« Spider-Woman : Agent du S.W.O.R.D. » par Alex Maleev et Brian Michael Bendis

Si comme moi vous avez toujours eu un petit faible pour Spider-Woman, alors jetez-vous sur cet album, vous chavirerez de bonheur. La première qualité de ce comic est esthétique, Alex Maleev ayant œuvré avec énormément de talent sur cette œuvre, y développant une ambiance contrastée où couleurs intenses et ombres pleines de matières se déploient de la plus belle des manières. C’est tout simplement magnifique. Tout sauf une resucée de « Daredevil », Bendis et Maleev évitant de se complaire dans ce qui a fait leur renommée. Leur « Daredevil », l’un des meilleurs jamais créés, faisait corps avec la mythologie du personnage, et Maleev y développa un monde graphique plein de noirceur et de solarisation, au sein de matières rugueuses. Ici, il a épousé la nature profonde de Spider-Woman pour nous offrir un tout autre univers visuel, plus électrique, plus « flashy » ; certes, la noirceur n’a pas disparu (et elle apporte même son lot de puissances ténébreuses), mais elle est fortement contrebalancée par des touches de couleurs à la limite de la saturation, frôlant la phosphorescence, aussi électriques que les décharges arachnéennes de la belle. L’ensemble de l’œuvre est traversé par cette vague électrique assez impressionnante, et la puissance chromatique de Maleev transcende littéralement certaines planches, jusqu’à nous faire mal aux yeux (mais c’est si bon de souffrir, n’est-ce pas ?). Peinture numérique, encrage et travail informatique font plus que bon ménage, nous offrant un spectacle visuel étonnant et remarquable. Bendis raconte combien lui et Maleev se sont impliqués dans ce projet, qui au départ devait être une série régulière consacrée à Miss Drew. Mais lorsque Maleev a commencé à travailler dessus, son implication et son envie de créer quelque chose d’ambitieux engendrèrent en contrepartie un investissement de temps et de travail tel qu’il fallut se résoudre à abandonner l’idée d’une création mensuelle. Maleev sortit de l’aventure satisfait mais épuisé, arrivant à une sorte de trop plein. Il faut dire que l’élaboration graphique de cette création est pharaonique… Bref, Bendis et Maleev n’ont pas dit leur dernier mot au sujet de Jessica Drew, mais ce ne sera pas pour tout de suite. Alors, en attendant, ne nous reste plus qu’à lire et relire cette mini-série flamboyante ayant en elle assez de richesses esthétiques pour ravir notre regard pendant une éternité. On ne se lasse pas de regarder avec attention chaque case, chaque planche, chaque dessin, admirant le travail impeccable de Maleev ; un travail de fou. L’histoire de Bendis, quant à elle, n’est pas transcendante, mais reste pleine d’intérêt et fourmille d’éléments intéressants pour la suite des événements. Rappelons que Jessica Drew a particulièrement mal vécue la « Secret Invasion », puisqu’enlevée par les Skrulls et remplacée par leur reine qui avait pris son apparence sur Terre. Comment Jessica Drew peut-elle se réapproprier une vie « normale » après ça ? Pas facile, surtout quand on a des liens avec des organisations ennemies entre elles (S.H.I.E.L.D. et Hydra, par exemple). Un vrai sac de nœuds… Fans de Maleev, fans de Bendis, fans de Drew, ne passez pas à côté de ce comic sublime.

