L’histoire débute le 15 aout 1945, le Japon vient de capituler. Un avion de l’US air-force s’écrase en rase campagne. Kinta, le héros de ce manga n’a que sept ans et est pourtant, aux premières loges avec ses camarades pour voir ce spectacle étrange du démon américain. Les paysans japonais refusant la défaite sont là pour en découdre. Armé de leurs bambous taillés en pointe ils n’iront pas bien loin tellement ils ont la frousse. Le grand-père de Kinta, lui, n’a pas peur de s’approcher de cet étranger et, en tant qu’homme de lettres, il réussit à converser avec lui et finira par l’héberger quelque temps.
Ainsi commence la série des découvertes de Kinta qui amèneront le lecteur à suivre son apprentissage de la vie. Entre premiers émois sexuels et bagarre entre camarades de classe, le jeune japonais grandira bien vite dans ce pays sous domination militaire américaine. Il développera son sens artistique, alors qu’il rêve d’être cuisinier ; il apprendra à braver les interdits et comprendra peu à peu que le monde adulte n’est pas toujours juste. Cela justifie pleinement le sous-titre de ce livre :  » images flottantes de la jeunesse « .

Konji Kankei © Kazuo Kamimura / Kamimura production – Kana
Le récit est crue et réaliste, Kazuo Kamimura montre indéniablement son talent de conteur pour adultes. C’est un gekiga à l’ancienne comme il y en a très peu de publiés en France. Les traits au pinceau et à la plume sont harmonieux et les personnages typés. On sent au travers du jeu d’ombre la lumière plombante de l’été japonais : chaud et humide. La construction narrative, simple, mais efficace permet une lecture rapide et agréable. Impossible de confondre les personnages, ils ont chacun leurs particularités et leur caractère propre. Personne n’est manichéen, chaque protagoniste a sa part d’ombre ou un secret bien à lui. Ce sera même une partie de l’intérêt du récit, les mystères des uns et des autres dans l’entourage de Kinta. Le lecteur ira de surprise en surprise et celles-ci auront bien entendu des conséquences heureuses ou fâcheuses, comme dans la vraie vie.
Mais plus qu’une histoire humaine, c’est également une ode aux paysages avec ses étendues montagneuses et ses plaines interminables. La nature est présente à tous les échelons du récit. Les herbes hautes servent à se cacher des ennemis ou pour ne pas être vu dans ses actes honteux. Par extension, la ville est également représentée avec ses constructions nouvelles offrant une opportunité de développement pour cette petite partie du Japon dans lesquels Kinta est enfermé alors que de nombreux protagonistes viennent de l’extérieur. C’est l’une des œuvres de Kamimura ou sont dépeints d’aussi grands paysages. Étendue sur de nombreuses doubles pages, ils offrent un cadre de vie grandiose à cette petite communauté.

Konji Kankei © Kazuo Kamimura / Kamimura production – Kana
Prévu en trois tomes, ce premier volume a de quoi mettre en bouche pour la suite. Le gekiga, genre peu présent chez nous, du moins pour ce genre de récits, axés sur l’humain, a ici de quoi montrer une facette bien différente de l’image habituelle du manga commercial. Plus réaliste et osant parler de choses crues de manière simple et non vulgaire, il saura toucher le lectorat adulte des habitués comme des novices en matière de bande dessinée japonaise.
En ancrant cette aventure dans le Japon d’après-guerre, Kamimura a su raconter une histoire touchante ne demandant pas de connaissance spécifique du Japon de cette époque. Trois livres indispensables dans une bonne bibliothèque, même celle n’hébergeant habituellement pas de BD.

Konji Kankei © Kazuo Kamimura / Kamimura production – Kana
Gwenaël JACQUET
«  La Plaine du Kanto  » T1 par Kazuo Kamimura
Édition Kana (18€)