Pendant la Première Guerre mondiale, le cargo du capitaine Tana est en effet censé acheminer des armes vers la Turquie qui combat du côté allemand. Mais qui, du capitaine Tana plutôt avare de paroles, de l’officier britannique assez pervers, ou des révolutionnaires mexicains également à bord, sait où le chargement finira sa course ? Toujours est-il que le bateau ne restera pas en Méditerranée, qu’il fait bientôt route vers Gibraltar, rejoint Saint-Nazaire et, enfin, sous couvert d’un pavillon norvégien, se jette en plein Océan Atlantique. Peut-être pour aller aider la révolution mexicaine, peut-être pas ? Tana reste le capitaine, discret, énigmatique, amoureux, souffrant, dont on en saura forcément davantage en découvrant la suite de cette nouvelle série.

Après un maigre et décevant  » Saint-Germain, puis rouler vers l’ouest « , l’histoire d’un saxophoniste au volant d’une vieille Peugeot, voilà un album qui retrouve la force des albums précédents de Le Floc’h, comme son remarquable « Paysage au chien rouge »
(cf. notice L@BD).
Hélias Dall y a pour client Orhan Bey, diplomate turc dans la région d’Aden. Celui-ci l’a chargé de récupérer par tous les moyens le sulfureux « Origine du monde » de Courbet ayant appartenu à son ami le collectionneur Khalil Bey. Hélias Dall, via Malte, rejoint Bordeaux puis Pont-Aven. Là, il rencontre Gauguin…
Autre coup de maître : « Trois éclats blancs » (cf. notice L@BD). En 1911, un jeune ingénieur arrive dans un petit port breton pour y construire un phare. Bien accueilli par le maire, il est en revanche tenu à distance par la population de marins… Deux ans plus tard, après moultes péripéties et tromperies financières, l’ingénieur peut enfin admirer la lentille de Fresnel jetant aux alentours ses trois éclats blancs… Dans « Une après-midi d’été » (cf. notice L@BD), on retrouve Nonna, l’homme fier de « Trois éclats blancs« , juste après-guerre. La vie a repris son cours et Perdrix voudrait que Nonna accepte le mariage mais il n’est que mutisme et solitude. La guerre et les tranchées le hantent…
Dans ce nouvel album comme dans les précédents, Bruno Le Floc’h atteint souvent l’excellence illustrative et narrative avec une économie de moyens déconcertante : montage de planches sans esbroufe, contours simplifiés, visages esquissés, quelques taches, quelques traits… et un talent de coloriste incomparable pour rehausser ses dessin épurés. Ici, en pleine mer, quasiment sans décors, la performance est encore plus étonnante.
Bons voyages ! Bons embruns !
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)
 » Chroniques outremers  » T1 ( » Méditerranéenne « ) par Bruno Le Floc’h
Éditions Dargaud (13,95 €)