TOTH, Alexander

 

Etats-Unis (1928)

 

Fils unique d’émigrants hongrois, né à New York le 25 juin 1928, le jeune Alex Toth passera une partie de sa jeunesse l’oreille collée au poste de radio, frémissant à l’écoute des aventures du Shadow et de Lone Ranger. De même, il dévore quotidiennement la presse illustrée.

 

Très tôt, dès la sortie de l’école, il court les rédactions armé de son book à la rencontre de ses idoles : Mort Meskin, Jack Cole, Lou Fine, Frank Robbins… Alors qu’il est encore au collège, il fera ses premières armes dans Héroïc Comics (n°32 à 45, 1945-1948).

 

Promu chez DC Comics, Shelly Meyer lui confie la destinée de quelques super héros :
Dr Mid-Nite, The Atom et The Green Lantern, tout en s’attellant à la réalisation de quelques westerns comme Sierra Smith, le détective de l’Ouest, Dale Evans (n°1 à 11, 1948-1950), Johnny Thunder, écrit par Robert Kanigher, All American/All American Western (n°100 à 125, 1948-1952), Jimmy Wakely (n°1 à 14, 1949-1952), The Roving Ranger dans All Star Western (n°58 à 64, 1951-1952), quelques romances entre 1949 et 1951 : Girl’s Love Stories (n°1 à 4), Girl’s Romances (n°1 à 3), Romance Trail (n°1 à 4), Secret Hearths (n°1 à 5) et de l’aventure : Danger Trail (n°1 à 5, 1950-1951), Adventures of Rex the Wonder Dog (n°1 à 3, 1952), Sensation Comics où apparaît Johnny Peril , le détective de l’irrationnel (n°107 à 109, 1952) ; Mystery in Space, Worlds Finest…

 

La suite est une incessante suite de va et vient entre petits et grands éditeurs : Ziff Davis (Romantic Marriage, Weird Thriller, 1951) ; Famous Funnies : Personal Love (n°11, signé Hawk, 1951) ; EC Comics où il illustre sur des scénarios de Harvey Kurtzman trois chefs-d’œuvre : Dying City, Two Fisted Tales (n°22, 1951), Thunder Jet, et F-86, Frontine Combat (n°8 et 12, 1952) ; Standard Comics entre 1952 et 1954 où il devient le modèle à suivre son style s’affirme et s’épure pour donner de magnifique réussites dans des genres aussi différents que la guerre, l’horreur, le polar et la romance, genre périlleux où il excelle : Battlefront, Jet Fighters, Joe Yank, Out of the Shadows, Adventure into Darkness, Lost Worlds, Fantastic Worlds, The Unseen, Crime Files, Who is Next ?, Intimate Love, My Real Love, New Romances, Popular Romaces, Thrilling Romances ; St-John : Tor (n°3, 1954) et Lev Gleason, la dernière compagnie avant d’être incorporé pour le Japon, où il expérimente la mise en page en cinémascope, avec des gros plans, des perspectives appuyées et un emploi consommé du doubletone : Crime and Punishment (n°66, 1954), Buster Craabe (n°2 et 3) et Boy loves Girl, 1954.

 

Séjour qu’il met à profit pour publier « Jon Fury » dans le journal de sa compagnie (The Depot Diary, 1955-1956) – un détective d’origine apache très inspiré par Steve Canyon – qui lui vaudra un award. Le souvenir le plus marquant de cette période sera sa rencontre avec le fameux patron des « Tigres volants », le général Claire Lee Chennault.

 

De retour aux États-unis, le marché des comics s’est réduit à une peau de chagrin grignoté par la télévision. Il s’installe en Californie et rentre comme tant d’autres à l’« usine » Dell (1957-1963) où pour vivre il faut produire à vil prix et dans l’anonymat, de mièvres adaptations de films : The Wing of Eagles, The Land Unknown, Rio Bravo, The Little People, The FBI Story, Time Machine et de séries télévisées : Clint and Mac, The Real Mc Coys, Rex Allen, 77 Sunset Stip, The Lennon Sisters, Roy Rogers, Wagon Train, Gene Autry, Rifleman, Maverick, Sea Hunt, Twilight Zone et… Zorro, personnage qui lui collera à la peau. Hugo Pratt nous rapporte, après sa période argentine, avoir égalé Toth dans ses essais pour la reprise du justicier masqué… le projet n’eut pas de suite. Dommage !

 

Au début des années 60, il renoue avec DC dans la science fiction et le fantastiques : Rip Hunter, My Greatest Adventure, House of Secrets, House of Mystery, The Witching Hour,

 

Adventure Comics, The Unexpected, Our Army at War, Our Fighting Forces (« Burma Sky », #146, 1973), Star Spangled War Stories (Yellow Devil, White Devil , n°164, 1972), Hot Wheels (n°1 à 5), Young Love et Young Romance… pour refaire quelques escapades chez Millar et Petersen : DRAGcartoons, Hot Rod Cartoons et Big Daddy Roth (1965), magazines spécialisés dans les dragsters et Warren qui réunit la dream team des EC Comics : Blazing Combat, Eerie, Creepy et Vampirella.

 

Parallèlement, il dévoile ses talents dans l’animation chez Hanna-Barbera : Jonny Quest, Space Ghost, Dino Boy, Samson, The Herculoïds, Mighty Migthor, Birdman and the Galaxy Trio… avec un séjour en Australie pour superviser la série Super Friends. Une anthologie réunit ces travaux : Alex Toth by Design, Gold Medal, 1996.

