est moi qui ai créé le personnage du chat Raoul qui s’est appelé quelque temps Prosper, avant que Bob ne me propose de lui changer son patronyme et de le doter d’intelligence, de pensées et de parole : je lui ai toujours laissé la priorité au niveau des idées. Moi, maintenant, à chaque fois que je commence à vouloir écrire seul un scénario, je n’arrive jamais à le terminer. Je n’ai pas une vue objective de ce travail, alors que quand je reçois le scénario de quelqu’un d’autre, j’ai directement un avis de lecteur. ».
Mais après trente-cinq années passées à dessiner « Léonard », Turk n’en a-t-il pas marre d’illustrer les gags provoqués par son génial inventeur ? « C’est vrai que, par moments, ça pourrait passer pour de la routine… Cependant, je suis tellement content de le redessiner après un certain temps ! C’est comme quand on revoit un copain avec qui on s’entend bien et avec lequel on se met aussitôt à rigoler. Un personnage de bande dessinée, ce n’est pas seulement un dessin : c’est quelqu’un qui vit, que l’on sent au fond de soi-même… C’est d’autant plus vrai quand on pratique le genre humoristique : l’auteur s’amuse vraiment avec les protagonistes de l’histoire. C’est important car c’est là que l’on devient des metteurs en scènes, des directeurs d’acteurs… Et on ne peut pas s’en passer ! C’est comme si un bon comédien disait qu’il en a marre de jouer : c’est impossible car il aime ça ! C’est d’ailleurs un peu comme dans une comédie : et quand nos personnages jouent mal, on les gomme et on recommence. ».

Et pour Turk, le meilleur directeur d’acteurs en bande dessinée reste quand même André Franquin : le créateur de « Gaston Lagaffe » ou du « Marsupilami » et l’un des plus fabuleux dessinateurs des aventures de « Spirou » ; il faut dire aussi qu’aujourd’hui, il ne se tient plus trop au courant de l’actualité florissante du 9e art. « Je regrette même un peu la période où nos séries étaient publiées dans des hebdomadaires… On avait l’impression de faire partie d’une famille ! Tout simplement parce que, quand on recevait le journal, on lisait les bandes dessinées des autres… Ce que l’on ne fait plus forcément maintenant… »

Notre dessinateur passe donc plutôt l’essentiel de son temps à dessiner les nombreux personnages et mécanismes ingénieux inventés pour « Léonard » : une série qui l’oblige à lire régulièrement des magazines comme Science & Vie ou les mémoires de Léonard de Vinci : « Je passe de nombreuses heures sur une planche car j’ai toujours envie de rajouter quelque chose. Cela explique le fait que je ne peux pas travailler pour d’autres éditeurs ou avoir d’autres projets en bande dessinée : j’ai suffisamment de boulot comme ça ! ».
Pourtant, en 2007, toujours pour les éditions du Lombard (plus précisément pour les albums de la vivifiante collection « Troisième degré »)(5), le discret Turk nous propose un nouveau personnage dont les gags sont aussi absurdes qu’insolents : « Docteur Bonheur » ; mais cette fois-ci sur des textes de l’iconoclaste Clarke ! « Avec cette série, j’ai l’impression de réapprendre mon métier : il est vrai que je délaisse mes pinceaux au profit d’une totale réalisation sous informatique ! ».
Gilles RATIER, avec l’aide de Christophe Léchopier à la technique
(1) Toutes les enquêtes de « Clifton » dessinées par Raymond Macherot et Jo-Ël Azara sont compilées dans le tome 1 de l’intégrale proposée aujourd’hui aux éditions Le Lombard ; voir aussi le « Coin du patrimoine » que nous avons consacré à Raymond Macherot : bdzoom/article4757 !
(2) Certaines de ces histoires courtes ont quand même été reprises dans les premiers albums de la série édités par Le Lombard ; c’est le cas du « Mystère de la voix qui court » comme nous l’avons déjà écrit, mais aussi des « Émeraudes se font la malle ! » et de « Roue libre » remontés en huit pages chacun dans l’album « Alias Lord X » de 1997, de « 77345 » dans l’album « Atout… Cœur ! » de 1997 et de « Il y a des jours hélas où tout va bien ! » (où Turk est secondé par Janry) dans l’album « Les Lutins diaboliques », également daté de 1997.

(3) Pour l’occasion, Turk a illustré une courte histoire inédite concoctée par son dynamique complice et ami Bob de Groot, où notre pastiche de génie n’invente pas moins que le courrier et le facteur ! Cet album collector est en vente au Centre Belge (cbbd.be/fr/editions/la-collection-phila-bd) ; voir aussi notre article sur l’ouvrage.

(4) Le n° 35 de Hop ! contient une longue interview avec Turk et De Groot, en plus de nombreux gags inédits ! Pour en savoir plus sur les deux comparses, nous ne pouvons que vous conseiller de lire le « Coin du patrimoine » que nous avons consacré à Bob de Groot (bdzoom/article4195), les revues Pilote/Charlie n°15, n°18 et n°26, Altitude n°4, La Lettre de Dargaud n°18, Auracan n°6, Bédéka n°13, BullDozer n°5, L’Avis des Bulles n°88 et n°127, Bandes Dessinée Magazine n°6 et CaseMate n°HS1 et surtout l’ouvrage « Léonard : 20 ans de génie » publié aux éditions Appro (en 1994), ainsi que les quatre pages (reproduites ci-dessous) de « B.D. Story » réalisées par leur confrère Dino Attanasio dans le n°35 de Tintin, en 1982.




(5) Six planches de « Docteur Bonheur » ont été également publiées dans le n°4 de l’éphémère mensuel Le Strip des éditions du Lombard qui était diffusé en librairie, en août 2008 !