Il y a des articles dont on se passerait bien… Alors que nous nous apprêtons à célébrer les cinquante ans de Gaston Lagaffe (ce sera exactement le 28 février prochain), l’épouse du génie s’est donc éteinte ce 28 janvier, ce qui donne à cet anniversaire un goût bien amer. Depuis que j’ai appris la nouvelle, je ne peux m’empêcher de penser à de troublantes coïncidences de dates, outre ce 28. Liliane s’est éteinte 10 ans après André (c’était le 5 janvier 1997), 2007 est certes l’année des 50 ans de Gaston, mais aussi les 30 ans des Idées Noires, et – même si Le Tank fut réalisé en 1946, il fut publié dans l’Almanach Spirou 1947 – les 60 ans de la reprise du fameux groom par Franquin. 2007, c’est aussi l’année où s’achève l’exposition « Le Monde de Franquin » à Bruxelles. Je ne veux rien faire dire à ces chiffres, c’est juste ainsi… Curieuses impressions, entre célébrations et affliction…

 

André Franquin épousa Liliane Servais en 1950. Alors que Franquin était en train de réaliser Le Nid des Marsupilamis (1956-1957), le jeune couple attendit un heureux événement : la naissance d’une jolie petite Isabelle. Femme discrète et aimante, Liliane fut une épouse attentive et sincère, accompagnant et rassurant toute sa vie un Franquin drôle et angoissé, plein de volonté et rongé par le doute, misanthrope et humaniste à la fois ; ce concentré de contradictions intelligentes et sensibles qui rendait cet homme si attachant, si indispensable. On imagine bien le haut degré de connivence et d’amour qui reliait ces deux êtres, et combien Liliane et Isabelle ont été importantes dans la vie et l’œuvre de Franquin, ce dernier les ayant dessinées plusieurs fois dans ses bandes, multipliant avec pudeur les clins d’œil, influencé qu’il fut par sa vie de couple et sa paternité.

 

Je reviendrai bien évidemment sur les 50 ans de Gaston dans un article de fonds en février sur ce site, mais pour l’instant le cœur n’y est pas. Je ne peux juste qu’adresser – et toute l’équipe de Bdzoom se joint à moi – les plus sincères condoléances à Isabelle, à qui nous pensons très fort.

 

Cecil McKinley.

 

(La photo illustrant cet article est un portrait très personnel que fit Franquin de Liliane, désolé pour la piètre qualité de rendu du document. Et si vous cliquez sur l’appareil photo en haut à droite de cette page, vous pourrez admirer deux dessins d’amour que fit Franquin pour sa femme chérie).