 

Depuis près de 20 ans, Toth se plaint du déclin de la bande dessinée – il se considère, lui-même comme un dinosaure – dans un milieu qu’il ne comprend plus. En 1975, à l’initiative de Jean-Pierre Dionnet, il crée Bravo for Adventure, 48 planches, textes et dessins, pour Snarck, un projet mort-né de revue chez Nathan. Bravo fut publié chez Warren, The Rook (#3-4, 1980).

 

Quelques années plus tard, l’Espagne le contacte pour illustrer une série noire sur des scénarios de Sanchez Abuli : Torpedo 1936 (Creepy Espagne, n°32 et 33, 1982). Série qu’il lâchera au bout du deuxième épisode : le héros lui étant trop antipathique, cynique et amoral et qui sera mondialement acclamée sous le pinceau de Jordi Bernet. Les années 80 marquent son chant du cygne, il se replie sur lui-même, et fera de-ci de-là quelques apparitions furtives dans : Superman Annual (1982), The Green Lantern (1983) et The Black Hood (n°1 à 3, 1983) qui verra le retour d’un héros des oldies : The Fox… un autre renard ! Il rendra aussi hommage à ses prédécesseurs avec ses couvertures pour Dragon Lady Press : Johnny Hazard, Buzz Sawyer, On Stage, Secret Agent X9 et Terry and the Pirates ; et DC : Plastic Man.

 

À en croire Alex Toth, sa carrière est une longue suite de contrariétés, il aurait voulu être designer dans l’automobile ou l’aéronautique mais il n’est que cartoonist, il rêvait de faire de la presse et il n’est que dessinateur de comics…

 

En 1950, il seconde Warren Tufts sur le remarquable Casey Ruggles, et réalise les crayonnés de l’épisode Aquila (un homme volant élevé par des aigles). Puis, alors que Tufts décide de se consacrer au seul scénario, le syndicat verra les choses tout autrement, l’obligeant à reprendre le collier en solitaire. Ils se retrouveront cependant quelques années plus tard chez Dell à travailler ensemble sur les mêmes titres. De manière occasionnelle, Alex Toth jouera le rôle de nègre pour Rick Ayers sur The Lone Ranger (1961) et de Russ Manning sur un des quatre albums de Tarzan destinés à l’Europe : At the Earth’s Core, 1973.

 

Passionné par la production des années 30, Toth se voit proposer The Shadow, un « ami d’enfance » en quelque sorte, mais déçu par les scénarios de O’Neil, il décline l’offre, laissant la place à Michael W. Kaluta qui en fera une série célèbre.

 

Pendant plus de 40 ans, Alexander Toth aura démonté les mécanismes de la bande dessinée, innové, bousculé les règles du médium grâce aux découpages les plus subtils et les plus osés, combiné les techniques de l’illustration de presse et publicitaire… Expérimentateur technique avisé, il aura tout testé en matière de papiers, encres, feutres… Esprit ouvert, il livrera ses conclusions de praticien averti dans la presse professionnelle (Graphic Story Magazine #10, 1969 ; The Art of Alex Toth, Al Dellinges, 1977 et Cartoonist Profiles #54, 1982).

 

Alex Toth peut être décrit comme un maître de la simplicité et de l’élégance dans des travaux de composition toujours mis au service de la narration. Il est devenu LE maître du noir et blanc au point de surpasser ses modèles : Milton Caniff, Frank Robbins, Mel Graff et son mentor : Noël Sickles. Parmi ses devises les plus remarquables, citons « Pour être dans le vrai, éliminez » ou encore « Éliminez le superflu, l’inutile. Soyez feignant », sans oublier « Sachez comment c’est fait et vous n’aurez jamais aucun problème pour le dessiner », nous voilà avertis !

 

Il a, depuis longtemps, trouvé une place parmi ses pairs, au même titre que Jack Kirby, Wallace Wood, Jack Davis, Franck Frazetta, Gil Kane, Neal Adams et quelques autres, au point même d’être élu « the Artist’s Artist », une façon de le hisser au rang des plus grands.

 

Depuis le décès de son épouse, Alex Toth vit reclus, en ermite misanthrope, dans sa maison d’Hollywood, refuge d’où il communique avec le reste du monde par courrier… Il a choisi de se pencher sur son passé, occupant ses journées à remplir des carnets de croquis et à rédiger des mémos, des notices et des hommages pour sa rubrique : « Before I Forget » que publie Comic Book Artist. Devenue « Who cares ? I do ! », cette tribune a ensuite été reprise chez Alter Ego. Il bougonne, peste et fulmine contre tout, l’attitude d’un homme déçu qui veut surtout déclarer à qui veut l’entendre combien la bande dessinée est aujourd’hui maltraitée.

 

Parmi les récentes publications américaines d’Alex Toth, citons The Complete Adventures of Zorro, 2 vol., Eclipse 1988 et Image 1998 ; Alex Toth, Auad/Kitchen Sink, 1995 ; Glamour #24, 1997 ; Toth Black & White et One for the Road, Auad Publishing, 1999 et 2000 et The Toth Reader, Pure Imagination, 2003.

 

En France, il est clair qu’Alex Toth reste amplement méconnu en raison de ses trop modestes publications : Super Zorro, Hachette, 1980 ; Bravo pour l’aventure, Futuropolis, 1981 ; Comique mécanique, Icare, 1981 ; Hurlements, Glénat, 1988 ; Zorro, vol. 1, Futuropolis, 1990, sans oublier certaines parutions dans L’Écho des savanes et dans les pockets Brûlant, L’Heure des sorcières, Monde Futur, Sam & Sally, etc.Il est décédé le 27 mai 2006 au matin. FSM