En juin 2004,Après un lancement important dans les locaux du Ba Ta Clan à Paris , PifGadget, édité par Pif éditions, retrouvait une nouvelle jeunesse dans les kiosques au prix de 3,90 euros

 

Chère consoeur, cher confrère,

 

Salariés de Pif Gadget que nous avons contribué à relancer, à l’été 2004, nous souhaitons vous informer sur la situation de notre mensuel, en graves difficultés, comme vous le savez peut-être. Ces difficultés n’ont pas l’importance de celles qui frappent des titres tels que Libé, France-Soir, l’Humanité ! Elles méritent que vous vous y arrêtiez car nous sommes face à un vrai gâchis.

 

Ton gadget : la porte !

Après avoir perdu 16 pages en décembre 2005, deux titres en janvier 2006, 110 000 lecteurs depuis le n°2 (dont 25 000 au seul mois de janvier 2006), puis deux salariés en mars et l’ensemble des rédacteurs pigistes, nous sommes aujourd’hui sous le coup d’un plan de licenciement prévoyant le départ de 3 salariés supplémentaires : une secrétaire administrative, le rédacteur en chef (François Toulat-Brisson) et le directeur artistique du magazine (Alain Béthune).

 

Dix petits nègres

L’ambiance à Pif fait penser à un roman d’Agatha Christie, où les protagonistes disparaissent les uns après les autres. À la fin, ne restera que le directeur de la rédaction, l’inamovible apparatchick Patrick Appel-Muller (surnommé Apelle-Mulder, car « la vérité est ailleurs »), salarié du quotidien l’Humanité en tant que Rédacteur en chef adjoint (le Graal !). Pour faire Pif, ne resteront dès juillet que deux maquettistes et un demi poste de SR, une assistante de direction et un responsable des pages BD (travaillant à mi-temps depuis le Vaucluse). Les piges rédactionnelles ayant été « rapatriées » en interne depuis janvier et confiées au rédacteur en chef, qui rédigera les rubriques du magazine ?

 

Pas glop

La mise en place de ce plan réduira à néant la faisabilité de la « continuation d’activité »  de Pif Éditions prononcée par le Tribunal de Commerce le 19 avril et confirmée le 30 mai dernier, sur la base du plan de redressement présenté par M. Hamid Bouzerar, gérant de Pif Éditions. Cette situation nous semble couronner près de deux ans d’une gestion incohérente et opaque, menée par une direction pour laquelle les arguments d’autorité remplaçaient un dialogue professionnel et un dialogue social inexistants.

 

Bougredane et Bougredandouille

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tiré des signaux d’alarme, forts de nos expériences en presse magazine et en édition jeunesse. Nos mises en garde n’y ont rien fait : les erreurs, les atermoiements et les occasions manquées conduisent à la situation actuelle, et menacent de casser un support apprécié, au potentiel énorme. Sur tous les plans, l’incurie de la direction est patente : mise en place pléthorique sans mesures réelles de revente des invendus (sauf depuis quelques mois), fichier abonnés et relations avec les lecteurs sous-traités (aboutissant à des lecteurs mal traités), droits dérivés jamais exploités, politique de co-édition désastreuse, absence de site Internet, lancement raté de nouveaux titres coulés 6 mois plus tard, contrats d’auteurs non signés, absence de serveur d’archivage, planification des gadgets inexistante, congés payés des dessinateurs et des pigistes versés avec un an de retard, collaborations supprimées sans préavis ni indemnités, marchés perdus faute d’y répondre…

 

Pif, pam : plouf

En novembre 2005, notre gérant/directeur de la publication (par ailleurs directeur financier de l’Humanité…) avouait benoîtement « ne consacrer que 10% de son temps à Pif, et encore, surtout par mails ». Quant à notre « Directeur, Directeur de la rédaction », P. Appel-Muller (dit « pam ») ses fonctions à l’Humanité lui permettaient-elles de donner un réel contenu à ces fonctions ? il n’est un secret pour personne que le Comité de Direction ne s’est jamais réuni en présence de ses 4 membres ! Et que dire de la présence d’un « rédacteur en chef » fantôme, en réalité collaborateur de Marie-Georges Buffet puis salarié du Conseil régional PACA, pourtant imposé dans l’Ours comme dans le Comité de direction, bien que n’assumant aucun travail réel dans l’équipe de rédaction ? Géré en dilettante, Pif Gadget n’a pas eu la direction qu’il méritait.

 

Soyons constructifs…

Nous pensons que nombre de pistes de nature à pérenniser Pif Éditions (et le développer) existent, qui n’ont pas été suffisamment explorées.

-Réduction du grammage du papier et recherche d’un format plié plus économique.

-Constitution d’un « pôle » Éditions Spéciales, comprenant un maquettiste réactif, permettant la création de supports adaptés aux demandes des collectivités (CE, collectivités locales, associations…).

-Attention portée au travail réalisé par le concepteur graphique sur les pages « sur-mesure » demandées et très appréciées des annonceurs.

-Édition de « poches », matériel peu onéreux et rentable, édition d’albums souples reprenant plusieurs « Journal des jeux » au moment des vacances…

-Exploitation des produits dérivés portants sur les personnages de Pif et Hercule ainsi que sur d’autres personnages populaires (Nestor et Polux, Marshall Monk, Pifou…).

-Véritable politique d’abonnement respectant la richesse que constituent nos abonnés.

-Planification des gadgets sur l’année, permettant des études de faisabilité et une fabrication plus en amont. Cela éviterait de se retrouver avec autant de « gadgets de remplacement », genre 10 fils de scoubidous pour 3,90 €…

-Lever l’obligation de proposer des gadgets « scientifiques » et lever le tabou frappant les gadgets « farces et attrapes ». Dans l’achat d’impulsion en kiosque, auquel Pif est soumis, que pèse un sachet plat renfermant 4 feuilles de papier « photosensible » (gadget du mois de mai) face aux gadgets de Picsou Magazine ou Mickey (« une mini console de jeux, un jeu de tennis-ventouse, une boîte de « morve galactique »…). Sans tomber dans l’excès inverse, Pif Gadget n’est pas Science et Vie Junior. Qui n’a pas un souvenir ému d’un gadget farceur ?

-Participation plus restreinte et mieux ciblée aux festivals où notre lectorat est présent. Et préparation sérieuse. Exemple : le Salon international du livre et de la presse jeunesse de Montreuil est l’un des seuls où notre présence est aussi naturelle qu’indispensable. Il est impensable de continuer à traiter les responsables de ce Salon avec autant de négligence et d’orgueil, aboutissant à une présence ridicule de Pif Gadget. Angoulême est un autre exemple.

-Confection de produits peu onéreux mais permettant « reconnaissance » et connivence avec Pif Gadget, genre masque, autocollants, ou « nez de Pif » et « sparadrap d’Hercule »…

 

Le poids sauteur

À ces propositions « techniques » s’ajoute une exigence de changement dans le fonctionnement. Comment continuer à travailler avec un directeur de rédaction amplement responsable du gâchis actuel ? Quel manque élémentaire de respect que sa devise, « le mieux est l’ennemi du bien », assénée à des salariés qui font de leur mieux pour que Pif Gadget reste un magazine de qualité malgré ses difficultés ! Le redressement de Pif doit passer par une autre gestion. Comment ne pas être en colère quand seront licenciés ceux qui n’ont jamais compté leurs efforts et leur temps pour améliorer sans cesse la qualité de Pif Gadget, tandis que les responsables d’un gâchis sont maintenus dans leur pouvoir de nuisance ?

François TOULAT et Alain BÉTHUNE