Scénarisées par Yves Duval, qui signait alors Michel Deverchin, les sept premières historiettes (de quatre planches chacune) contenues dans ce tome 1, mettent en scène un jeune lieutenant fraîchement promu de l’école des cadets de Jerrysville, lequel vient de s’engager dans le célèbre 7ème régiment de cavalerie.

Affecté à Goldhill-Fortin, Burton va finir, grâce à son courage et son humour, par se faire accepter des rudes briscards de la garnison qui le considéraient, pourtant, comme un « pied tendre ». Publiés du n°6 de 1962 au n°5 de 1967 de la version belge (et du n°700 au n°954, en France), douze des treize chapitres que comporte ce western classique, avec son lot d’hors-la-lois, de contrebandiers et d’indiens félons qui sillonnent les plaines du vieil Ouest, avaient déjà été compilés (également en noir et blanc, ce qui permet d’apprécier, encore mieux, leur travail réaliste qui se caractérise par un style précis qui donne à leurs bandes dessinées une touche classique de bon aloi) dans un premier album, imprimé à mille exemplaires, aux éditions bruxelloises Jonas, en 1980.

Alors qu’ils sont adulés par tous les lecteurs qui ont suivi une partie de leur parcours dans Tintin, et qui regrettent la quasi-absence de leurs séries phares sur le marché actuel, les Funcken sont, hélas, complètement ignorés par les nouvelles générations : et c’est vraiment regrettable ! Espérons que cet article permettra, à certains d’entre eux, de découvrir le talent graphique de ce couple d’auteurs belges également très connus dans le milieu très spécialisé de la figurine : ceci grâce à leurs connaissances en matière d’uniformes et à leurs dix-huit ouvrages sur le sujet («L’Encyclopédie des uniformes et des armes » parue chez Casterman, de 1966 à 1988), qui font toujours référence dans ce domaine.

C’est en 1949, que Fred Funcken (né à Verviers, en Belgique, le 5 octobre 1921), alors responsable du studio de décoration du grand magasin bruxellois L’Innovation, fait la connaissance de la charmante secrétaire de direction Liliane Schorils (née à Soignies, le 17 juillet 1927). Ils découvrent, très vite, qu’ils ont les mêmes goûts et que leurs expériences diverses leur permettent de se compléter. Ainsi, la future madame Funcken, qui voulait pourtant être avocate, lui redonnera-t-elle l’envie de faire de la bande dessinée. Elle deviendra même une fidèle et indispensable collaboratrice, commençant, dans un premier temps, à s’occuper, principalement, des scénarios. Cette coopération en couple, unique dans les annales du 9e art, s’étendra sur de nombreuses années : Liliane s’occupant aussi de la mise en pages et des coloriages puis, après leur mariage, de l’encrage des crayonnés de Fred. Leur complémentarité sera telle que, à partir de la fin des années soixante, il deviendra impossible de distinguer l’apport de l’un ou de l’autre dans leurs dessins.

D’après Thierri Martens, dans le n° 16 de L’Âge d’or (juillet 1990) leur méthode de travail les impliquait totalement. Quand l’un lisait un livre, il le faisait à haute voix et l’autre écoutait. En cours de lecture, ils échangeaient des avis et lorsque les prémices d’une histoire naissaient, ils l’inscrivaient sur une fiche qu’ils consultaient, par la suite, lors de l’élaboration d’un scénario. Puis, ils discutaient du sujet à traiter. Ils mettaient sur papier le synopsis, puis Liliane procédait au découpage. Ils étudiaient alors l’opportunité de choisir les costumes. Fred attaquait le crayonné, campait les décors et réalisait plus pratiquement les visages et les mains. Les costumes étaient souvent parachevés par Liliane qui repassait, ensuite, les dessins à l’encre (1) et réalisait les coloris !

Avant leur rencontre, Fred Funcken, passionné par le dessin depuis son plus jeune âge, avait débuté, à l’âge de treize ans, en dessinant une série de chromos pour L’Aiglon (une marque de chocolats), vers 1934. Deux ans plus tard, puis de 1939 à 1940, on le retrouve, brièvement, comme illustrateur, aux éditions Dupuis, travaillant pour les hebdomadaires Le Moustique, Bonnes Soirées et Spirou. Pour ce dernier, il devra même réaliser quelques planches de la série américaine « Brick Bradford », en 1940, le matériel original n’arrivant plus en Europe, du fait de l’Occupation.

