Exposition Abdallahi

C’est dans le cadre superbe de la salle des Etats généraux du château de Blois récemment rénovée qu’a été inaugurée une exposition très réussie consacrée au double album Abdallahi, distingué l’an dernier pour le prix de la bd historique. Grâce à une conception muséologique dynamique, les visiteurs peuvent admirer les extraordinaires dessins de Jean-Denis Pendax, bien mis en correspondance avec une série d’objets puisés dans la décidément très riche collection d’art africain du château de Blois. De quoi donner tout son poids au gros travail de documentation réalisé par Christophe Dabitch. Par-dessus tout, éclate avec cette présentation unanimement saluée par le public et les professionnels, le talent graphique de Jean Denis Pendax, spécialiste du travail à l’acrylique qui allie un vrai sens du réalisme et une forte dimension artistique. Reconnu comme l’un des dessinateurs les plus en vue du moment mais également l’un des plus riches de potentialités, illustrant le renouveau d’un courant pictural que ne renierait pas Mattoti, le dessinateur d’Abdallahi a enfin trouvé une œuvre à la dimension de ses dons, au point de s’imposer désormais comme une référence incontournable.

 

Prix de la bd historique Rendez-vous de l’histoire-Château de Cheverny

Pour la quatrième année consécutive, le jury, entrainé par Pascal Ory et toujours constitué à la fois d’historiens, de professionnels du 9e art et d’artistes, a récompensé un album traitant de la période contemporaine (et soit dit en passant de nouveau chez Futuropolis dont le dynamisme en la matière n’est plus à démontrer). Le renouveau est cependant net par rapport aux lauréats passés (Lepage, Lax, Dabitch et Pendax) tant sur le plan référentiel, qu’en termes pictural ou narratif avec David B., distingué ici pour son album Par les chemins noirs. Représentant de la déjà très confirmée « Nouvelle bd », il offre un album riche qui multiplie les références et ne se réduit pas à la restitution d’un événement historique. Le cadre pourtant n’est pas banal qui se situe dans la Fuime (Rijeka en croate) bouillonnante de l’immédiat premier après guerre, au moment où la ville d’Istrie vient de proclamer son indépendance (reconnue au niveau international par les grandes puissances et inscrite dans le traité de Rapallo). Elle se trouve alors à la fois occupée par les hommes du poète Gabrielle d’Anunzio qui souhaitait initialement l’offrir à l’Italie, et encerclée par les armées italiennes qui ne veulent pas d’une entité indépendante à leur frontière. Pendant ce temps, à l’intérieur, d’Annunzio laisse libre court à son projet utopique et les anciens combattants ne cessent de se bagarrer. Au demeurant, David B. s’attache plus particulièrement à un petit groupe de pillards, notamment au beau, ténébreux et distancié Lauriano, et la chanteuse Mina Linda. Narration romanesque, multiplication des clins d’œil et des références, cadre riche et personnages hors normes ont donc séduit les jurés dans

 

Entretien avec David B., café littéraire animé par Joël Dubos

David B. revient sur son parcours et explicite son projet romanesque et artistique. Replaçant l’épisode de la prise du pouvoir Garibaldien à Fiume en 1919, il présente quelques unes de ses sources principales. Interrogé sur son parti pris graphique et narratif dans un album à la fois très original mais également placé dans l’héritage d’Hugo Pratt, David B. évoque les peintres et romanciers qui l’ont aidé à restituer l’ambiance de l’époque. Il se livre ensuite aux jeux des commentaires techniques que soulèvent les observations de l’animateur avant d’annoncer une suite en plusieurs tomes et d’évoquer ses travaux en cours et ses projets de publication. Aimable et disponible, l’artiste a même accepté une mini séance de dédicaces improvisée.

Le texte de l’entretien sera reproduit in extenso prochainement.

Joël Dubos