Sorti il y a quelques jours, le 7e tome de Golden City dessinée par Nicolas Malfin, amorce un tournant dans la série auquel il donne un nouveau souffle. Clôturant le premier cycle en explicitant l’histoire des enfants pilleurs d’épaves, il ouvre autour d’Harrison Banks un huit clos au cœur de la ville flottante où s’infiltre un groupe de paramilitaires. Même dynamique pour son dessinateur, qui semble lui aussi à un tournant de sa carrière. Alors que le dernier album marche d’ores et déjà très fort, et que la série vogue vers les 500 000 exemplaires vendus (ce qui en fait l’un des gros succès des éditions Delcourt), Nicolas Malfin s’est enfin accordé ses premières vraies vacances depuis 10 ans.

 

 

 

Un tournant

 

Elles sont aussi l’occasion pour lui de faire le point et d’explorer d’autres voies. Ses nouvelles attaches personnelles le conduisent d’abord à faire de fréquents et longs séjours au Canada, et il partage désormais son temps entre l’Eure-et-Loir, où réside toujours sa famille, et le Québec. Il avoue y avoir découvert les grands espaces, la beauté d’une nature préservée et des couchers de soleil sublimes tels qu’en offrent seuls les horizons dégagés. La sociabilité des cousins d’outre Atlantique, à la fois « aimables et volontaires, habitués à se prendre en main avec humilité » lui a fait d’emblée aimer le pays et les gens. « J’y trouve la source d’un équilibre et d’un nouvel imaginaire qui nourrissent mon travail », confie-t-il.

 

 

 

Le temps de la maturité

 

De fait, tout en maintenant son implication sur Golden City (notamment un vrai-faux album photos consacré à la série paru chez La griffe noire), Nicolas s’est mis à écrire. « J’ai d’abord cherché à maîtriser toutes les étapes du dessin, particulièrement la mise en couleurs. Logiquement, je suis venu ensuite à l’écriture». Pour être précis, le dessinateur a repris un projet de jeunesse qu’il est en train de scénariser pour en faire un récit fleuve d’espionnage, centré sur une héroïne dont la vie bifurque. « Il s’agira d’une grande fresque d’aventures », explique Nicolas, qui ajoute : « En fait, j’écris et je dessine des bd que j’ai plaisir à lire ». Car dessiner ne suffit plus au jeune homme. « J’ai envie de raconter des histoires, j’ai compris que je possède à présent la maturité pour le faire, et les réflexes qui vont avec, comme multiplier les notes d’observation ».

 

Nicolas, dont le plaisir à dessiner est intact, confie qu’il a appris à prendre du temps pour lui, afin de réaliser ce qui lui tient vraiment à cœur. Une belle définition de la pleine maturité dont il fait désormais preuve dans son œuvre comme dans sa vie.

 

Joël Dubos

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Golden City, t7, Les enfants perdus, Delcourt, 12,90 euros

 

Le grand album souvenir de Golden City, La griffe Noire – BD’Empher, 149 €

 

 

 

 

 

 

 

 

Bio expresse

 

Nicolas Malfin est né à Dreux en 1971. Il effectue un beau parcours au lycée Rotrou avant de poursuivre des études scientifiques qui le mènent jusqu’au DEA en physique des matériaux. C’est à ce moment qu’il effectue un choix décisif : alors qu’une grosse bourse d’études lui est octroyée pour préparer une thèse, il change radicalement de voie. Passionné de bd depuis l’enfance, très marqué par sa rencontre avec Charlier au salon de Dreux de 1986, il opte pour le métier de dessinateur qu’il aborde avec le talent et le culot des autodidactes. Après un passage par la publicité (dont le jeu de carte Pirate des Caraïbes) et en parallèle avec son travail sur des jeux de rôle (Polaris, Prophécy), il présente un projet chez Delcourt. Son trait lumineux, réaliste et cohérent jusque dans les moindres détails, lui vaut d’être retenu pour dessiner la série d’anticipation Golden City sur un scénario de Daniel Pecqueur. 7 albums plus tard, le succès ne s’est pas démenti.

JD