Licencié, il rejoint alors les studios publicitaires de l’affichiste Guy Depière, en 1941. Il va alors devenir la principale cheville ouvrière de cette entreprise bruxelloise reconvertie dans la production de bandes dessinées et qui publiait l’hebdomadaire Aventures illustrées, lequel deviendra Bimbo-Aventures illustrées, puis Bimbo : « Guy Depière, le rédacteur en chef de Bimbo, était à la fois très courtois et parfaitement malhonnête. Il s’adjugeait le contrôle total sur les séries, en particulier sur les droits d’auteur. Il retouchait les dessins d’un affreux trait gras afin d’y mettre sa « signature » et affublait ses dessinateurs de pseudonymes interchangeables afin de mieux noyer toute prétention future à la paternité de telle ou telle œuvre. » (2)

Lors de cet apprentissage forcené, Fred Funcken, qui aujourd’hui ne se souvient plus du détail de ses diverses contributions de l’époque, va donc y illustrer de nombreuses séries où il signe de divers pseudonymes américanisés, imposés par l’éditeur : Dick John’s sur la reprise du western « Tommy Tuller » (héros créé par Depière en octobre 1940) ou sur « Big Travel » et « Geneviève l’héroïque A.T.S. » (en 1946),

Mac Bones sur la reprise de « Bob Hunter » (un autre western créé par Depière, en 1941, dans L’Éclair), sur « Wolman détective et agent secret » (en 1946)

ou sur « Master l’intrépide boy-scout » (en 1947),

Fred Gu (sur les aventures humoristiques, en double page centrale et en couleurs, des « Deux Risquetout », en 1947), Ranch (sur « Texas Ranger’s », en 1947), ou encore Roland Karlu, Fred Dye, Mac Os, Léo Lyon et Hector Hugo…

Il est d’autant plus difficile d’attribuer, à Fred Funcken, la paternité de certaines planches, que les séries publiées dans Aventures illustrées-Bimbo étaient souvent réalisées, en commun, avec le publiciste Guy Depière, créateur du journal et de la plupart des personnages. Ainsi, Funcken aurait aussi participé à l’amusant « Bricole » (en 1942), à « Akkor, roi de la planète » (en 1942), à « Vévé, le petit aviateur au service de la patrie » (en 1944), aux « Pages de gloire » (1947), à « Robin Moderne », à « Roberjac », à « L’Écumeur des océans »…, et à « Gogo Laroulette et Cie » (dans Jeep, en 1945) ; certaines de ces histoires ayant été reprises, en albums, sous le label du studio Guy !

En septembre 1942, Bimbo est interdit de parution pour anglophilie et, peu après (en février 1943), Fred Funcken est arrêté par l’occupant et déporté pour le S.T.O. : le Service du Travail Obligatoire. Quand il revient, au début de 1945, la deuxième série de Bimbo (autorisé à reparaître à partir d’octobre 1944) a bien changé : de nouveaux venus comme Marcel Moniquet, Fernand Cheneval ou Maurice Tillieux ont pris sa place au sein du studio. Il ne reprend donc, dans un premier temps, que « Tommy Tuller ». Ceci dit, tous ces dessinateurs, alors débutants, travaillaient souvent ensemble et ils passaient, indifféremment, d’une bande à l’autre : ce qui ne facilite pas la tâche des historiens et des chercheurs ! Pourtant, c’est aussi à cette époque que le style de Fred Funcken se détache vraiment et devient plus aisément reconnaissable : ce qui fait que, lorsqu’il va cesser sa collaboration aux productions Depière, vers la fin de 1947 (car il est de moins en moins bien rétribué et beaucoup trop exploité), toutes les séries auxquelles il contribuait deviennent, en général, très mal dessinées : Moniquet et Tillieux ayant eux aussi claqué la porte pour s’engouffrer dans l’aventure Héroïc-Albums lancée par leur ami Cheneval.

