Ici, en France, c’est du Paradis Terrestre qu’il s’agit, titre du quatrième épisode de la série phare de l’auteur. Près de 80.000 exemplaires, sur tirage initial de 100.000 albums, sont déjà mis en place, laissant augurer d’un épuisement rapide des stocks, et d’une réédition tout aussi proche (rappelons que le volume précédent n’avait été tiré « qu’à » 65.000 exemplaires) : « J’ai mis deux ans à faire celui là, lance Sfar avec malice , car c’est la première fois qu’un de mes livres marche, c’est-à-dire qu’il est acheté par des gens qui ne suivent pas habituellement ma production ! Alors ça m’a bloqué ! Puis c’est revenu, au travers de trois histoires possibles. Et j’ai réalisé la plus triste ! »

 

La plus triste donc, c’est celle du Malka des lions, « un personnage dont parlait tout le temps ma grand-mère, comme de ses histoires, et comme c’est elle qui les racontait, elles sont, pour moi, réalité ! » Le Malka des lions, Sfar nous l’avait déjà présenté mais il l’avait « à peine effleuré. Et je suis très attaché ce type de mec qui arrive et met ses couilles sur la table, avec toute la légende qui tourne autour. » C’est sur qu’il en a ! Puisqu’en plein discours de l’abbé Lambert, « faux prêtre mais politicien de la pire espèce, dont le but est de chauffer les arabes pour couper des têtes », le Malka s’interpose et gifle le politicard !

 

C’est ça, « Le Paradis terrestre » : « une dramaturgie conçue comme une lente descente vers le réel, la mort du Malka est d’ailleurs semblable à ce que me racontait ma grand-mère » Cette grand-mère subjuguait visiblement le jeune Joann qui avoue : « elle valait 10 rabbins ! Je préférait ses repas, où elle mélangeait les récits légendaires à ceux de son enfance, que l’office à la synagogue ». Sfar, que l’enseignement communautaire insupporte souligne en effet qu’il trouve la « relation maître-élève inépuisable ».

 

IL ne faudrait pas pour autant prendre le Chat du rabbin pour plus pédagogique qu’il n’est. L’auteur du Chat du rabbin explique en effet qu’il est « plus à la recherche d’émotion que de morale. J’aime bien qu’on se demande dans quel camp je suis ! » Ce qui ne l’empêche pas de poser des questions majeures, celle de la fin de ce nouvel épisode du chat sans prénom étant : Peut-on vivre sans telle ou telle communauté ? « C’est le principe de la solution finale, admet Joann Sfar. L’idée, à l’époque, était de dire : nous pouvons vivre sans les juifs. Aujourd’hui les gens se demandent si ils ne vivraient pas mieux sans les musulmans mais il faut savoir que les blessures que nous infligent l’Islam radical ne sont rien par rapport à ce qu’il inflige à l’Islam tout court ! »

 

Alors il a raison Joann, cet épisode est triste ! Mais le suivant, « celui où Zlabya sera enceinte » sera surement plus léger !  vous y croyez, vous ?

 

 

 

Laurent Turpin