Tout en réussissant son intégration dans le milieu du neuvième art, Bertrand Marchal n’avait jusqu’à présent éprouvé que peu de satisfactions. En 1998, il rejoint le magazine Spirou après avoir participé à un concours organisé par la région wallonne, qu’il remporte : « 3 planches, façon Sempé », précise-t-il. Suit une collaboration avec l’hebdomadaire belge dans laquelle il a du mal à se retrouver. Ballotté entre les illustrations de sommaire et d’articles, le jeune auteur doit forcer son style, plutôt réaliste, vers un mode humoristique qui lui convient plus mal. A l’époque, il rencontre Denis Lapière et travaille sur les décors de la série Charly, dessinée par Magda, pendant deux ans, tout en proposant à Spirou ses propres histoires, un western et un thriller urbain réaliste.

 

En 2000, les responsables de Spirou lui présentent le scénariste Toldac. Le frère de Makyo recherche un dessinateur pour illustrer la série historique moyenâgeuse Les châtiments de l’an Mil. L’aventure dure le temps de trois albums publiés aux éditions Glénat dans la collection Vécu. Bertrand Marchal assume le travail dans des délais courts : « j’ai eu six mois pour sortir le premier tome, une fois le contrat signé, nous dit-il, mais j’ai tenu le rythme. » Le dessinateur se montre assez réservé à l’égard du scénario : « je le trouvais trop convenu, explique-t-il ! ». Les trois tomes terminés, il décide donc de se prendre en charge pour son prochain projet et dresse une liste de scénariste avec qui il souhaite travailler. Rodolphe est de ceux là.

 

Pas de bol ! Après avoir reçu les dessins que Bertrand Marchal lui avait envoyé, le scénariste de Trent recontacte le dessinateur pour lui indiquer qu’il n’a rien pour lui dans l’immédiat. Mais Le dessinateur pressenti sur la nouvelle série de Rodolphe ne convient pas et moins d’une semaine après leur première conversation, le scénariste propose à Bertrand Marchal de faire des essais ! Que ce dernier transforme. « Je n’ai rencontré Rodolphe que bien après, souligne le dessinateur de Frontière. C’est un type formidable, nous sommes sur la même longueur d’onde. Sur le plan narratif, par exemple, nous aimons tous les deux les silences, les cases muettes, qui nourrissent l’intimité du personnage. Je peux tout à fait apporter ma pierre à l’édifice du scénario dans ce cadre ».

 

Un édifice, le terme est juste pour qualifier ce « polyptique » en quatre tomes, habile jeu de construction entre réalité et virtualité, mettant en scène un chercheur, Yves Frehel, qui semble amnésique et ne conserve que les souvenirs de sa propre mort, bien au-delà de ceux qu’il peut avoir avec sa femme et son fils. Mais a-t-il jamais eu cette famille ?

 

Le récit a cette fois séduit Bertrand Marchal : « il tient le coup ! C’est rempli de rebondissements qui me plaisent. Je ne mâche pas ma peine au travail ». A tel point qu’en attente de la coloriste Scarlett Smulkowski, prise sur le dernier Blueberry, le dessinateur n’hésite pas à refaire un tiers de ce premier volume : « ce qui explique que les très bons dessins puissent côtoyer les moins bons, explique-t-il. Ca manque peut-être un peu d’harmonie à ce niveau. » Il faut souligner que Bertrand Marchal travaille sur le scénario en fonction de sa documentation, ce qui explique quelques discontinuités « liées au manque d’expérience, qui ne paraîtront plus dans quelques années, car je n’arrête pas de progresser » et que « passer du moyen-âge au contemporain est assez déstabilisant. Notre époque est plus contraignante, on doit restituer l’existant alors que pour l’an Mil, on peut se permettre des inventions. »

 

Toutes ces contraintes ne sont cependant rien face à l’envie dont fait preuve Bertrand Marchal, dessinateur tout simplement « content », qui a déjà terminé le deuxième volet de Frontière et que les lecteurs pourront retrouver dès le mois de juin dans toutes les bonnes librairies, comme on dit !

 

 

 

Laurent Turpin

 

 

 
Frontière 1 : souviens toi – Rodolphe & Marchal –  Le Lombard – 13€