© AVI ARAD / Production I.G © Ko Yasung / MAG Garden 2011
Mag Garden, l’éditeur japonais, à l’origine du projet, s’est donc associé avec le français Ki-oon et l’américain Yen Press pour la publication à l’international de cette histoire. Si, en France, le format manga traditionnel est respecté : livre de poche format 13/18, plus de 200 pages, noir et blanc, jaquette; les Américains ont pour leur part, privilégié la prépublication dans le magazine en ligne Yen +.
Le synopsis de  » The innocent  » a donc été écrit par Avi Arad, le créateur et ancien directeur de Marvel Studios, la branche film de l’éditeur de comics et  » The Innocent  » est son premier projet de manga. Comme pour  » Ultimo « , dont le pitch a été créé par Stan Lee,  » The Innocent  » a été remanié par le japonais Junichi Fujusaku, directeur de production pour l’entreprise de jeux vidéo Production I.G. Du coup, l’histoire n’est ni vraiment américaine, ni vraiment japonaise même si Avi Arad a indéniablement été plus loin dans l’écriture que Stan Lee puisqu’il a lui-même écrit les dialogues.

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Ash, jeune détective privé vient de mourir sur la chaise électrique après une condamnation pour meurtre qu’il n’aurait, bien sûr, pas commis. Un politicien véreux qu’il cherchait à confondre lui a fait porter le chapeau pour son crime. Devenu un être composé de cendre, il a de nouveaux pouvoirs et, dans cette nouvelle ? vie ‘, son tuteur n’est autre qu’un ange androgyne. Celui-ci lui donne comme mission d’aider des innocents à ne pas se faire exécuter comme il a pu l’être. Ses rencontres lui feront immanquablement remonter aux sources des délateurs ayant conduit à sa propre perte. Mais il ne pourra rien faire puisqu’il lui est interdit d’intenter à la vie d’êtres humains, alors que, lui, ne rêve que de se venger et souhaite conduire sa nouvelle ? vie ‘ de fantôme à sa manière.
 » The Innocent  » ressemble plus à un pilot de série TV américaine qu’a un manga. Tout y est : le personnage flegmatique et désabusé au passé lourd, mais non dévoilé, la justice implacable, les méchants foncièrement mauvais et corrompus, un ennemi invincible et froid, etc. Même le découpage fait penser à une œuvre américaine, l’histoire avance peu au départ, laisse beaucoup de questions en suspend et s’accélère rapidement vers la fin sans donner de réponse concrète à toutes les énigmes qui jalonne l’œuvre. En soit, le scénario n’est pas mauvais, même s’il est construit sur un schéma traditionnel et éculé. Il déroutera juste les amateurs purs et durs de manga seinen habitué à avoir des personnages plus consistants et des énigmes plus recherchées et, surtout, ayant une explication au sein du manga. Néanmoins, ce récit étant finalisé en un seul volume, il était obligatoire de faire des ellipses narratives permettant d’avoir un manga complet avec une histoire un peu plus évoluée que dans la plupart des shônens.

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Au niveau du graphisme, le Coréen Ko Yasung maîtrise parfaitement son sujet en s’inspirant des grands dessinateurs classiques japonais. Son style est académique, ses proportions sont justes, mais il manque cette petite touche indispensable pour que l’œil soit subjugué par le dessin. Le trait est froid, il manque de vie, ce qui, par contre, colle assez bien pour une histoire sur la mort.
Souvent comparé à Obata et à son travail sur «  Death Note « , Ko Yasung est quand même bien loin de la beauté du trait et de la mise en scène de ce dessinateur d’exception. Les décors sont quasiment inexistants, les protagonistes sont presque toujours en gros plan, voire en plan américain, rarement de plain-pied et l’angle de vue varie peu. Par contre, les effets sur les personnages de cendres sont très bien rendus : on sent qu’Ash n’est pas comme les autres, sans que cela devienne caricatural. Le reste des effets spéciaux, suggérés à l’aide des trames, sont également très soignés, cela donne tout de suite une ambiance spirituelle aux dessins. On ressent immédiatement la qualité du travail ainsi que la finition soignée. Du coup, impossible de dire que Ko Yasung ne met pas du cœur à l’ouvrage.

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Il est dommage ne de ne pas avoir prévu  » The Innocent  » en plusieurs volumes : cela aurait permis d’approfondir certains aspects des personnages. La fin n’aurait peut-être pas été aussi abrupte et le lecteur aurait pu s’attacher aux protagonistes alors que, là, leur destin semble bien futile.
Néanmoins, ce manga, comme beaucoup d’autres sorties depuis quelques années, permet d’envisager une ouverture des Japonais sur le reste du monde. L’intérêt grandissant des studios nippons pour les créateurs étrangers est donc bien réel. Dorénavant, certains mangas tiennent compte des goûts inhérents à chaque continent. Les collaborations entre les pays deviennent de plus en plus courantes et les frontières ne sont plus vraiment un obstacle à la création. Voilà une bonne chose qui ne pourra qu’amener une diversité et un choix supplémentaire pour le lecteur.
Gwenaël JACQUET
«  The Innocent  » par Avi Arad, Junichi Fujisaku et Ko Yasung
Édition Ki-oon (7,50€)
ISBN 9782355922503
(1)  » The Innocent  » était prévu pour sortir simultanément au Japon, aux États-Unis et en France à la date du 9 juin. Le titre est finalement sort en France le 28 avril, en avant-première mondiale ! 🙂
Il est bien prévu le 9 juin au Japon, mais par contre rien n’est encore sûr pour les États-Unis.