Vingt-cinq ans plus tard, on retrouve nos enquêteurs à Berlin, ville qui leur est pourtant devenue hostile en virant nazie : il faut dire qu’ils ont reçu une missive de la fille de leur amour de jeunesse, laquelle leur demande de retrouver sa mère disparue, alors qu’elle est devenue une farouche opposante au parti national-socialiste. Tout ceci en leur laissant même l’espoir de savoir qui des deux est vraiment son géniteur… En dépit de leur rancune respective, les deux détectives se serrent les coudes et se lancent, tête baissée, dans une aventure fantastique dans le monde de la magie, où tout n’est peut-être pas qu’illusion…

Entre une ambiance à la « W.E.S.T » (la bande dessinée de Nury, Dorison et Rossi) et un contexte proche du « Prestige » (le fabuleux film de Christopher Nolan, d’après le roman éponyme de Christopher Priest, avec Christian Bale et Hugh Jackman), « La Guerre des magiciens » ne dédaigne pas non plus un peu de légèreté et d’humour ; ne serait-ce qu’avec les chamailleries incessantes entre les deux protagonistes ! L’association scénaristique entre la dérision du maître argentin Carlos Trillo (« Fulù », « Cybersix », « Je suis un vampire », « Le Cri du Vampire »…) et l’efficacité des détails historiques prônée par Italien Roberto Dal Pra’ (« Weimar : les enquêtes de Jan Karta » ou « Le Manuscrit interdit ») fait merveille ; d’autant plus que le dessin de Domingo Mandrafina (« La Grande arnaque » ou « Spaghetti Brothers », également scénarisés par Carlos Trillo), dont on a plus souvent l’occasion d’admirer la maîtrise du noir et blanc, se complaît parfaitement dans de subtils bains de couleurs directes à l’aquarelle : une bande dessinée dense, envoûtante et charmante à la fois…

Gilles RATIER
«La Guerre des magiciens» T1 (« Berlin ») par Domingo Mandrafina, Carlos Trillo et Roberto Dal Pra’
Éditions Delcourt (13,50 €)