Fred Funcken leur emprunte le pas et y reprend ou réédite certaines séries de Bimbo retouchées (dont « Tommy Tuller » (en 1950), « Big Travel » (en 1951), « Robin Moderne » (en 1952) ou « L’Écumeur des océans » qu’il signe François Parisot en 1954). Dans les Héroïc-Albums, il créera aussi les aventures d’« Yves et Cocluche » (en 1953), celles du mousse « Jannic » (en 1953) ou de l’aviateur « Clem Temper » (qu’il signe parfois Léo Lyon, en 1954) :

« Très très bon souvenir de Cheneval… Il nous a permis de vivre, à l’époque, et cela compte… Je dois ajouter une précision sur cette période : Moniquet a également dessiné plusieurs planches des « Tommy Tuller » qui me sont attribués. ».(3)

Ensuite, après avoir honoré la réalisation d’un album commandé et édité par les éditions Campeador (« Le Cimetière des baleines », en 1947), il est engagé comme publiciste et maquettiste à l’agence Havas de Belgique. À la même époque, tout en réalisant des centaines de couvertures de fascicules publiés par O. Bracke & Fils (écrits par Gustave Van Loo alias Le Capitaine Ricardo, entre 1942 et 1959) ou par les éditions Casterman (à partir de 1954), il réalise quelques autres bandes dessinées, dont l’inachevé « Guy le proscrit » qu’il signe Mary dans Annette (en 1948) ou des adaptations (« Croc Blanc » et « La Guerre du feu ») et les aventures de « Frédéric Lefranc explorateur » (en 1949) pour le magazine L’Explorateur, édité par le baron Louis Empain.

Lors de la nouvelle formule (en petit format) de ce journal destiné aux jeunes membres catholiques de Pro Pace, il fournit aussi deux histoires à suivre : « La Trahison de Dingaan » (en 1950) et « Terres interdites » (en 1951) : « J’avais aussi fourni une planche à monsieur Troisfontaine [ndlr : le patron de la World’s Presse, agence qui fournissait des bandes dessinées aux revues des éditions Dupuis]. Lorsque je me suis présenté à sa convocation au studio, à mon arrivée, j’ai été vraiment éberlué ! En entrant, je constatais aussitôt que la planche que j’avais livrée, peu de temps auparavant, traînait sur le plancher où tout le monde marchait dessus ; en plus de cela, je voyais sortir d’une pièce, un individu, l’air agressif, vociférant des jurons sur la nullité de mon travail. L’homme était à ce point méchant que sa propre femme est venue lui demander de se calmer. Un peu plus tard, cette dame est revenue dans la pièce pour présenter les excuses de son mari, en précisant qu’il souffrait de l’estomac et que c’était cela qui le rendait agressif ! Cet homme, ce n’était autre que Joseph Gillain, alias Jijé !!!)) (3)

Après cette désagréable mésaventure survenue en 1947, c’est son épouse qui le traîne à nouveau à la World’s Presse où il est aussitôt embauché par Jean-Michel Charlier, promu directeur artistique de l’agence (lequel en profite, également, pour inciter Liliane à se consacrer principalement aux scénarios) : Fred dessine ainsi, en 1952, plusieurs « Belles Histoires de l’Oncle Paul » qui ne seront publiées, dans Spirou, que pendant les deux années suivantes, et quelques biographies romancées pour la rubrique « L’Histoire vivante » dans Bonnes Soirées (scénarios d’Octave Joly ou de Liliane Funcken), sous le pseudonyme de Kendy.


Puis, comme ses productions attirent l’attention d’Hergé, il entre au journal Tintin des éditions du Lombard pour illustrer « Le Trône de Gilgit », aventures de deux scouts (« Luc et Laplume ») réalisées dans un style humoristique, sur un scénario de Liliane.

Il va alors se spécialiser, toujours secondé efficacement par son épouse, dans la bande dessinée historique, notamment avec de nombreuses « Histoires authentiques » : ils en signeront plus de deux cent cinquante, couvrant toutes les périodes, la plupart écrites par Yves Duval (voir « Le Coin du patrimoine » sur ce grand reporter et scénariste, également trop méconnu : bdzoom.com/article3879) (4).

