Blake et Mortimer

Belgique

1946

E.P. Jacobs

Lorsque Edgar-Pierre Jacobs débute, le 26 septembre 1946, les formidables aventures de Blake et Mortimer dans le n°1 de Tintin, il ne dispose alors que d’une courte expérience : quelques illustrations, la poursuite de Flash Gordon dans Bravo ! et enfin une histoire qui le fait remarquer par Hergé, publiée également dans Bravo !, intitulée Le rayon « U ».

Le premier épisode des aventures de Blake et Mortimer, Le Secret de l’Espadon relate les horreurs de notre planète jetée au cœur d’une Troisième Guerre mondiale, conduite par Basam Damdu, dictateur « jaune » démoniaque qui parvient, avec l’aide du colonel Olrik, à devenir maître de la planète. Face à l’effarante puissance des armées du tyran, il y a deux occidentaux, l’un capitaine dans l’armée britannique et l’autre scientifique génial, inventeur d’un avion révolutionnaire nommé l’Espadon : Blake et Mortimer. Menée tambour battant sur deux longs albums édités par Les Editions du Lombard en Belgique et Les Editions Dargaud en France (Tome 1 : La poursuite fantastique  – 1950 ; Tome 2 : SX1 contre attaque – 1953 ; recoupés en trois volumes aujourd’hui), cette incroyable odyssée séduit immédiatement les lecteurs, devenant ainsi une des séries leader du journal.

L’épisode suivant, Le Mystère de la grande pyramide (1950), est une des merveilles de cette série et marque le retour de celui qui sera désormais l’ennemi acharné de nos deux héros : Olrik. Avec un art consommé, Jacobs nous entraîne ici dans une Égypte où s’entremêle l’exotisme des palaces coloniaux, les décors merveilleux et le mysticisme fascinant du pays des Pharaons. Egalement publiée en deux albums (Tome 1 : Le Papyrus de Manéthon – 1954; Tome 2 : La chambre d’Horus – 1955) cette intrigue unique a créé plus d’une vocation d’égyptologue, semble-t-il.

Avec La Marque jaune (1953 – album 1956), Jacobs atteint les sommets de son art pour réaliser un des indiscutables chefs-d’œuvre de la bande dessinée. Scénario, dessin, découpage, décors… chaque détail touche à la perfection, entraînant le lecteur ébahi dans un Londres brumeux et mystérieux digne des meilleures nouvelles de sir Arthur Conan Doyle à la poursuite du criminel le plus incroyable mais aussi le plus génial que notre société ait pu engendrer…

Se succèdent ensuite des histoires aux thèmes les plus variés : L’Énigme de l’Atlantide (1955 – album 1957) au titre évocateur, SOS météores ou Mortimer à Paris (1958 – album 1959), épisode dans lequel une conspiration étrangère vise à envahir l’Europe de l’Ouest, Le Piège diabolique (1960 – album 1962), où Mortimer est lancé malgré lui dans un voyage à travers le temps, L’Affaire du collier (1965 – album 1967), une affaire de vol d’un style très classique, et enfin, Les Trois Formules du professeur Sato (1971 – album 1977), ultime aventure restée inachevée (seul la première partie, Mortimer à Tokyo, est entièrement de Jacobs) qui emmène Mortimer au Japon. Le second album, Mortimer contre Mortimer (1990), exécuté sur le découpage original de Jacobs, sera finalement dessiné par Bob De Moor.

À partir de 1984, les Editions Blake et Mortimer, créées pour l’occasion, ont réédité au rythme d’environ un album par an tous les anciens titres. De format plus grand, ces reprises proposaient des couleurs et un lettrage entièrement refaits, hélas pas toujours de manière très heureuse cependant…

Devant le succès toujours grandissant de la série, les Editions Blake et Mortimer (devenues une filiale des Editions Dargaud qui en était autrefois le diffuseur pour la France) décident de la poursuivre en confiant cette fois le dessin à Ted Benoît et le scénario à Jean Van Hamme. Après un travail long et difficile, L’Affaire Francis Blake paraît finalement en 1996 et, malgré les justes réticences des inconditionnels, cette affaire s’avère, au vu des ventes, excellente ! Ajoutons qu’un ouvrage intitulé Blake et Mortimer, histoire d’un retour expliquant les étapes de cette reprise et contenant des entretiens avec Jean Van Hamme et Ted Benoît, a également paru chez le même éditeur en 1996. Devant les lenteurs – compréhensibles – de Ted Benoît, l’éditeur décide alors de créer une alternance entre deux « équipes » de créateurs, ainsi, en 2000, paraît La machination Voronov, album dessiné par André Juillard et écrit par Yves Sente, puis, en septembre 2001, L’Etrange rendez-vous, une nouvelle aventure réalisée par Ted Benoît et Jean Van Hamme.

Acceptée ou imposée comme une « série culte » (une appellation devenue grotesque à force d’être utilisée à tout instant…), Les Aventures Blake et Mortimer font l’objet d’une adaptation en dessins animés (une coproduction Dargaud et Ellipse – une filiale de Canal +) diffusés en 1997 sur Canal +. Si toutes les aventures BD publiées à ce jour sont alors adaptées, les amateurs auront toutefois la surprise de découvrir quatre épisodes inédits (jamais repris en BD toutefois) : La porte du Druide, Le Testament de l’achimiste, L’Héritage du Viking et Le Secret de l’île de Pâques (chaque cassette vidéo, y compris les premières, comportant 45 minutes d’animation). Dans cette série, ajoutons qu’il existe deux coffrets « Blake et Mortimer » réunissant les différents épisodes : le « Coffret collector Edgar-P. Jacobs » qui comporte l’ensemble des adaptations des albums du « maître » avec un documentaire (Le Baryton du 9eme art) et le « Coffret Tour-horloge », proposant l’intégrale de la série d’animation.

Les « déclinaisons » éditoriales issues des aventures de nos deux héros sont nombreuses. Ainsi, Editions spéciales, port-folios, sérigraphies, coffrets, Editions de poche, hommages, etc., ne se comptent plus… Nous évoqueront cependant les albums réalisées par les Editions Blue Circle (de 1984 à 1986) reprenant les aventures du Mystère de la Grande Pyramide à S.O.S. Météores (soit cinq volumes) en format géant 35 x 46cm, des « livres-objets » imitant les albums originaux publiés aux Editions du Lombard de façon tout à fait étonnante (Le Secret de l’Espadon, tomes 1 et 2, ayant conjointement été réalisé dans le même format, hélas sans les couvertures originales, par Les Editions Blake et Mortimer en 1985 et 1986).

Ajoutons enfin la parution en 1998 de L’Aventure immobile ou la vieillesse de Blake et Mortimer pourrait-on dire, un ouvrage écrit par Didier Convard et illustré par André Juillard pour la collection… « Le dernier chapitre » (Editions Dargaud).

Depuis les premiers articles consacrés à Blake et Mortimer par Claude Le Gallo publiés dans le magazine Phénix dès 1967, une somme importante d’ouvrages leur ont été consacrés. Citons tout particulièrement Un opéra de papier, les mémoires de Blake et Mortimer par E.-P. Jacobs lui-même (Ed. Gallimard, 1981), Le Monde d’Edgar-Pierre Jacobs par Claude Le Gallo (Ed. du Lombard, 1984) et Blake, Jacobs et Mortimer par Gérard Lenne (Ed. Seguier, 1987).

Philippe Mellot