Depuis des années, Lucca était un rendez-vous à ne pas manquer pour chaque expert et passionné. Cette année encore s’est déroulé à Lucca l’habituel salon international des comics. Mais il faut dire tout de suite qu’il s’est agit cette fois d’une édition par­ticulière.  Renato Genovese et Gianni Bono, les organisateurs  (Lucca Comics & Games) avaient décidé de fêter les 40 ans du Salon de Lucca en s’appropriant le travail de l’association Immagine animé par Rinaldo Traini depuis plus trente ans en publiant un catalogue retraçant la grande aventure qui avait été l’origine de tous les festivals de BD dont la Convention de la BD à Paris et le Salon International de la bande dessinée d’Angoulême.. La première impression pouvait être bonne , plus de 16 000 m2 de structures parsemées dans la cité toscane, mais hélas après une visite plus approfondie  on était loin .de l’impression de dynamisme et de la richesse des perspectives que le salon avait laissé: avec les tables rondes, les expo­sitions au « Baluardo San Paolino » » au décor particulièrement suggestif  l’un des bastions les plus par­faitement   conservés   des   murailles médiévales de Lucca, où ‘avaient lieu les expositions des dessinateurs ita­liens et étrangers. (Souvenons-noius de Magic moments, et I diritti umani,    Une   solution   particuliè­rement   fascinante   fut   l’agrandisse­ment   des   panneaux   reprenant   des illustrations    de    l’œuvre    de   Burne  Hogarth organisé par la Socerlid.

Une des communications  les  plus importantes fut lors de Lucca 5 (1969)  fut celle de David Pascal ?  délégué   des   U.S.A.  ?  sur  les « Underground   comics ».   ,  les montages sonorisés autour de Bilal, de Blueberry et les séances de cinéma d’animation le soir dans ce superbe théâtre du Giglio. Pendant ces trois jours,  clou de la manifestation les passionnés pouvaient- rencontrer, échanger des idées et faire la connaissance  de leurs auteurs préférés.

Les auteurs invités, ils étaient une dizaines perdus dans la foule (Berberian, Gipi, Jigounov, Ralf König, Hermann, Rutu Modan, Mythic, Prado ,Lee So Young entre autres).  Il y avait plus de 150 exposants, antiquaires, libraires et éditeurs (Bonelli, Pavesio, Disney, Coconino Press) ou se pressait un public très important, on estimait dimanche soir plus de 80 000 visiteurs. Les expositions présentaient des auteurs italiens et étrangers dont le graphisme n’était pas convaincant. Seul Sergio Toppi se détachait de ce lot d’artistes. Enfin, la visite du musée de la bande dessinée méritait le détour. Le lieu est magique, c’est une superbe villa plantée en pleine ville avec une  cour pavée du plus bel effet. A peine aviez-vous pénétré dans ce lieu magique, vous découvriez un agrandissement d’un dessin de Hugo Pratt réalisé il y trentaine d’années. L’exposition se divise en une vingtaine de salles dédiées à des auteurs comme Sergio Tofano, Federico Pedrtocchi, Benito Jacovitti, Gian Luigi Bonelli, Andrea Pazienza, Angela et Luciana Giussani, Disney . La scénographie réussie présente des diaporamas. A la différence d’Angoulême, on les originaux sont rangés et invisibles pour le public, ici ils sont exposés dans des vitrines accompagnés de textes retraçant l’histoire de la bande dessinée. A vrai dire, le musée n’est pas riche en originaux, mais les pièces présentées sont de  qualité. Seul moment passionnant, la conférence d’Alfredo Castelli sur la sortie chez Epipierre dde son  ouvrage tiré à trois cents exemplaires (200 euros) intitulé  Eccoci ancora qui, 1895-1919, les premiers 25 ans de la BD américaine dans les quotidiens. Une version en DVD est disponible.

Le coté positif, la participation du public, importante il faut le reconnaître. C’est le Cosplay, c’était le carnaval avant la lettre. Toute la jeunesse de Lucca s’était déguisée en héros de Stars Wars, de mangas etc…Impressionnant. On ne peut terminer ce reportage  sans parler des fameux Games..Délire total, des dizaines d’ordinateurs, de la vidéo à gogo, des jeux de stratégies  le tout dans un bruit de machines, de cris et musique.

En conclusion, une réussite totale au niveau de la participation du public. Nous sommes loin des salons, où experts et critiques tentaient de sortir la bande dessinée de son ghetto. Mais le résultat est là, qui aurait imaginé, lors du premier salon de Bordighera qui réunissait une cinquantaine d’individus que 40 ans plus tard, plus de 80 000 personnes allaient se bousculer, piétiner dans cette ville durant cinq jours en fêtant à leur manière la bande dessinée. !

 

Claude Moliterni