Le début : Ecrasé sous le poids des dettes au point de voler les jouets qu’il offre à sa fille, Jacques Colpin ne voit son avenir que dans la rénovation d’une résidence hôtelière désaffectée située en Croatie, le pays d’origine de sa femme Ivana. Pour cet ancien dirigeant, en faillite, d’un snack du centre ville de Metz, ce dessein représente son dernier espoir de rebondir professionnellement et de retrouver sa dignité. Aussi, quand les banquiers croates refusent de lui accorder le prêt qu’il souhaite, sans caution garantie, il repense à Franco Bucci, cet ancien ami d’adolescence. Ce dernier, qu’il a rencontré par hasard, quelques jours plus tôt dans les rues de Metz, s’occupe en effet de recherches de financements pour des projets porteurs. Contacté par Colpin, Bucci met quelques temps avant de répondre positivement : le dossier a finalement séduit des investisseurs irlandais. L’argent doit être versé sur un compte croate par le biais d’une banque luxembourgeoise. Un « détail » cependant, mais d’importance : pour pouvoir disposer de la somme dont il a besoin, Colpin devra accepter de rapatrier des fonds liquides en France …

 

 

 

 

 

Interview de Philippe Richelle

 

 

 

Avec Secrets bancaires, Philippe Richelle signe son grand retour aux éditions Glénat. Pour cet ensemble de thrillers ayant pour point commun de compromettants dossiers financiers d’une banque luxembourgeoise, le scénariste des Coulisses du pouvoir a choisi de s’associer avec Pierre Wachs et Dominique Hé. Ces deux dessinateurs reconnus illustreront, alternativement, des récits indépendants composés de deux volumes chacun.

 

 

 

Comment vous est venue l’idée de la série Secrets bancaires?

 

Je suis intéressé par le monde dans lequel je vis et la finance, l’économie ou encore la politique en font partie intégrante. Je me documente énormément sur ces sujets que j’ai envie de décliner en bande dessinée, sans sombrer dans le récit documentaire. Je pars de faits réels mais je brode énormément à partir de ceux-ci. Je ne cherche pas à retracer de manière parfaitement fidèle des événements ayant existé dans l’actualité plus ou moins récente.  Souvent, en fait, j’en superpose plusieurs.

 

 

 

De quoi vous-êtes vous inspirés pour Les Associés ?

 

D’un fait, en particulier, qui s’est produit au Luxembourg il y a quelques années et qui impliquait la filiale locale d’une des plus grosses banques belges.

 

 

 

Votre personnage principal, Jacques Colpin, est-il le pigeon idéal ?

 

Pas forcément, non ! Il a un profil d’honnête homme. Il a de gros problèmes financiers mais a des projets, avec une envie de se valoriser et de redresser la tête. Jacques Colpin pense, comme beaucoup de gens, que pour exister, sa réussite doit être financière. Il va se faire avoir !  J’aime bien placer des gens ordinaires dans des situations inhabituelles. Il ne s’agit pas de développer un récit manichéen, avec des super héros d’un coté et des crapules de l’autre. Nous nous situons dans une histoire plus en demi-teinte, beaucoup plus proche de la réalité finalement.

 

 

 

Pourquoi avez-vous situé une grande partie de l’intrigue de ce premier tome en Croatie ?

 

Il me fallait un pays situé sur le continent européen, accessible en voiture et qui ne fasse pas partie de l’Union Européenne. La Croatie possède par ailleurs Dubrovnik et la côte adriatique, ensoleillée et pleine de charme, ce qui donne au récit une dimension exotique qui n’est pas inintéressante.

 

 

 

Imaginez-vous réellement qu’un réseau de détournement de fonds fonctionne avec autant de facilité que celui que vous décrivez ?

 

En l’occurrence, concernant cette affaire à laquelle je faisais référence auparavant, les choses se sont déroulées d’une manière tout à fait simple. Quand on se trouve à l’intérieur du système, à un poste de responsabilités, il n’est pas très compliqué de détourner de l’argent.

 

 

 

Mais cette belle mécanique est à la merci d’un grain de sable. Parlez-nous de cette jeune femme croate dont s’entiche jacques Colpin ?

 

Eléna est un personnage essentiel dans la mesure où c’est elle qui fait basculer Colpin. La brève liaison qu’il va avoir avec cette fille superbe, rencontrée dans une boite de nuit de Dubrovnik, est un élément déclencheur de l’histoire et va amener Colpin à commettre un geste irréparable.

