Né en 1970 à l’île de la Réunion, ce jeune graphiste féru de jeux de rôles et d’heroic-fantasy a suivi ses parents en France, en 1986. «Mon père est prof et a commencé sa carrière là-bas, à l’âge de 19 ans : et il avait signé pour 20 ans ! Il dessinait beaucoup lui aussi et, dès mon plus jeune âge, je le regardais faire : je suis persuadé que mon goût pour l’illustration vient de là. J’ai bien fait des études dans le graphisme et dans la publicité, mais cela ne m’a servi à rien. D’ailleurs, dans ces écoles, on vous déconseille fortement de faire de la BD : pour eux, les dessinateurs de BD ne sont pas des artistes. En fait, tout a commencé un jour de 1995 où, avec des copains, nous cherchions une activité pour ne pas rester à s’embêter à la maison. Nous sommes allés à un festival de BD, à Perthuis, et l’un de mes camarades a proposé de montrer ce que je faisais. Comme je trouvais ça trop nul, j’ai refusé ; mais pendant que nous buvions un coup, ce copain en question a pris mon dossier en cours de constitution (avec quelques illustrations d’heroic-fantasy) et l’a montré à Eric Cartier, l’un des dessinateurs emblématiques de la région. Personnellement ce n’était pas son truc, mais il m’a gentiment présenté à quelqu’un qui m’a donné le n° de téléphone d’Arleston. Au bout de deux semaines, j’ai fini par appeler le scénariste de «Lanfeust» mais il m’a dit qu’il n’avait pas le temps de s’occuper de moi car il avait trop de boulot. C’est pourquoi il m’a mis en relation avec le jeune et sympathique Dominique Latil, lequel bossait déjà avec lui. Je lui ai envoyé un superbe fax en noir et blanc qu’il a transmis à l’éditeur et ça a marché ! Cela c’est simplement fait comme ça ! Quand on voit tous ces gens qui galérent pour y arriver, je suis toujours un peu embêté en racontant que pour moi, cela c’est fait en deux petites heures ! » Notre timide dessinateur n’a pas de quoi avoir honte car manifestement, le dessin envoyé était une belle démonstration de son talent. D’ailleurs, Dominique Latil lui a aussitôt proposé d’illustrer les quatre premiers tomes de la série «Les Guerriers», un univers qui convenait bien à ce dernier puisqu’il adore le Moyen-âge et les univers fantastiques !

 

 

 

De 1996 à 1998, Philippe Pellet va donc dessiner «Les guerriers» (sur un scénario de Dominique Latil et pour les éditions Soleil) : notons que cette série d’heroic-fantasy comprendra, par la suite, trois autres albums dessinés par Tierr. «La chance que j’ai eu, c’est d’avoir pu travailler avec Dominique Latil dans le même atelier que Christophe Arleston, le scénariste de «Lanfeust». Alors que je n’avais pas les mêmes facilités que maintenant au niveau du temps (je devais faire un album en quatre mois, et là, je suis désolé, mais en si peu de temps, on ne peut pas faire grand chose de bien), ce dernier m’observait et regardait ce que je dessinais d’autre pour me faire plaisir, en prenant mon temps. C’est certainement grâce à cela que j’ai pu, ensuite, bosser avec lui ; car quand je regarde, aujourd’hui, ce que je faisais à l’époque, je me demande encore comment j’ai pu être édité. Techniquement, Dominique Latil me fournissait une feuille avec les numéros des cases, les actions et les dialogues des personnages. C’était un pré-découpage qui me permettait, après, de faire ce que je voulais. Ceci dit, je respectais toujours la place de la première et de la dernière phrase de la page que l’on m’avait proposée. D’ailleurs, aujourd’hui, je continue à travailler de la même façon sur «Les forêts d’Opale» avec Christophe Arleston. Je pense vraiment que mon travail sur «Les guerriers» m’a permis d évoluer extrêmement vite mais que son univers était trop cloisonné ; d’autre part, je souhaitais illustrer des histoires d’heroic-fantasy plus traditionnelles. Comme Dominique n’était pas trop pour, j’ai demandé à Arleston de voir s’il ne connaissait pas quelqu’un qui pourrait m’écrire quelque chose comme ça : il m’a dit qu’il s’en occuperait. Trois jours après, il m’a annoncé que si je le voulais, il le ferait ! Un peu que je le voulais !» Pourtant, Arleston est plutôt un humoriste. N’a t-il pas eu du mal à écrire un scénario réaliste ? «Si, beaucoup ! Il avait un petit peu ses habitudes et il a même essayé, le fourbe, de me faire changer de style graphique… ; mais j’ai bien résisté. De mon côté, je n’interviens que rarement dans le scénario et c’est la même chose pour les couleurs réalisées par Goussale : à chacun son boulot !»

 

 

 

Quand Philippe Pellet déclare qu’il ne se mêle absolument pas du travail scénaristique de Christophe Arleston, ce n’est pas tout à fait vrai. «De temps en temps, nous discutons un peu du problème de décalage entre mon dessin qui est d’un réalisme sérieux et ses textes qui s’orientent, par moments, un peu trop du côté parodique à la «Lanfeust». C’était surtout le cas au départ (d’ailleurs sur la réédition du tome 1, il y a même des phrases entières qui ont été enlevées car elles passaient mal avec mon graphisme) mais, maintenant, nous arrivons à mieux nous caler. Cela a permis aussi à Christophe de tester autre chose et maintenant, il n’a aucun problème pour travailler avec des dessinateurs plus réalistes comme Alberto Varanda ou Adrien Floch : d’ailleurs, je trouve que les scénarios qu’il m’écrit aujourd’hui sont de mieux en mieux adaptés. Je pense que cela a été un bien pour tout le monde car de mon côté, avant notre collaboration, j’étais catalogué comme un auteur violent, noir…»Alors qu’elle n’a jamais bénéficié de la moindre opération promotionnelle, le nombre d’aficionados à la série «Les forêts d’Opale» où Philippe Pellet et Christophe Arleston ont fait coïncider leurs visions différentes de l’heroic-fantasy, ne cesse de croître. Le précédent opus a même été tiré à 70 000 exemplaires et s’est placé d’entrée dans le trio des meilleures ventes du moment ! Le dessin méticuleux et hors mode de Philippe Pellet est certainement un excellent atout pour cette série qui a démarré tout doucement et qui risque, maintenant, d’atteindre des sommets. «J’évite de m’éparpiller : je passe, en fait, tout mon temps sur les albums. J’avoue que, pour moi, le dessin est un plaisir mais c’est aussi un travail. J’avais un peu trop tendance à m’enfermer dedans et socialement, cela devenait compliqué. C’est pourquoi, en ce moment, j’essaie de prendre un peu de recul : j’évite de m’en mettre trop sur le dos et je refuse même les travaux d’illustrations que je réalisais pour Lanfeust Mag. De toute façon, je m’investis déjà énormément sur la série et je ne veux pas papillonner à droite ou à gauche : chez Soleil, ils l’ont bien compris !»

 

 

 

Gilles RATIER