Dans le n° 9 du journal L’Epatant, le 4 juin 1908, trois mauvais garçons, Croquignol, Filochard et Ribouldingue font leur apparition en voiture décapotable. Leur auteur, Louis Forton, aurait aimé les appeler Les Pieds Sales, mais en I895. Tristan Bernard ayant écrit une pièce de théâtre intitulée Les Pieds Nickelés, c’est cette appellation que les éditions Offenstadt préfèrent adopter.

 

Le.s Pieds Nickelés ressemblent pour Croqui­gnol et Filochard à deux membres du personnel d’un cercle hippique fréquenté par Louis Forton lequel, pour Ribouldingue,  s’est inspiré d’un   clochard   parisien   nomme   Flambant. Mais le créateur des Pieds Nickelés assurait parfois qu’il s’agissait des caricatures de ses employeurs :  Maurice,  Nathan  et Georges Offenstadt… Quoi qu’il en soit, les trois voyous vont passer leur temps à escroquer le bourgeois de façon hilarante, la morale étant sauve à la fin de chaque épisode lorsqu’ils se retrouvent libres, mais sans le sou. La bande acquiert très vite un énorme succès populaire en grande partie dû à sa contestation des valeurs établies, mais aussi à l’art de l’au­teur de jouer sur plusieurs registres en mêlant le conformisme le plus vulgaire à des audaces étonnantes aussi bien dans les scénarios que dans les dessins. Par exemple, il est un des premiers en France, profitant du succès des  Pieds, Nickelés, à imposer à des éditeurs des phylactères qu’il utilise pour ses effets comiques : interjections, cris, onomatopées, symboles graphiques, etc. Et il possède au  haut degré le sens de l’écriture cinématographique :gros plan, travelling, champ, contre- champ conférant ainsi à ses intrigues dynamisme inégalé à l’époque. Au départ, Louis Forton écrit seul les mais les Offenstadt, inquiets de la lenteur des  livraisons, lui adjoignent plusieurs auteurs maison : Jo Valle, Pierre Desclaux, Boisyvon et organisent une fois par mois des déjuners dansi un bon restaurant où s’élaborent en de joyeuses discussions les aventures à venir dïe nos trois héros.

 

Pendant trois décennies, hormis un intermède d’avril 1924 à janvier 1927 où Forton est  occupé à lancer Bibi Fricotin dans le Petit  Illustré, la bande va faire les beaux jours de  L’Epatant. A la mort de leur créateur le 15 février 1934, Les Pieds Nickelés sont repris par Aristide Perré le 1er novembre d année. Celui-ci rajoute six épisodes supplémentaires jusqu’en octobre 1938 ave une maitrise  du dessin el une mise en perspective des personnages dignes de tous les éloges. Puis le  célèbre trio passe sous le crayon d’Albert Georges Badert qui, abandonnant  le genre « voyou gouailleur », choisit de les représenter  en gentlemen-cambrioleurs tout àn fois dislingués et ridicules. Il  dessine ainsi quatre  nouveaux épisodes dans L ‘Epatant, puis dans L’As à partir de septembre 1939.

 

Parallèlement à la parution en journaux sortent  aux Editions Offenstadt six petits petits albums  de1915 à 1917, puis dix-neuf autres à la S.P.E depuis Les Pieds Nickelés se débrouillent  en  1929 aux Pieds Nickelés Princes d’Orient en  1940.

 

Après la guerre, les aventures du célèbre trio sont confiées à René Pellos qui le  croquent d’une: façon moins réaliste, plus caricaturale. Croquignol étant affublé d’un lorgnon. Elles sont publiées dans Le Journal des Peds Nickelés dès son premier numéro en juillet  1948  puis passe dans L’Epatant en 1951. Les Pieds Nickelés Magazine (1971), Trio (1978) Marius (1981). René Pellos se taille la  part du lion  avec quatre-vingt-treize albums juqu’en en 1981 plus un en 1988. D’autres dessinateurs Pierre  Lacroix (avec trois titres en 1953 en remplacement de Pellos accidenté, Jicka à partir de 1953, Pesch, Lavai, ,Pesch, Gen-Clo., Cladères,Jacarbo, Michel Rodrigue, Capezzone, Déporter apportent leur contribution jusqu’en 1992. Côté scénario, Les Pieds Nickelés sont écrits en 1948 par Lortac (sous le pseudonyme de Corrald), mais dès le second épisode c’est Montaubert qui s’impose avec quatre-vingt-quatre titres jusqu’en 1983, adoptant un genre moins libertaire à la demande des éditeurs. A partir de 1967, Veissid signe aussi quelques albums, ainsi que Marie (1973), Cahen (1974), Ewald (1974) et Janoti (1977). A la mort de Montaubert, la série est reprise par Saint-Michel (1982), Roussez (1984), Manguin (1985) et Tibéri (1986). En tout, Les Pieds Nickelés auront duré quatre-vingt-quatre années, de 1908 à 1992, pour la plus grande joie de trois générations de lec­teurs, tout en se plaçant seconds pour le record de longévité de la bande dessinée francophone derrière L’Espiègle Lili.

 

Michel Denni