 

 

 

Combien prévoyez-vous d’albums pour la série Secrets bancaires ?

 

Huit, dans un premier temps. Quatre récits indépendants de deux albums chacun, dessinés alternativement par Pierre Wachs et Dominique Hé..

 

 

 

Quels en seront les thèmes ?

 

Il sera question de blanchiment de lingots d’or, d’arnaque à la charité et d’une grosse manipulation liée au trafic de drogue en Amérique latine. Toutes ces affaires étant liées aux dossiers retrouvées dans un banque luxembourgeoise, celle dont on parle dans Les Associés.

 

 

 

 

 

Interview de Pierre Wachs

 

 

 

Pierre Wachs, un des dessinateurs du Triangle secret et d’INRI, prend en charge la partie graphique de ce premier diptyque, dont le second tome devrait sortir en fin d’année 2006. La lisibilité de son trait, son sens aigu de la mise en scène et l’attention particulière qu’il porte aux personnages renforce la sensation réaliste du récit dense et formidablement riche en événements, situés dans des lieux multiples et variés, de Philippe Richelle.

 

 

 

Comment avez-vous été associé à Secrets bancaires ?

 

J’ai rencontré Philippe Richelle par l’intermédiaire de Laurent Muller, éditeur chez Glénat. Je connaissais certains de ses albums et appréciais son travail, ce qui est une bonne raison, pour moi,  de collaborer ensemble. J’ai également été séduit par le principe de développer des histoires indépendantes sur deux volumes à chaque fois. De plus, cette série n’est pas typée et ne fonctionne pas sur de grosses ficelles narratives. Ce registre un peu décalé m’intéresse.

 

 

 

Dans le cadre de votre collaboration, avez-vous convenu d’un « cahier des charges » graphique précis ?

 

Philippe m’a laissé libre de travailler à ma façon. Il a d’ailleurs été agréablement surpris, je crois, de la manière dont j’abordais les choses. Compte tenu de la nature de la série, il imaginait, sans doute, une construction relativement classique, en plans américains. J’ai pris ça à ma façon, avec des cadrages resserrés, en essayant de me rapprocher au mieux de la psychologie des personnages.

 

 

 

Le découpage et les cadrages sont-ils des éléments auxquels vous accordez une attention particulière ?

 

Absolument. Il y a finalement très peu de scènes d’action, à proprement parler, dans cet album. C’est une des difficultés de ce type de scénario, très dense, aux nombreuses péripéties, mais qui bouge assez peu. Des plans fixes auraient pu rendre l’ensemble assez « rasoir ». Une grosse partie du travail se situe donc au niveau du découpage, pour restituer la dynamique de l’histoire et coller au plus près des personnages.

 

 

 

Sur quel autre aspect graphique insistez-vous également ?

 

Sur le travail qui se situe autour des personnages, du besoin de faire ressortir graphiquement leur psychologie. On pourrait juste se contenter d’une certaine distance et permettre aux lecteurs de simplement lire les bulles et suivre l’histoire, ça fonctionnerait aussi. Personnellement, j’essaye d’ajouter un petit plus à ce niveau, de donner un peu plus de corps aux personnages. C’est ma motivation et un peu ma valeur ajoutée sur le récit.

 

 

 

Comment installez-vous vos personnages ?

 

J’essaye de coller à ce qu’ils doivent représenter sans être caricatural. Ici, Jacques, le personnage principal, est un looser. Il ne doit pas dégager trop de caractère, ou de force, dès le départ et paraître assez ordinaire. Son associé ne doit pas avoir l’air d’un truand sinon on donne une partie des clés tout de suite. il faut jouer sur la finesse et l’ambigüité du scénario.

 

 

 

De nombreux décors différents jalonnent l’action de « Les associés », qui se situe dans de nombreux lieux géographiques : France, Croatie, … Comment vous y-êtes-vous préparés ? 

 

Sur chaque page, il y a deux ou trois lieux différents. Cela donne un rythme assez haché, qui tonifie le récit. Je me suis adapté à cette volonté scénaristique. J’ai effectué quelques repérages dans l’Est de la France, pour la partie qui se situe à Metz. En ce qui concerne les pays étrangers, la Croatie notamment, je me suis servi de documentations.

 

 

 

Laurent Turpin

 

Secrets bancaires 1, Les associés – éditions Glénat – 12.50€