À partir de 1953, Liliane et Fred Funcken vont cosigner les aventures médiévales de leur héros le plus célèbre (« Le Chevalier blanc ») dans Le journal des jeunes de 7 à 77 ans : « C’est Raymond Macherot [voir « Le Coin du patrimoine » que nous lui avons consacré] qui est venu avec un synopsis relatant ces aventures… Hergé a pensé que ce personnage nous conviendrait parfaitement et c’est Hergé, en personne, qui nous a fourni la documentation. » (3) En 1955, les Funcken illustrent aussi « L’Histoire du monde » : une fresque qui durera jusqu’en 1962 (dans le Tintin belge) et qui totalisera mille six cent trente vignettes placées au-dessus des textes dus à l’abbé J. Schoonjans (trois albums au Lombard, de 1958 à 1960) !

C’est à partir de ce moment-là que Liliane est accueillie, officiellement, au sein de l’équipe du journal et que sa signature va accompagner, désormais, celle de son mari : « J’avais écrit un « Oncle Paul », sur un personnage célèbre, qui avait été jugé supérieur à celui paru chez Tintin. Monsieur Leblanc, le directeur des éditions du Lombard, m’a convoqué. Il m’a dit qu’il ne supportait pas que le mari travaille pour un journal et sa femme pour un autre. J’ai donc signé un contrat au Lombard et abandonné Bonnes Soirées et Spirou. » (2)

Indissociables, ils conçoivent ensuite « Harald le Viking » (en 1956) (5), héros créé à la demande de Raymond Leblanc qui désirait avoir une série maritime dans Tintin et qui constitue certainement l’apogée de leur collaboration à l’hebdomadaire du Lombard (même si le couple a avoué n’avoir jamais aimé ce personnage).

Ensuite, ce sera les westerns « Jack Diamond » (6) (scénarios du rédacteur en chef André D. Fernez, de 1959 à 1960) et « Lieutenant Burton » (de 1962 à 1967), la série de cape et d’épée « Capitan » (7) (de 1963 à 1971) et « Doc Silver » (8) , médecin chez Pancho Villa (scénarios d’Yves Duval, de 1967 à 1969)… Sans oublier leur participation à divers journaux publicitaires comme La Route des Jeunes (des pages didactiques, en 1960) ou Corso (« Flamberge au vent », scénario d’Yves Duval, de 1961 à 1962, qui sera réédité en album, chez Hibou, en 2008) ; ceci au sein de l’agence Publiart qui était dirigée par Guy Dessicy, pour le compte des éditions du Lombard !

Ces éditions mettront d’ailleurs, régulièrement, Les Funcken à contribution, pour réaliser, vite fait, un récit complet afin de boucher un trou dans Tintin ou pour remplacer un dessinateur défaillant : « Un jour, à la demande de Paul Cuvelier, nous avons réalisé les crayonnés de ses deux premières planches de « Flamme d’argent » et, ce qui est très émouvant, c’est qu’une semaine avant de quitter ce monde, il est venu chez nous faire ses adieux définitifs… C’était un artiste véritable mais… maudit ! Il détestait tous les auteurs de bande dessinée ; toutefois, il avait beaucoup d’estime pour nous. Il était souvent déprimé et nous l’avons conforté à plusieurs reprises… » (3)

Ce ne sera pas le seul monstre sacré que le couple va dépanner puisqu’il aidera Edgar P. Jacobs pour la réalisation d’une aventure de « Blake et Mortimer » (« Le Piège diabolique », en 1960) : « Jacobs s’embrouillait dans les planches historiques. Dans une lettre, il nous demandait de l’épauler, tout au moins de faire les crayonnés. Par la suite, il a tout fait pour faire disparaître toute trace de cette collaboration ; cependant nous avons conservé la lettre qui prouve ce fait ! » (3)

En 1965, ils délaissent un temps la bande dessinée pour réaliser leur prodigieuse « Encyclopédie des uniformes et des armes » chez Casterman. Ils ne reviennent à la bande dessinée et chez Tintin qu’en 1983, avec « Les Saint-Preux », une saga familiale se situant à l’époque des Croisades et coscénarisée par Yves Duval (il existe un album intitulé « Le Croissant et la croix », paru au Lombard, en 1985).

