Helene McCarty n’est pas une novice : cela fait plus de vingt ans qu’elle œuvre dans le monde du manga, en Angleterre. Des 1991, elle fonde le premier magazine anglais sur le manga et l’animation japonaise «  Anime UK « . Avant cela, elle a même participé à l’organisation de convention et autres manifestations en rapport avec le Japon et le monde des arts. Son premier essai sur le manga, intitulé  » Manga Manga Manga, A Célébration of Japaness Animation at the ICA « (1) sera publié, dès 1992. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque ou le premier livre français, «  L’Univers des manga  » de Thierry Groensteen (2), ne fut publié qu’un an auparavant, en 1991, et n’était qu’une redite par rapport au livre de référence (en anglais) sur l’historique de la bande dessinée japonaise :  » Manga Manga, the worldwide of Japaness Comics  » de Frederik L. Schodt sorti, pour sa part, en 1983. Ami personnel de Tezuka, Schodt avait pris contact avec le maitre afin de traduire en langue anglaise son  » Phoenix  » dés la fin des années soixante-dix. Néanmoins, Helene McCarty explique pourtant, dans sa préface, que l’œuvre de Tezuka et son apport incommensurable au développement du genre sont assez méconnus aux USA (3). Elle fait également remarqué que le manga existait bien avant Osamu Tezuka et, justement, son livre s’exerce à démontrer pourquoi cette industrie du divertissement est devenue ce que nous connaissons aujourd’hui et en quoi cet auteur a révolutionné tout ça.

Le livre est présenté de manière chronologique, décennie par décennie. Depuis sa naissance le 3 novembre 1928 jusqu’à son héritage, faisant suite à sa mort brutale le 9 février 1989. Chaque époque est détaillée par rapport aux mangas et animés crées durant la période. Entre la partie sur son enfance et ses plus grands travaux, Helene McCarty explique chaque personnage de l’univers de Tezuka. En effet, au fil des œuvres, les protagonistes d’un manga pouvaient se retrouver dans un autre, pourtant situé dans une époque ou un lieu différent, tel un acteur qui jouerait un rôle. Bien sûr, la partie la plus importante concerne  » Astro « , œuvre emblématique et mascotte intemporelle de Tezuka.

Particulièrement documenté et érudit, cet excellent livre bénéficie, en plus, d’une traduction française irréprochable due à Jean-Paul Jennequin. Ancien rédacteur en chef de la revue  » Tsunami  » (4), il a fait un formidable travail d’adaptation pour le public français. Les personnages, s’ils existent chez nous, gardent leurs noms francophones. Un listing des différents mangas de Tezuka paru en langue française est inclus en fin de volume et est repris dans l’index à côté du titre original japonais et de son éventuelle traduction anglaise. Son style est élégant, ni pompeux ni lourd, ce qui permet une lecture fluide et agréable de l’ouvrage.
Le livre, en lui-même, est superbe. Les éditions Eyrolles, peu habituées à présenter ce genre d’ouvrage(5), ont néanmoins fait un travail remarquable. Carton épais pour la couverture renforcée par un Astro Boy découpé, donnant du relief à l’ensemble(6). Le tout protégé par une jaquette de plastique épais sérigraphiée en blanc au nom d’Osamu Tezuka : copie conforme de sa version originale, à un prix correct de 32 € ; le livre étant vendu 40$ aux USA.

