C’est dans ce contexte dramatique et chaotique que commence cette jolie « Balade de Yaya ».
On suit le destin de deux enfants, que tout oppose. Yaya est une fillette choyée par ses parents. Elle vit dans une magnifique demeure située dans la concession française. Son père est un commerçant très aisé, sa jolie maman attend un bébé. Lorsque nous faisons la connaissance de la fillette, Yaya accompagne son père sur le port. Celui-ci vient organiser le départ de la famille vers Hong-Kong, à bord du Saint-Patrick. Les troupes ennemies sont proches et la vie à Shanghai n’est plus sûre. Mais Yaya n’est pas sensible au danger qui rôde. Elle n’a qu’une idée en tête : passer, le lendemain ,son audition de piano car elle est une musicienne prometteuse.
Tuduo est un gamin des rues. Avec son petit frère, Xiao, il fait l’acrobate sur le port pour gagner quelques sous. Le soir, il regagne son taudis et donne sa recette à l’horrible Zhu, qui l’exploite sans vergogne.
Le lendemain matin, très tôt, Yaya quitte la maison familiale avec son oiseau Pipo, le narrateur de cette histoire. Elle veut aller passer son examen avant de rejoindre ses parents sur le bateau. De son côté, Tuduo s’enfuit de chez Zhu. Il met son petit frère à l’abri chez les religieuses et court pour échapper aux sbires de Zhu, lancés à sa recherche. C’est le début du chaos en ville, les bombardements font rage, détruisant et blessant. Yaya est perdue. Dans les décombres de la ville en flammes, Yaya et Tuduo se trouvent et ne se lâchent plus. Ils sont seuls, menacés, et n’ont aucun endroit où se réfugier.

Comment vont-ils parvenir à échapper à leurs poursuivants ? Comment Yaya retrouvera-t-elle ses parents ? C’est ce que Pipo, l’oiseau bavard, nous racontera dans la suite de leurs aventures. Mais il faudra patienter quelques mois…
Ce petit album à l’italienne est le fruit d’une collaboration entre un scénariste français et d’un dessinateur chinois. Jean-Marie Omont vient du cinéma et de la télévision ; Golo Zhao a tout d’abord travaillé en Chine pour des magazines de bande dessinée. « La Balade de Yaya » est leur premier album.
Malgré le contexte difficile dans lequel vont évoluer les jeunes héros, les auteurs restituent parfaitement la fraîcheur, la naïveté de l’enfance. Yaya et Tuduo sont très jeunes mais forts à leur façon, inconscients aussi bien sûr. Yaya est portée par la musique ; Tuduo veut soustraire son petit frère à un avenir bien noir. On s’attache rapidement à ces deux héros et on les accompagne avec grand plaisir tout au long de ce premier album. Un découpage efficace, des grandes vignettes très colorées ou sombres, selon que l’on est dans le monde protégé de Yaya ou celui de Tuduo, donnent une grande lisibilité. Le dessin est rond, très tendre et expressif. Il y a de la vie, du mouvement et un lien très fort qui naît, malgré les différences. Une belle découverte, assurément. À partir de 8 ans.
Catherine GENTILE
« La Balade de Yaya » T1 (« La Fugue ») par Jean-Marie Omont et Golo Zhao
Éditions Fei (8,50 €)