Puis, ils ressuscitent « Le Chevalier blanc » en 1984, cette fois-ci écrit par Didier Convard (notons que Jacques Acar et Yves Duval avaient, eux aussi, commis quelques scénarios auparavant, de 1966 à 1971). Enfin, en 1993, ils composent une minutieuse reconstitution historique sur « Napoléon » : deux tomes publiés chez Mémoire d’Europe, en 1993 et 1994 (qu’Hibou devrait aussi rééditer avec un inédit consacré à Austerlitz).

Hélas, comme le souligne Henri Filippini dans le dBD n° 45 de juillet 2010, la politique éditoriale des albums de leurs principaux personnages a toujours été faite en dépit du bon sens ! Prenons juste l’exemple du « Chevalier blanc ». Les éditions du Lombard avaient bien commencé à proposer sa première aventure, en 1956 (avec une réédition en 1961), dans leur célèbre collection au dos rouge toilé ; mais dès le deuxième tome (« Le Nectar magique »), la série va devoir trouver refuge dans la collection brochée et bon marché Jeune Europe, en 1961.

Cette dernière va ensuite proposer la sixième histoire (« Sans pitié ») en 1962 et la neuvième (« Le Signe fatal »), suivie de la huitième (« Échec au roi »), dans un seul album, en 1963. Deux ans plus tard, on trouvera la dixième (« Le Serment de l’archer ») dans la collection encore plus « cheap » Une histoire du journal Tintin et la série disparaîtra, pratiquement définitivement, du catalogue de cette maison d’édition dont les Funcken ont pourtant, si longtemps, porté les couleurs. Seuls les deux premiers titres (« Le Chevalier blanc » et « Le Nectar magique ») reparaissent dans un seul album de la collection Bédingue, en 1983, puis dans la collection Millésimes, en 2006, avec, en sus, la sixième histoire (« Sans pitié ») !!! Par ailleurs, en 1984, les éditions Rombaldi rééditeront ces cinq premiers albums en un seul volume…

De 1979 à 1980, les éditions Chlorophylle vont aussi publier, dans l’ordre suivant, le septième épisode (« L’Agresseur inconnu »), le troisième (sous le titre erroné « Le Signe fatal », qu’il ne faut pas confondre avec le neuvième épisode), le cinquième (« L’Ombre du glaive » avec, en supplément, l’humoristique « Trône de Gilgit ») et le quatrième (« L’Usurpateur ») : le tout, en noir et blanc, dans des albums brochés proposés à un prix assez élevé pour l’époque. Ce sont les éditions Magic-Strip qui vont prendre le relais, de 1980 à 1981, en rééditant, toujours dans des albums brochés en noir et blanc, les épisodes n° 1, 2, 6, 10, 8 (sous une étonnante couverture inédite due à Yves Chaland qui appréciait beaucoup le travail des Funcken) et 9.

Par la suite, en 1994, Hélyode édite, en albums cartonnés et en couleurs, l’histoire scénarisée par Didier Convard (« Le Trésor des Cathares » qui correspond, en fait, au douzième épisode), puis le onzième titre (« L’Héritier de la horde d’or »), avant de rééditer « Le Serment de l’archer », en 1995. Pour finir, Lefrancq éditera un album, en 1996, qui réunit les deux premières aventures : quand on vous disait que c’était n’importe quoi ! Il n’y a plus qu’à espérer qu’un éditeur attentionné se penche sur cette fabuleuse série et nous la réédite, enfin, dans un véritable ordre chronologique, avec tout le respect qui est dû à ces deux mémorables créateurs de talent que sont Fred et Liliane Funcken !