« Daredevil » T20 : « Le Retour du roi » par Michael Lark, Stefano Gaudiano, et Ed Brubaker

Ce 20ème tome de « Daredevil » est important pour deux raisons : il signe la fin du duo Brubaker/Lark (assistés de Gaudiano) sur la série, nous donnant les mêmes suées d’appréhension pour la suite que lorsque Bendis et Maleev s’en allèrent vers d’autres aventures, et il contient le numéro 500 de la série régulière, numéro rétablissant la numérotation d’origine en intégrant les 119 épisodes de la seconde époque aux 380 de la première. Un bel anniversaire pour l’un des super-héros Marvel les plus malmenés – pour notre plus grand plaisir – depuis quelques années. En lisant ce dernier arc signé Brubaker/Lark, on ne peut que saluer l’admirable passage de ce duo qui a réussi à instaurer une continuité intelligente, passionnante et visuellement impeccable après le travail de Bendis et Maleev. Les deux hommes laissent Daredevil dans une situation toute autre que celle qu’avait inscrite leurs prédécesseurs, loin d’être plus facile pour autant. Daredevil semble vraiment coincé dans son destin, allant de Charybde en Scylla. Car sans vous dévoiler le poteau rose, ça reste assez gratiné pour Murdock… De plus en plus, cette série abolit les limites entre le bien et le mal, les gentils et les méchants, démontrant combien il faut se méfier des apparences, et faire attention à ne pas basculer à l’inverse de ce que l’on est. À l’instar de Jessica Drew dont nous venons de parler, Matt Murdock est lui aussi dans un sacré sac de nœuds… On ne peut qu’être réjouit de la dimension instaurée par Bendis et continuée par Brubaker, faisant basculer « Daredevil » dans le polar noir, la chronique intime, la donnée super-héroïque restant désormais en arrière-plan. Ça fait du bien. C’est bon. C’est beau. C’est chouette. Certes, les combats et les super-vilains ne manquent pas, dans cet arc, mais ce n’est qu’une montée en puissance de la situation, pas une finalité. L’intérêt principal se porte sur la possibilité ou l’incapacité de Murdock à vivre « normalement » : décidément, que de liens avec Spider-Woman ! Marvel serait-elle devenue perverse ? En tout cas, même si les super-héros ont toujours été tiraillés entre leurs identités secrètes et civiles, jamais la dichotomie n’avait été aussi prégnante que depuis quelques années, et tant mieux pour nous !

« Batman : Year One » par David Mazzucchelli et Frank Miller

On finit avec un album qui a fait date, le fameux « Year One » de Miller et Mazzucchelli revisitant les débuts de Batman. Après avoir dépeint un Batman vieillissant dans « The Dark Knight returns », Miller s’est penché sur le Bruce Wayne des origines, lorsqu’il franchit le pas pour devenir l’homme chauve-souris. Miller en profite pour explorer plus avant le parcours du Lieutenant James Gordon, l’un des personnages clés de la série, bien sûr. Tout ça est très bien mis en scène, et la lecture de l’ouvrage s’avère plus qu’agréable, même si l’on peut regretter que Miller ne soit pas allé plus loin… Je ferai assez court, sur cet album, car tout a déjà été dit à son propos, et que les fans de comics savent quelle est son importance dans l’aventure éditoriale du héros. Enfin, même si je ne peux que vous conseiller la lecture de ce comic un brin historique, je vais faire court parce que même si l’album propose en clôture un dossier très sympa fourmillant de recherches, de croquis, de crayonnés de planches et d’extraits de scénario (tout ça est parfait), il n’en reste pas moins que la photogravure de l’ouvrage est dégueulasse, avec par exemple des noirs pas assez opaques pour cacher le texte original (ce qui nous permet de constater que Panini change des typographies et caractères de police en dépit du bon sens, perdant alors une vraie force graphique et ne respectant pas l’esprit du travail original). Que voulez-vous dire quand la fabrication d’un livre n’est pas à la hauteur de l’œuvre éditée ? Achetez-le, ne l’achetez pas ? Panini rendrait fou n’importe quel critique…

Cecil McKINLEY

« Spider-Woman : Agent du S.W.O.R.D. » par Alex Maleev et Brian Michael Bendis Éditions Panini Comics (16,00€)

« Daredevil » T20 : « Le Retour du roi » par Michael Lark, Stefano Gaudiano, et Ed Brubaker Éditions Panini Comics (14,00€)

« Batman : Year One » par David Mazzucchelli et Frank Miller Éditions Panini Comics (18,00€)