Avec son premier manhwa (1), Je Tae Yoo offre une vision bien différente de cette série de faits divers. Le bien et le mal se confondent et les apparences sont parfois trompeuses. Roy Johnson, jeune policier en charge des meurtres de Whitechapel, n’a rien trouvé de mieux que de coucher avec Susan Reynold, jeune veuve dont le mari, coureur de jupon et alcoolique, vient de décéder dans des circonstances étranges. Pour compliquer les choses, la belle-mère de Susan (d’une jalousie maladive) soupçonne les deux amants et décide de s’en prendre à sa belle-fille.

© Je Tae Yoo – Ki-oon 2011
Tout ne se passera pas comme prévu et Susan, afin d’éviter d’être étranglée par sa belle-mère, finira par la poignarder avec un éclat de verre qui traine sur le sol. Cela ressemble fort à de la légitime défense, mais vu le climat actuel, les deux amants paniquent. Afin de maquiller leur forfait, ils vont tenter de faire passer ce décès comme une nouvelle victime de l’éventreur… L’Église Anglicane va envoyer deux de ses  » agents  » pour seconder la police et découvrir la vérité sur ces meurtres mystérieux. Immédiatement, ils découvrent la supercherie, il y a eu deux meurtres cette nuit, et un seul est réellement l’oeuvre de Jack.
Là où tout se complique, c’est lorsque la femme de chambre entend une conversation où Susan avoue le meurtre de sa belle mère. Poussé par son amante, Roy panique et l’assassine froidement. Ils doivent alors s’enfuir car de plus en plus de soupçons convergent vers eux.

© Je Tae Yoo – Ki-oon 2011
La suite de l’histoire fera tomber les différents mythes ayant servi à sa fondation. Jack n’est pas le tueur froid que nous avons l’habitude de rencontrer et les victimes ne sont pas si innocentes que ça. Ce manhwa glisse rapidement vers l’ésotérique et le gore. Les monstres sont hideux, les combats sanglants. Tous les classiques de la littérature et du folklore londonien de la fin du dix-neuvième siècle semblent se retrouver ici : même Scherlock Holmes, jeune, fera une apparition.
Plus que le mythe anglais, Je Tae Yoo s’est clairement inspiré des standards japonais du genre. On sent une affinité toute particulière avec les productions du studio Mad House et, notamment, les œuvres de Shoji Kawajiri. Les personnages principaux sont élancés, ils ont le regard froid et le rire pervers. Les costumes sont tirés au cordeau et collent parfaitement à l’ambiance victorienne. Les monstres, humanoïdes, sont démesurés, dégoutants et prêts à se battre. Les femmes sexy et d’une perversité à faire froid dans le dos. La mise en page est dynamique et sert le récit à merveille. On ne s’ennuie pas une seconde et on avance de rebondissement en rebondissement.

© Je Tae Yoo – Ki-oon 2011
Tous les stéréotypes sont là, Je Tae Yoo, n’a pas pris de gros risques pour sa première œuvre. Pourtant,  » Hell Blade  » est extrêmement agréable à lire et l’idée de prendre un mythe archi connu, pour le détourner, marche à merveille. On se laisse prendre par l’histoire et ce qui nous semblait une évidence, au départ, disparait petit à petit ; le lecteur ne sait plus ou est le bien et le mal. La suite risque d’être plus classique puisque les inversions et les mélanges des genres sont expliqués tout au long de ce premier volume. Le scénario reste pourtant simple et le public visé est, manifestement, les adolescents ; tellement la violence est exacerbée et le satanisme magnifié. Néanmoins, on attend la suite avec impatience…
Gwenaël JACQUET
 » Hell Blade  » T1 par Je Tae Yoo
Édition Ki-oon (7,50€)
(1) Bande dessinée coréenne.