La banquise baignée dans le froid et la nuit inspirait ces brutes épaisses, butées, taillées dans la solitude, qui déliraient volontiers pour le seul plaisir de faire durer le bavardage avec leurs lointains voisins. Après un premier tome,  » La Vierge froide « , voilà donc d’autres racontars du même acabit. Qu’il s’agisse d’honorer un mort (pas facile d’enterrer quelqu’un dans ces contrées !), d’inaugurer des toilettes ( » Les Plus belles au nord-est du Groenland  » !), de transformer en cochonnailles un porc pour lequel on s’est pris d’amitié ou de s’adapter quand on est le naïf Anton, ce ne sont que des récits rustres et rustiques, vécus ou portés par des individus étonnamment humains dans un monde qui ne l’est guère, un monde qu’a transcrit l’ethnologue Jorn Riel, né au Danemark en 1931. Il sait de quoi il parle quand il publie avec succès ses fameux « Racontars » arctiques : il a en effet passé seize ans au Groenland dans les années 1950. Un racontar, dit-il, «  c’est une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge. A moins que ce ne soit l’inverse « .

Gwen de Bonneval a superbement adapté ces histoires pour lesquelles Hervé Tanquerelle a su trouvé le dessin mi-réaliste, mi-caricatural qui donne à ces bougres de pêcheurs des trognes étonnantes. Attachantes, même ! Leurs contours caricaturaux ou leurs pifs démesurés font quelquefois penser aux personnages de René Pellos et à ses  » Pieds-Nickelés « .
Si le Groenland vous inspire, c’est le moment de redécouvrir trois titres qui le mettent en scène. D’abord, « Le Chant du pluvier« , de Béhé, Amandine Laprun et Erwan Surcouf (cf. notice L@BD), où un père accompagne son fils au Groenland où il travaille comme ethnologue. Il va partager les coutumes de ce pays, l’occasion pour le père et le fils de se découvrir, de s’apprivoiser enfin.
Dans « Groenland Manhattan » (cf. notice L@BD), Chloé Cruchaudet évoque l’explorateur Robert Peary regagnant New York, en 1897, après une mission au Groenland, d’où il ramène cinq Esquimaux dont Minik, jeune garçon de 10 ans, et son père.

Chloé Cruchaudet retrace l’histoire vraie de ce jeune Esquimau déraciné, puis exhibé avec sa famille comme des fossiles vivant, en s’appuyant sur l’ouvrage de Kenn Harper, «  Minik, l’Esquimau déraciné « , qui fait précisément le récit de l’expédition de Peary. On retrouve «  Minik  » dans l’ouvrage éponyme de Richard Marazano et Hippolyte (cf. notice L@BD) qui évoque aussi l’attraction scientifique et le destin de ces Inuits qui meurent de maladie, laissant Minik à New York, orphelin, seul, désœuvré, loin de sa banquise natale…
Bons voyages !
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)

« Le Roi Oscar et autres racontars » par Gwen de Bonneval et Hervé Tanquerelle d’après Jorn Riel
Éditions Sarbacane (21 €)