Nous vous avons déjà parlé du dernier « BDM : trésors de la bande dessinée BDM, catalogue encyclopédique 2011-2012 » (un achat obligatoire, voir : http://bdzoom.com/spip.php?article4599), de « Léonard génie au pied de la lettre » (ouvrage sur Bob de Groot et Turk, publié par le Centre Belge de la Bande Dessinée, voir : http://bdzoom.com/spip.php?article4398), des derniers livres de notre collaborateur Christophe Cassiau-Haurie (voir : http://bdzoom.com/spip.php?article4696) et du magnifique ouvrage sur « Osamu Tezuka : le dieu du manga » chez Eyrolles (voir : http://bdzoom.com/spip.php?article4742), et si vous ne les avez pas encore acquis : honte à vous !
Par ailleurs, même si les sujets qu’ils traitent sont assez particuliers, et même difficile d’accès, ou ne vous intéressent pas systématiquement, vous ne pouvez pas, non plus, passer à côté de titres aussi essentiels que « La Propagande dans la BD : un siècle de manipulation en images » de Fredrik Strömberg (toujours chez Eyrolles), « Dans la peau de Tintin » de Jean-Marie Apostolidès (aux Impressions Nouvelles), « Pédagogie de la bande dessinée : lectures d’un récit d’Edmond Baudoin » de Philippe Sohet (aux Presses de l’Université du Québec), « Manga : histoire et univers de la bande dessinée japonaise » de Jean-Marie Bouissou (chez Picquier), « 100 cases de maîtres : un art graphique, la bande dessinée » sous la direction de Gilles Ciment et Thierry Groensteen (aux éditions de la Martinière), « 75 years of DC Comics » de Paul Levitz (chez Taschen), « L’Annuaire professionnel de la bande dessinée et de l’illustration : édition 2011-2012 » chez Ad Atum et « Parodies : la bande dessinée au second degré » de Thierry Groensteen (qui a réalisé, sur le même sujet, une très documentée exposition pour la Cité de l’Image et de la Bande Dessinée, laquelle est encore visible, jusqu’au 21 avril 2011, au Musée de la BD d’Angoulême) chez Skira/Flammarion : ouvrages tous parus entre septembre et décembre de l’année passée !
Attardons-nous simplement sur les quatre livres parus depuis janvier et qui méritent d’être mentionnés dans cette rubrique trimestrielle :

– Le n°162 de la revue Dada, distribuée en librairies, est consacré à « La Bande dessinée : un 9e art ». Dada est une revue indépendante, qui fixe sa propre ligne, mais qui travaille parfois en partenariat avec de grandes institutions. Cela a été le cas pour ce spécial  » bande dessinée  » qui a été conçu par l’équipe de la revue, laquelle a ensuite confié la rédaction des articles à ses collaborateurs ou à ceux du Musée de la BD (comme Jean-Philippe Martin, par exemple). Résultat, ce numéro donne des repères essentiels pour découvrir le 9e art : ses grands courants, ses maîtres, ses techniques… Un survol didactique, pas trop pesant, qui ne comporte pas d’erreurs historiques (du moins, s’il y en a, elles ne nous ont pas sauté aux yeux !!!), et qui fait honneur à cette collection permettant d’initier les jeunes à toutes sortes d’arts.
– « L’Histoire de la bande dessinée pour les débutants », aux éditions QI Qidesign est également conçue dans un esprit didactique. Comme son titre l’indique, l’ouvrage s’adresse aux non-spécialistes et tente de leur faire découvrir les grandes lignes de l’histoire de la bande dessinée, de sa naissance à nos jours, en suivant les différentes évolutions des trois principaux courants : la bande dessinée franco-belge, les comics américains et les mangas japonais. L’originalité de ce livre, écrit par Frédéric Duprat (que l’on présente comme un scénariste autodidacte passionné par les récits historiques et qui s’est penché sur l’histoire du 9e art), est d’ailleurs de proposer une chronologie comparée de ces trois grands mouvements, agrémentée de biographies des auteurs phares et de quelques résumés des séries les plus importantes. Si la lecture de cet opus est plutôt fluide et si sa présentation est loin d’être rébarbative, on sent que Frédéric Duprat n’est pas un grand spécialiste du sujet et que la relecture de son livre n’a pas été une priorité absolue de la part de ses éditeurs. Même si son habilité à nous raconter l’histoire du 9e art comme un roman est évidente, l’initié ne pourra que regretter les erreurs copiées-collées sur d’autres ouvrages, dont il aurait fallu vérifier les écrits !!! Ainsi, une fois de plus, le « Yellow Kid » est-il de nouveau devenu un garçon d’origine chinoise habillé en chemise de nuit, alors que des « vrais » historiens du média se battent, depuis des années pour réhabiliter, cette erreur qui révèle une méconnaissance totale de la société américaine de la fin du XIXème siècle et donc des prémices de la bande dessinée (voir, à ce propos, l’article éclairant de Dominique Petitfaux sur notre site : http://bdzoom.com/spip.php?article4528) ! Il est vraiment dommage que d’autres petites bévues (qui proviennent du fait que l’auteur ne se soit pas donné la peine de vérifier ses informations, mais qu’il se rassure, ce n’est pas le premier et ce ne sera sûrement pas le dernier…), fautes d’orthographe ou de grammaire, viennent gâcher l’intérêt de ce tour d’horizon : certes agréable mais à utiliser avec précautions, et faute de mieux !