Les images en couleurs ou en noir et blanc sont toutes d’excellente facture, pas de captures d’écran pixelisées comme on en retrouve de plus en plus dans les ouvrages récents. Ici, Helene McCarty est partie de documents originaux scannés avec soin et mis correctement en valeur : un très beau travail, agréable et fluide, aussi bien au niveau du visuel que de la lecture.
Seul regret, sûrement dû à un souci de droit et de traduction en français, l’édition originale américaine du livre était accompagnée d’un documentaire sur DVD «  The Art of Ozamu Tezuka : the secret of creation « . Extrêmement intéressant, ce reportage produit par la télé japonaise NHK présente Tezuka dans son environnement de travail quotidien, tel qu’il était en 1985. On y voit un personnage humble et travailleur, loin du cliché réducteur sur le  » manga, objet de consommation produit à la chaine « .
Cet ouvrage n’est pas destiné aux seuls amateurs de vieux mangas. Tout le monde peut y trouver une somme d’informations considérables et enrichir sa culture de la bande dessinée japonaise de manière agréable.
Gwenaël JACQUET
 » Osamu Tezuka : Le dieu du manga  » par Helene McCarty
Édition Eyrolle (32€)
(1) La bibliographie d’Helene McCarty comporte de nombreux livres sur le manga et l’animation :  » Manga Manga Manga, A Celebration of Japanese Animation at the ICA  » publié en 1992 par Island World Communications (ISBN 0952043408), suivi en 1993 de  » Anime! A Beginners Guide To Japanese Animation  » chez Titan (ISBN 1-85286-492-3), puis :  » The Anime Movie Guide: Japanese Animation since 1983  » chez Titan en 1996 (ISBN 1-85286-631-4). Elle a écrit aussi trois livres en collaboration avec Jonathan Clements : «  The Erotic Anime Movie Guide  » toujours chez Titan en 1998 (ISBN 1-85286-946-1), ainsi que  » The Anime Encyclopedia: Japanese Animation since 1917  » chez Stone Bridge Press en 2001 (ISBN 1 880656 64 7), complété en 2006 (ISBN 1 933330 10 5), et enfin  » 500 Manga Heroes and Villains  » chez Collins & Brown, en 2006 (ISBN 1-84349-234-3). Elle publie également, en 1999,, un des plus importants livres sur  » Hayao Miyazaki: Master of Japanese Animation  » chez Stone Bridge Press (ISBN 1-880656-41-8),  » 500 Essential Anime You Must Own  » chez Ilex en 2008 (ISBN 9781905814282),  » Manga Cross-Stitch: Make Your Own Graphic Art Needlework  » chez Ilex en 2009 (ISBN 978 1905814510) et l’édition originale de  » The Art of Osamu Tezuka: God of Manga  » chez Ilex en 2009 (ISBN 978 1905814664)
(2) «  L’Univers des mangas, une introduction à la bande dessinée japonaise  » est publiée en 1991 chez Casterman (ISBN 2203326034), alors que Thierry Groensteen est  » conseiller scientifique  » au CNBDI. L’année d’avant, en mars 1990,  » Akira  » de katsuhiro Otomo sortait en kiosque grâce aux éditions Glénat et le Japon était l’invité d’honneur du 18ème festival d’Angoulême, en janvier 1991, avec comme invité : Buishi Terazawa ( » Cobra « ), Jiro Taniguchi ( » Blanco « ) et Masashi Tanaka ( » Gon « ). Ils furent totalement ignoré du public et dédicacèrent peu. En 1996, une seconde version augmentée avec une couverture moins énigmatique a été publiée par Casterman.
(3) La France était précurseur à l’époque et les pays anglophones n’avais pas encore succombé à la mode manga, même si aux USA, VIZ comics essayait de vendre des mangas au format comics dés la fin des années 80. De plus, les animés Japonais diffusés aux USA étaient remontés et remodelés afin de coller à un public américain.
(4)  » Tsunami « , revue d’actualité sur le manga et l’animation japonaise, était éditée dans les années 90 par la librairie Tonkam. Elle était dirigée, à l’époque, par Dominique Veret : l’actuel directeur d’Akata, le fournisseur des mangas chez Delcourt.
(5) Les Éditions Eyrolles est un éditeur de livres plutôt spécialisé en sciences, technique et informatiques. Elles ont bien publié quelques livres sur les méthodes de bande dessinée, mais aucun n’a la qualité de façonnage et de reliure de celui-ci.
(6) La couverture de l’ouvrage est tirée de la couverture du numéro 8 de la revue japonaise «  Tetsuwan Atomu Club  » ( » club astro le petit robot « ) de 1964. Astro n’est pas au volant d’une voiture comme on pourrait le croire sans le décor autour ; il est en compagnie d’Uran sa petite sœur, dans un vaisseau spatial.