Dans  » Washita « , nous suivons le chasseur Equani, inquiet de trouver de plus en plus d’animaux atteints d’une étrange maladie, parti vers l’ouest de l’Amérique du Nord, bien avant l’arrivée des hommes blancs, pour découvrir l’origine de ce phénomène. Le Cherokee a pour mission de rétablir l’équilibre rompu entre sa tribu et la tribu des daims. Le guerrier, guidé par Cheeluh, petite-fille du chef des Tsitsitas, arrive au village de Washita, la femme qui hante ses rêves et le trouble amoureusement. Les esprits Awi-Usdi, chef de la tribu des daims, et Yânû, celui des Ours, rappellent à Equani le véritable but de son voyage : trouver l’origine du mal mystérieux qui ronge la Nature ! Mais entre les esprits des animaux et des dieux intégristes, les passions humaines ont-elles leur place ? Le cinquième et dernier tome nous le dira, mais en attendant il faut absolument découvrir – si ce n’est déjà fait – cette fabuleuse saga amérindienne car le voyage est également graphique. Le style sec, stylisé, accrocheur et dynamique de Thomas Labourot se dote ici d’une mise en couleurs somptueuse de Christian Lerolle pour une histoire faite de silences ou d’actions spectaculaires qui confèrent à ces pages une force incroyable d’autant que le découpage des planches est particulièrement inventif et efficace.

Autre série de « mythologic fantasy », comme disent les commerciaux pour séduire :  » Luuna « , dont c’est le sixième tome. Luuna, princesse Paumanok victime d’une malédiction, continue son voyage d’initiation qui l’a menée jusqu’à une mystérieuse cité aztèque, la cité d’Émeraude. Avec l’aide des shamans, elle affronte dans les sous-mondes le Prince des Ténèbres et les guerriers jaguars et devenir adulte… Mais, quand elle revient chez elle, c’est pour découvrir une terre de désolation et sa tribu, qui sert de lien entre les dieux et les humains, massacrée par des démons ! C’est ainsi qu’elle devient, pour se venger, reine des loups et qu’elle repart au-delà des horizons, avec à la clé Vikings, fjords et palais de glace… Pas moins ! Sans oublier l’humour des Pipintus, petites bestioles fort sympathiques !

Ce nouvel épisode est tout aussi puissant graphiquement que les premiers et, dès lors qu’on aime les légendes indiennes et les mondes animaliers imaginaires, on se doit de découvrir cette série réellement spectaculaire où le dessin ciselé et stylisé de Kéramidas fait merveille. Le monde indien ainsi mis en scène, non sans effets disneyens, est une vraie jubilation visuelle. L’ampleur du rêve et du plaisir visuel tient aussi aux admirables couleurs.
Dans les deux cas, ce ne sont pas des récits simplistes et enfantins mais des histoires riches, documentées et habilement racontées, qui honorent la BD et ses auteurs.
Notons que Crisse s’est spécialisé dans ce type de créations puisqu’après  » Atalante «  et la Grèce (cf. notice L@BD),  » Ishanti » et Égypte (cf. notice L@BD),  » Canari  » et les Mayas (cf. notice L@BD), il lance aujourd’hui  » Thalulaa  » (cf. notice L@BD), d’inspiration océanienne, aux péripéties toutefois plus convenues et à destination d’un public un peu plus jeune aussi.
Alors, bons voyages !
Didier QUELLA-GUYOT (L@BD et blog)
 » Washita  » T4 par Thomas Labourot, Séverine Gauthier et Christian Lerolle
Éditions Dargaud (13,50 €)
 » Luuna  » T6 ( » La Reine des loups « ) par Nicolas Kéramidas et Didier Crisse
Éditions Soleil (13,50 €)
 » Thalulaa  » T1 ( » Manta Ora « ) par Ood Serrière et Didier Crisse
Éditions Soleil (13,50 €)