– Par contre, Renaud Chavanne, connaît son sujet sur le bout des doigts puisqu’il s’est affirmé, depuis quelques années, comme un vrai spécialiste de son domaine de prédilection : la composition, opération, souvent appelée « mise en pages », qui consiste à organiser les cases pour produire un effet qui ne découle pas seulement des images, mais aussi de leur disposition. Après son étude précise de la composition chez Jacobs (également publiée chez le même éditeur, PLG, en 2005) et divers travaux publiés dans Bananas ou Critix, magazines consacrés à l’analyse de la bande dessinée sur lesquels il n’hésite pas à s’appuyer, il nous propose un monumental « Composition de la bande dessinée » : première vaste étude sur ces questions qui sont au cœur du 9e art et qui nous permet d’observer comment les formes se combinent au sein d’une même œuvre. Un must de 300 pages, dont 260 illustrations et schémas, qui nous expose la grande variété des compositions et nous indique les raisons qui peuvent prévaloir au choix d’un mode plutôt que d’un autre. Sujet, certes très pointu, mais indispensable pour comprendre la « mise en pages » de l’immense majorité des bandes dessinées, du XIXe au XXIe siècle, de l’orient à l’occident.
– Côté monographies, on ne pourra aussi que dire du bien de « Lectures de David B. » dû à l’universitaire Jean-Marc Pontier, toujours dans la collection « Mémoire vive » de chez P.L.G. À l’exception de dossiers plutôt bien faits dans les revues Rêves en Bulles (n°14, en 1996), Tao (n°5, en 2000) et 9e art (n°11, en 2004) ou encore dans le livre d’Hugues Dayez (« La Nouvelle bande dessinée », chez Niffle, en 2002), il n’existait pas encore d’ouvrage consacré, précisément, à cet auteur phare de L’Association (puisqu’il en a été l’un des fondateurs) et maintenant des éditions Futuropolis ! Classant quasiment toutes les bandes dessinées de David B., de façon presque chronologique, dans différents chapitres thématiques (l’autobiographie, l’empire des rêves, la quête, la mort et l’aventure), Jean-Marc Pontier nous fait découvrir toute la richesse de son parcours et de son œuvre, laquelle ne se limite pas à « L’Ascension du haut-mal », loin s’en faut !
– Enfin, nous ne pouvons que vous inciter à vous procurer les rares revues sur la bande dessinée qui restent sur le marché : en priorité Hop ! (chez Louis Cance, AEMEGBD, 56 boulevard Lintilhac, 15000 Aurillac, ou par courriel adressé à marc-andre.limoges@laposte.net), L’Avis des Bulles qui chronique toutes les parutions du mois pour vous aider à vous y retrouver dans l’océan des parutions BD (le dernier n°, le 136, est disponible chez Denis Plagne, L’Avis des Bulles BP 8001, 33037 Bordeaux cedex, courriel : avisdesbulles@free.fr) et Bananas (chez Évariste Blanchet, 22 boulevard du Général-Leclerc, B5, 95100 Argenteuil, courriel : blanchetevariste@yahoo.fr) dont nous avons déjà évoqué les derniers numéros (voir : http://bdzoom.com/spip.php?article4785), mais aussi le sympathique On a marché sur la Bulle qui, lui, ne propose que des interviews d’auteurs « grand public », comme Mathieu Lauffray, André Geerts, Renaud, Patrick Prugne, Odd Serrière ou Nicolas Sterin comme c’est le cas dans l’opus le plus récent (le n°24 disponible chez Yannick Bonnant, La Chênaie longue, 35500 Saint-Aubin-des-Landes, courriel : yannick.bonnant@aliceadsl.fr) !
Gilles RATIER