Avec ce prix, l’ACBD, l’Association des Critiques et journalistes de Bandes Dessinées, consacre un artiste engagé et exigeant qui, depuis quelques années déjà, tout en continuant à produire des œuvres de fiction très personnelles, creuse la veine du reportage en bande dessinée. Etienne Davodeau a recueilli les souvenirs de ses parents ouvriers syndicalistes dans la région réputée conservatrice du Maine-et-Loire. De cette histoire singulière, l’auteur a tiré un document aussi précis qu’émouvant sur l’histoire contemporaine de la gauche, jusqu’à l’élection de François Mitterrand.

L’ACBD compte 68 journalistes et critiques qui parlent régulièrement de bande dessinée dans la presse écrite, audiovisuelle, nationale et régionale, et dans les nouvelles technologies. Cette année, le “Grand Prix de la Critique Bandes Dessinées” de l’ACBD a été choisi parmi quelques 2700 nouveautés publiées dans l’espace francophone européen (France, Belgique, Suisse) qui témoignent d’une production en augmentation constante depuis 10 ans.

 

Le Bureau de l’ACBD :

Président : Jean-Christophe Ogier (France Info)

Vices-Présidents : Philippe Guillaume (Les Echos) et Marie-Pierre Larrivé (AFP)

Secrétaire Général : Gilles Ratier (L’Echo du Centre…)

Secrétaire adjoint : Laurent Turpin (bdzoom.com, BDGuide…)

Trésorier : Brieg F. Haslé (auracan.com, La Lettre …)

Trésorière adjointe : Laure Garcia (Le Nouvel Observateur)

 

“ Les mauvaises gens : une histoire de militants” par Etienne Davodeau

Editions Delcourt (13,95 Euros)

Après son exceptionnel «Rural», Etienne Davodeau nous propose un nouveau reportage en BD. Ce dernier est basé sur les souvenirs de ses parents qui ont été syndicalistes, dans la région, réputée conservatrice, du Maine-et-Loire : un antagonisme étonnant qui a conditionné l’artiste engagé et exigeant qu’est devenu cet auteur récompensé récemment par le prix de libraires spécialisés, pour son excellent «Chute de vélo». Dans cet épais ouvrage de 180 pages en noir et blanc, c’est toute l’histoire des mouvements ouvriers de cette contrée, où l’autorité de l’Eglise et des patrons fait loi, qui nous est racontée. Dans ce vibrant hommage, tous les témoignages sont émouvants : qu’il s’agisse de celui de sa mère entrée à l’usine à l’âge de 14 ans et qui a su profiter des activités proposées par les Jeunesses Ouvrières Catholiques, de celui de son père qui va passer, sans ambages, du statut ouvrier à celui de professeur de lycée, ou encore celui de ce discret, mais dynamique, aumônier de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, qui avait assimilé les accélérations de l’époque (les années soixante) : un prêtre qu’Etienne Davodeau a retrouvé 40 ans plus tard. Le ton et la narration employés par ce dessinateur sensible, qui se met ici en scène, ne sont jamais lénifiants ni pénibles à lire. Au contraire, les différents flash-back et mises en abîme donnent un rythme enlevé à son documentaire, lequel en devient alors passionnant, à l’instar de ce qu’a pu faire un Michael Moore au cinéma ! GR