Si « Si seulement… » est un thriller fantastique, « Commissaire Raffini » se situe clairement dans la lignée d’un polar à la Georges Simenon : deux récits narrés dans des styles complètement différents qui démontrent, pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, l’étendue de la palette scénaristique de l’auteur de « Trent » et « Kenya ».
« Régulièrement, nous dit-il, il me revient la critique que « Commissaire Raffini », qui est un roman policier à l’ancienne, est un peu « gentil ». Et de s’indigner : « Tout ce qui ne s’exprime pas via la violence est aujourd’hui considéré comme vieillot et « gnangnan ». Il est agacé, Rodolphe ! : « Aujourd’hui on se réfère sans cesse au spectaculaire ! »
Et d’expliquer : « Beaucoup de mes récits sont des histoires humaines mettant en scène des personnages qui nous entourent, avec leurs boiteries plus ou moins prononcées. On n’est pas obligé de tirer à l’arme lourde pour raconter ces histoires ! Je suis capable de rentrer du coté du thriller si le récit le justifie mais qu’on ne compte pas sur moi pour exploiter le genre à outrance. On n’écrit que ce qu’on veut lire, c’est en tout cas mon credo. Par exemple, tout ce qui tourne autour de la haute finance internationale ne nourrit pas mon imaginaire, je ne me suis jamais pris pour un homme d’affaires régnant sur un empire du haut d’une tour de Manhattan ». Le scénariste, qui ne mâche pas ses mots, poursuit : « Quand j’utilise le jeu du thriller, c’est pour accrocher le lecteur au profit d’un thème un peu plus profond que la quête de l’argent et du pouvoir. Les sujets qui me concernent tournent autour de l’identité, du destin, de notre présence sur terre et sur l’éventuel après. Et développer des récits autour de ces notions m’a toujours plus motivé que mon compte courant ! »

Dans « Si Seulement… », justement, le suspense, l’action et les rebondissements sont au rendez-vous. Joe Horton, célèbre écrivain, découvre une pièce à six portes dans la cave de la maison qu’il vient d’acheter. Et chacune de ces portes le conduit vers un destin différent de celui qui est le sien. Des destins quelquefois aussi valorisants que sa vie actuelle mais dans un registre affectif qui ne convient pas au héros : « J’ai abordé ce thème grâce à une solide inculture, nous révèle Rodolphe. L’idée de base vient de ce qu’imagine un jour tout adolescent : si j’étais orphelin, si j’étais le fils de telle personnalité… ». L’auteur a néanmoins conscience que l’écriture autour des vies parallèles tient du genre, à l’image des « Destins », la série pyramidale mise en place par Franck Giroud et à laquelle Rodolphe a d’ailleurs participé : « J’avais déjà écrit le synopsis de « Si seulement… » quand Franck Giroud a mis en place la pyramide de « Destins ». Je n’ai aucun frein lié au fait que d’autres travaillent sur des sujets connexes, précise-t-il »
Et comme « on ne parle le mieux que de ce qu’on connait» , Rodolphe a planté le décor de sa nouvelle trilogie dans les années 60 « que je maîtrise mieux que notre époque actuelle et qui sont graphiquement très belles, souligne-t-il. Sans compter que les avancées technologiques actuelles, comme le téléphone portable, auraient inutilement complexifié la narration et nui au fond de l’histoire. »

Un premier cycle de trois albums est donc d’ores et déjà programmé mais une suite, plutôt sous forme de récits tournant autour de l’univers créé par le scénariste, est envisageable. « Il existe une masse énorme de potentialités », nous confie Rodolphe. Cette exploration future dépendra évidemment de l’accueil réservé à cette plus que prometteuse série, qui dispose de tous les atouts pour intéresser les lecteurs.
Des atouts, notamment éditoriaux, dont « Commissaire Raffini » aurait aimé bénéficier dans le passé : « On me dit que « Commissaire Raffini » est une série qui à la poisse, nous confie Rodolphe. Mais c’est aussi une série qui réussit à survivre au-delà des catastrophes éditoriales auxquelles elle a du faire face ». Du côté de la déveine éditoriale, il est vrai que le commissaire Raffini a eu sa dose. Espérons donc, qu’à défaut de retraite, notre bon commissaire bougon et franchouillard, passera sa carrière tranquille à l’ombre des éditions Desinge & Hugo & Cie, qui rééditeront progressivement les titres du fonds, à commencer en ce mois de mars par « Les Eaux mortes ».

Et en janvier 2012 sortira une nouveauté : « L’Inconnue de Tower bridge » : « Après Coucougnan et le sud de la France dans « Si tu vas à Rio », l’opus fraichement apparu dans les bacs des libraires, voir : http://bdzoom.com/spip.php?article4744, le prochain album se situera à Londres à l’époque où Edgar P. Jacobs faisait ses repérages pour « Blake et Mortimer » .» Clin d’œil à l’auteur de « La Marque jaune », la brigade fluviale repêche le corps d’une femme française dans la tamise, à l’heure du thé. Et voilà notre bon commissaire, aux tendances anglophobes, envoyé sur place pendant 8 jours, trop nostalgique, dès la Manche traversée, des quais de Seine et de « Chez Raoul » pour s’intéresser réellement à l’enquête !
Pas de doute, malgré les mauvais coucheurs : on ne s’y ennuiera pas un seul instant !
Laurent TURPIN
« Si seulement… » par Rodolphe et Lounis Chabane
Éditions Bamboo, Collection « Grand Angle » (13,50€)
« Commissaire Raffini » par Rodolphe et Christian Maucler
Éditions Desinge & Hugo & Cie (13,95€)
Crédit Photo de Rodolphe : Laurent Mélikian