Gilles RATIER

(1) Dans le passionnant « Le Duel Tintin-Spirou » d’Hugues Dayez aux éditions Contemporaines et Luc Pire (en mai 1997), Liliane Funcken raconte, entre autres anecdotes savoureuses, que « un soir, alors que nous revenions du littoral où notre petite fille avait attrapé la grippe, j’étais placée devant une échéance désagréable : il fallait absolument que j’écrive deux histoires pour Bonnes Soirées pour le lendemain !

Fred me proposa alors de me tenir compagnie dans ma nuit blanche en s’installant à sa table à dessin. Et il ronchonnait, comme d’habitude, devant la mise à l’encre de sa planche. En effet, Fred a toujours eu horreur de l’encrage parce qu’il lui faut repasser sur un dessin qu’il connaît déjà ! Alors moi, je lui propose, pour le soulager, de faire la mise à l’encre de ses planches. « Oh ! Tu ferais cela pour moi ! » s’est-il exclamé. Il a mis tous ses crayonnés sur le coin de mon bureau, me plaçant devant un sacré défi. J’ai opté pour le pinceau, parce que le bruit de la plume sur le papier m’agaçait. Fred attendait avec impatience que je termine mes textes pour me voir travailler. Je me suis dit : « À Dieu va ! Je vais faire quelques traits, il va bien voir que je suis absolument nulle ! » Mais au contraire, il était émerveillé et m’annonça : « Demain, tu iras porter les planches toi-même à monsieur Évany [le directeur artistique du Lombard, ndlr] ! ». Le lendemain, j’ai fait comme si de rien n’était et j’ai donné les planches à monsieur Évany. Celui-ci regarda les dessins en fronçant les sourcils et finit par déclarer : « Il y a quelque chose… Je reconnais bien là la patte nerveuse de Funcken, mais il y a une propreté qui n’existait pas avant ! » ».

(2) Extrait d’une interview de Liliane et Fred Funcken, réalisée par Nicolas Anspach, parue dans le n° 80 de Hop !, au troisième trimestre 1998 : un périodique indispensable qui contient aussi une très précieuse et pratiquement exhaustive bibliographie (qui se poursuit dans le n° 82 du deuxième trimestre 1999), laquelle nous a beaucoup servis pour l’élaboration de ce dossier ; comme, d’ailleurs, tous les documents que nous avons cités (ainsi que le n° 8 de La Case de l’Oncle Dan de l’automne 1999), sans oublier l’aide indispensable de nos amis belges Franz Van Cauwenbergh, Michel Vandenbergh et Jean-Claude de la Royère.

(3) Extrait d’une interview de Liliane et Fred Funcken, réalisée par Serge Algoet, parue dans le n° 16 de L’Âge d’or, en juillet 1990.

(4) Les éditions Hibou ont proposé trois recueils de ces histoires authentiques scénarisées par Yves Duval, sous l’intitulé « Les Meilleurs récits de… », en 2003, 2004 et 2005.

(5) Il y eu trois albums d’« Harald le Viking », aux éditions du Lombard (entre 1958 et 1968), et un autre chez Chlorophylle (en noir et blanc, en 1980), qui ont repris l’intégralité des histoires longues avec ce personnage ; mais pas les deux récits complets scénarisés par Jacques Acar et parus dans Tintin, en 1966 et 1967. Les deux premières aventures ont aussi été rééditées, sans succès, par Claude Lefrancq, en 1996.

(6) Les trois histoires de « Jack Diamond » ont été compilées en album au Lombard, entre 1960 et 1961, et rééditées chez Rijperman, en 1985 ; mais elles sont introuvables aujourd’hui !

(7) Toutes les aventures de « Capitan » ont été publiées en albums brochés, mais dans un désordre sans nom : sept sont parus au Lombard, de 1965 à 1974 (dont l’excellent « Capitan et le prince des ténèbres » scénarisé par Yves Duval et qui paru dans Tintin, en 1970) et deux chez Bédescope (en 1980) ; la plupart ayant été réédités chez Récréabull, de 1986 à 1987.

(8) À l’exception d’un récit complet de douze pages paru dans le n° 3 de Tintin sélection, en 1969, toutes les aventures de Doc Silver ont également été proposées en cinq albums brochés (dans la collection Jeune Europe) par le Lombard, parus de 1968 à 1974.