Les plus cinéphiles se souviendront plutôt, quant à eux, du film culte, en noir et blanc, avec Paul Muni, tourné par Howard Hawks et scénarisé par Ben Hecht et William Riley Burnett (lesquels ont suivi de près le roman d’Armitage Trail), en 1932 ; un film qui connut, en son temps, pas mal de soucis avec Hollywood et la censure ! En tout cas, rares sont ceux qui évoqueront l’origine du mythe : le livre de Maurice Coons, alias Armitage Trail, qui nous conte l’histoire, dans les années 20 et à Chicago, du petit malfrat Tony Guarino.

Ce jeune homme ambitieux et charismatique, dont le frère aîné s’est engagé dans la police, fait tout ce qu’il peut pour accéder au pouvoir au sein d’un gang. Mais ce qu’il veut avant tout, c’est Vyvyan Lovejoy, une danseuse de cabaret qui sort régulièrement avec Al Spingola, un caïd du quartier… Son ascension est rapide, mais un soir, alors qu’il danse avec Vyvyan, il est obligé d’envoyer au tapis un gars qui manque de respect à la dame. Or, le type en question est inspecteur chef et il va mener une vendetta contre Tony, l’obligeant à s’engager dans l’armée et aller faire la guerre en France. De retour du front, orné de médailles et une balafre sur la joue, il apprend qu’il a été déclaré mort et que Vyvyan l’a remplacé. Il change alors de nom et devient Tony Camonte, garde du corps d’un chef de clan dont il va éliminer les concurrents, ce qui va lui permettre de se procurer argent et respect…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Christian de Metter a parfaitement saisi l’ambiance de ce polar bien noir, témoignage du début de la prohibition par un auteur qui a pas mal fricoté avec le milieu(1). Certains esprits chagrins trouveront, peut-être, l’exercice moins réussi que sur sa précédente adaptation pour la remarquable collection « Rivages/Casterman/Noir » (« Shutter Island »)… Pourtant le résultat est nickel puisqu’on y retrouve l’efficacité du dessin nerveux de l’auteur du « Sang des Valentines », ses couleurs crépusculaires passant des ocres au bleu électrique et, surtout, toute sa force narrative… D’ailleurs, même si on connaît déjà cette histoire qui se finit forcément mal, on se surprend à dévorer l’ouvrage, de la première à la dernière page… Ce n’est pas un signe ça ?
Gilles RATIER
(1) À noter que Scarface était aussi le surnom d’Al Capone lorsqu’il récolta une balafre sur le visage lors d’une altercation avec celui qui deviendra son garde du corps : et il était encore en activité à la tête de la mafia quand le livre est sorti…
«Scarface» par Christian de Metter d’après Armitage Trail
Éditions Casterman (18 €)