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La cérémonie a été précédée d’un débat sur le thème « Bd et histoire du temps présent », au cours duquel les intervenants (Etienne Davodeau, l’auteur de Rural et des Mauvaises gens, Jul, caricaturiste qui vient de publier La croisade s’amuse, et Yves-Marie Labé, du Monde), ont, sous la houlette pétillante du professeur Pascal Ory, montré combien le statut de la bande dessinée a évolué, jusqu’à atteindre une pleine maturité consciente de son inscription dans l’histoire et de son impact sociologique. La remise du prix s’effectue ensuite en présence des autorités et sponsors, avec une équipe remarquablement stable depuis le début.

 

Le jury, composé d’historiens, d’enseignants, de critiques et d’auteurs (Pascal Ory, président, Danielle Alexandre-Bidon, Thierry Crépin-Leblond, Sylvain Gache, Lax, Emmanuel Lepage, Gilles Ratier, François Righi, Pierre Serna, Claire Sotinel, Laurent Wirth), a travaillé en trois étapes : après la constitution du corpus, dix nominés ont été désignés, avant qu’une ultime réunion ne permette de distinguer le lauréat. Il s’agit pour cette année d’un beau panel dont Abdallahi a émergé à l’unanimité :

 

          Adam, Cady, Marchetti, La tranchée, chez Vent d’Ouest

          Andreas, Isa Cochet, Quintos, Dargaud

          Beuriot, Richelle, Amours fragiles, Casterman

          Dufaux, Delaby, Murena, Dargaud

          Ferrandez, Carnet d’Orient, La fille du djebel Amour, Casterman

          Guibert, Lefèvre, Lemercier, Le photographe, t5, Dupuis

          Hermann, Yves H., Sur les traces de Dracula, Casterman

          Kraen, Jusseaume, Tramp, Escale dans le passé, Dargaud

          Pellejero, Germaine, Giroud, L’Ecorché, Dupuis

 

Où l’on voit que Casterman s’est de nouveau taillé la part du lion avec Dargaud et Dupuis.

 

            Les deux lauréats, heureux et décontractés, ont reçu leur prix sans s’étonner du choix du jury guidé par Pascal Ory, pour avoir toujours eu parfaitement conscience de faire œuvre historique. Ce prix sonne comme une reconnaissance pour ces deux auteurs bordelais, qui avouent avoir travaillé en parfaite symbiose, depuis un voyage en Afrique noire conduit en 2003, qui a permis de concrétiser le projet lancé par Jean-Denis Pendanx, jusqu’à la réalisation finale.

            Encore mal connus du public, les deux amis ne sont pourtant pas des débutants. Christophe Dabtitch, après des études littéraires, a travaillé pour Sud-Ouest, réalisé plusieurs documentaires vidéo, avant de se lancer en bd, notamment avec un carnet de voyage (La Serbie chez Autrement). Son travail, attentif à l’articulation du texte et de l’image, se concrétise de manière souple par la présentation au dessinateur de séquences, marquées cependant par une grande exigence en terme de rythme. Pourfendeur de la pensée binaire, attiré par la dimension exotique du projet historique de son ami qu’il côtoie dans le même atelier bordelais, il vient de scénariser La ligne de fuite chez Futuropolis et prépare un album sur l’itinéraire poétique et aventurier d’Arthur Rimbaud.

            Jean-Denis Pendanx, même s’il laisse volontiers la parole à son scénariste, apparaît à l’origine de cette idée qui lui tenait à cœur depuis longtemps. Grâce à sa formation arts appliqués et arts décos, cet amateur de voyages et de grands espaces, développe une solide technique picturale à base d’acryliques, qui donne sa pleine mesure dans ce bel album magnifiquement mis en couleurs

Mais déjà les deux compères tournent la page d’Abdallahi, dont le second tome va paraître dès novembre prochain. Ils se penchent d’ores et déjà sur un autre projet historique en trois tomes, toujours chez Futuropolis, situé cette fois au XVIIe siècle et qui sera consacré au naufrage du Batavia, navire de la Compagnie des Indes Orientales hollandaise. Un sujet dont ils parlent avec une incontestable gourmandise qui mettrait en appétit le plus désabusé des lecteurs.

Reportage Joël Dubos

 

 

Le thème de l’album

 

Abdallah, c’est le surnom pris par le jeune René Caillié, qui, en 1828, fut le premier Européen à atteindre la grande Tombouctou. Embarqué à seize ans, ce fils de bagnard est parvenu à ses fins sans aucun soutien. Après avoir appris l’arabe, il se fait passer pour un Egyptien, s’immerge totalement dans le monde sahélien,  se déplace à pied, vêtu comme un mendiant arabe, et découvre la mythique cité des bords du Niger. Edifiée par les Touaregs, tête de pont de pont du trafic caravanier, elle a atteint  son apogée à la fin du Moyen Age. Quand Caillé la découvre, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même

Cet album se présente comme une interprétation du journal de Caillié publié en 1830 sous le titre Récit d’un voyageur, et s’appuie sur une abondante bibliographie pour narrer un voyage d’aventures et d’initiation, qui offre surtout, aux yeux des deux auteurs, l’occasion, à travers un personnage gigogne, de réfléchir à la complexité d’être blanc en Afrique noire. Une réussite artistique de grande portée pédagogique dans notre époque marquée par la thématique largement fantasmée du choc des civilisations.

JD