On va surtout retrouver l’essence même de la musique noire traditionnelle (ballades, work songs, ragtimes, blues, hollers, chain gangs…) dans ce nouveau récit qui met en scène les collecteurs John Lomax et son fils Alan, missionnés par la bibliothèque du Congrès pour sillonner les routes du sud des États-Unis, en 1933.

À l’aide d’un dictaphone à cylindre, leurs enregistrements des trésors du « folklore » américain vont se faire dans les églises, dans les plantations du Sud et dans les pénitenciers : ainsi, le père et le fils Lomax, plongés au cœur de la « vraie » condition des noirs de cette époque, ont accompli un travail immense pour la préservation et la transmission du patrimoine musical des États-Unis… Bien entendu, au-delà de cette passionnante tranche de vie totalement véridique, se dessine également le portrait, en creux, d’une Amérique esclavagiste en plein affrontement racial !

D’ailleurs, les chansons recueillies parlent d’exploitation, d’humiliation et de misère… Et une grande part du talent de Frantz Duchazeau a consisté à les intégrer au récit, en quelques planches muettes aussi graves que burlesques. C’est pourtant avec un ton moins désinvolte et délirant que dans ses précédents opus, qu’il nous conte cette histoire légèrement décalée, mise en images avec un graphisme en noir et blanc de plus en plus spontané ; ce qui lui permet, d’ailleurs, de continuer à se dégager de ses principales influences que sont Blutch ou Blain, sans les renier !
Gilles RATIER
«Lomax» par Frantz Duchazeau
Éditions Dargaud (19,95 €)