Né le 30 novembre 1930, à Lyon, Félix Molinari était issu d’une famille d’immigrés italiens qui avait fuit le fascisme Mussolinien. Depuis sa plus tendre enfance, il avait toujours eu soit une craie, soit des crayons de couleurs dans la main. Pendant la Deuxième guerre mondiale, il aurait même troqué, auprès du fils du boulanger ou du boucher, ses dessins de cow-boys et d’indiens contre des tickets d’approvisionnement. Après la guerre, il fait un passage aux Beaux-Arts de Lyon. Attiré par le graphisme et plus particulièrement par celui de la bande dessinée, il découvre, très jeune, les magazines américains et a le coup de foudre pour les dessins puissants et contrastés de Milton Caniff (« Terry et les pirates », voir : http://bdzoom.com/spip.php?article4621). Il porte aussi un grand intérêt aux histoires de guerre et sera influencé par Marijac, surtout quand ce dernier dessine et scénarise « Tonnerre sur le Pacifique », dans le magazine Coq Hardi.

Décidé à vivre de ses dessins, il se met en quête d’un éditeur et sa carrière professionnelle commence vraiment en 1947, lorsqu’il entre comme pigiste aux éditions du Siècle, juste après sa rencontre avec le responsable de ce qui allait devenir les éditions Impéria (en 1951) : le dessinateur et scénariste Robert Bagage. Il y publie alors diverses histoires dans le mensuel Tom’X (au format à l’italienne) ; d’abord de manière anonyme en participant aux aventures de ce personnage créé par Robba (alias Robert Bagage), avant de signer ses premières bandes dessinées : « La Caravane héroïque », « L’Aigle des mers » et « Le Cavalier miracle », des adaptations de films où il affirme déjà sa technique en noir et blanc (abandonnant ensuite la plume pour le pinceau, qui deviendra son outil préféré) et démontrant son talent de coloriste (les vignettes des premières pages étaient alors réalisées en couleurs directes).

Comme les récits de guerre sont un genre à la mode, toujours pour éditions du Siècle, c’est à cette époque qu’il crée sa série la plus connue, dans un mensuel de douze pages : « Garry ». Les premières aventures du sergent Garry, pendant les batailles dans le Pacifique, s’inspirent de faits réels et sont scénarisés par Robert Bagage. De février 1948 à octobre 1971, il dessinera plus de deux cent histoires, de dix à soixante planches chacune.
Outre la réalisation de nombreux récits complets publiés dans les petits formats Targa ou Garry (de 1949 à 1961), Félix Molinari est aussi le créateur d’autres héros tels que « Super-Boy », super-héros avec des mini-réacteurs à la ceinture (qui vivra de décembre 1958 à mai 1986, les scénarios étant dus à un certain Schwarz ou à Molinari lui-même), et les faits d’armes de l’escadrille des « Tigres Volants » en Extrême-Orient, pendant la dernière guerre, dans le magazine Tora, de mars 1972 à avril 1980.

On peut noter aussi ses adaptations de romans de science-fiction dans le mensuel Super-Boy (particulièrement « Les Chevaliers de l’espace » d’après J. G. Vandel, en septembre 1957) et sa participation à la série « Jet Logan » dans le pocket éponyme, en mai 1972. Puis, il va concentrer sa carrière sur l’illustration de couvertures pour les récits complets et les petits formats des éditions Imperia (comme Maxi, Tenax, Kon Tiki, Marouf…), tout en devenant membre de leur comité de direction. À la disparition de cet éditeur, il se consacre aux dessins publicitaires ainsi qu’aux illustrations des boîtes pour les industriels fabricants de jouets ou de maquette.
Pourtant, il dessine quand même quelques autres bandes dessinées sur le football qui paraissent dans le pocket Crampons des éditions Impéria, de mai 1986 à juin 1987, ou dans Foot Plus Magazine (en 1988).

C’est en 1992 qu’il revient en force à la bande dessinée, contacté par les éditions Soleil, avec deux albums des « Héritiers d’Orphée » scénarisés par Philippe Aubert. Puis, toujours pour les éditions de Mourad Boudjellal, de 1994 à 2000, il anime de nouvelles aventures des « Tigres volants » (scénarios de Richard D. Nolane), tout en reprenant, en parallèle (et en 1997), le dessin de la série maritime « Les Survivants de l’Atlantique » créée et écrite par son ami Jean-Yves Mitton ; ceci alors que Soleil tente, sans succès, de rééditer les petits formats (hélas remontés, les quatre pages d’origine n’en faisant plus qu’une seule) qu’il avait réalisés pour Garry Pacifique dans un seul et unique tome de « Garry l’intégrale », en 1995.

Enfin, en 2006, il crée sa dernière série, toujours avec Jean-Yves Mitton au scénario : « Le Dernier kamikaze », trois albums dont le dernier a été publié en avril 2009. Ce sera donc la dernière œuvre de ce grand professionnel qui donna ses lettres de noblesses aux bandes dessinées populaires publiées dans les petits formats et qui fût, aussi, un humain généreux !

Gilles RATIER qui, pour écrire cet article, s’est beaucoup servi du n°97 de la revue Hop ! consacrée, principalement, à Félix Molinari !