Jack Kirby (1917-1994) est curieusement peu reconnu en France, ce qui peut sembler surprenant, voire injuste. D’abord, en raison de sa production tout aussi titanesque, aussi bien en quantité (plus de
20 000 planches sur l’ensemble de sa carrière) qu’en qualité (les concepts inventés par Kirby se comptent par milliers, faisant de lui l’un des créateurs les plus imaginatifs de son siècle).
Ensuite, du fait qu’il était un scénariste et un dessinateur accompli, un « storyteller » comme disent les Américains, et parfois même un directeur de publication, un directeur artistique de maison d’édition ou un éditeur (un auteur complet donc) qui a donné ses lettres de noblesse a plus d’un genre majeur : les super-héros, les Romance Comics, les Kid Gangs, le Western, le polar, la SF…, tout en concevant les règles narratives – la grammaire – du support Comic Book , avec une idiosyncrasie et des caractéristiques visuelles encore suivies de nos jours… sans compter ses nombreuses incursions dans le Comic Strip, l’illustration, l’animation ou même le cinéma !
Pour terminer, Jack Kirby était un véritable  » honnête homme « , un artiste au professionnalisme légendaire (il n’a jamais livré une planche en retard), généreux avec ses fans (les témoignages sont innombrables), mais surtout un chef de famille exemplaire, dont le travail n’avait pour finalité que de suppléer aux besoins des siens… Ce qui a fini par donner naissance à un véritable culte aux USA (à travers le Jack Kirby Museum, http://kirbymuseum.org, mettant à disposition les crayonnés des planches, et le magazine The Jack Kirby Collector édité par TwoMorrows Publishing http://twomorrows.com).

Comment expliquer l’oubli, voire le mépris d’un tel auteur dans notre pays ? Peut-être parce que la bande dessinée populaire est aujourd’hui moins bien perçue avec la tendance auteurisante du 9e art encensée par une certaine intelligentsia. Peut-être aussi parce que les concepts du  » King of Comics « , comme le surnommait affectueusement Stan Lee, ont été pillés et exploités ad nauseum depuis plus de cinquante ans par ses éditeurs, dénaturant les qualités de l’œuvre originale. Peut-être, enfin, parce qu’en France, on n’a réellement découvert cet auteur que dans les années 70, grâce à ses «  Fantastic Four  » publiés dans Fantask avec dix ans de retard, en même temps que la deuxième vague d’artistes Marvel (dont John Buscema et son  » Silver Surfer « ), toute une génération plus policée et moderne qui s’était directement inspirée de ses enseignements. Donc, à l’instar des  » New Gods « , il faut revenir à la source…

Et c’est à une exploration en coupes de l’œuvre et de la vie de ce génie que vous conviera la série d’articles intitulées  » Le Coin du patrimoine US  » que j’aurai l’honneur de vous proposer sur le site bdzoom.com. Laissant l’analyse des parutions françaises et des nouveautés au talentueux Cecil McKinley, nous nous focaliserons sur le patrimoine (à l’instar de l’excellente rubrique de Gilles Ratier), avec des informations biographiques méconnues sur Kirby et sur ses personnages emblématiques, des billets d’humeur et des interviews d’autres artistes de renom sur cet auteur considéré à juste titre comme l’un des plus grands  » artist’s artists « .
En vous souhaitant lecteurs !
Jean DEPELLEY