Interview de Marion, personnage principal de « Dans la secte »

 

 

 

Marielle Bernicot : Quel âge aviez-vous lorsque votre mésaventure dans la secte a commencé ?

 

Marion : J’avais environ 25 ans.

 

 

 

M. B. : Il y a des moments poignants dans le récit mais il y a surtout l’interrogatoire. Est-ce à ce moment-là que vous avez pris conscience du piège dans lequel vous étiez tombé ?

 

M. : Un peu. L’interrogatoire, je savais que j’allais y passer pour pouvoir m’en aller. Il n’y a aucune prison chez eux. C’est un conditionnement qui fait que c’est vous qui êtes mentalement prise dans le truc. Mais je ne sais pas vraiment à quel moment j’ai pris conscience de ça. Je n’ai pas eu de déclic à un moment spécifique. Ca a dû travailler dans mon inconscient. C’est très mystérieux : je raconte qu’on ne pouvait pas avoir d’ami, par exemple, mais sur le moment, je n’étais pas malheureuse. C’est après que j’ai réalisé.

 

 

 

M. B. : Le récit marque bien chaque étape de votre évolution dans la secte. La première étape, c’est celle de la séduction : face à quelqu’un qui est vulnérable et qui a besoin d’être rassuré, la secte séduit, valorise…

 

M. : Elle séduit, c’est vrai, mais elle va dire aussi que vous avez besoin d’aide. Elle dit qu’on va pas bien, qu’on ne  peut pas rester comme ça, qu’il y a des solutions pour en sortir…

 

 

 

M. B. : La deuxième étape, c’est celle de la perte du discernement. On vous bourre le crâne, on vous épuise, on vous isole, etc. C’est assez surprenant de voir quelqu’un d’intelligent se laisser prendre sans méfiance, alors que cette secte est connue !

 

M. : Elle est connue aujourd’hui mais à l’époque, on parlait beaucoup moins des sectes. En plus, je suis rentrée par un ami en qui j’avais très très confiance, qui était intelligent, qui avait un super job. On se dit que ce n’est pas possible qu’il soit rentré dans une secte…  En fait, ils ne prennent pas des gens qui ne vont si mal que ça. Et puis j’avais peut-être envie d’être dans un groupe.

 

 

 

M. B. : La troisième étape, c’est le moment du renfermement sur soi. Dans l’histoire, il y a de la délation, de la peur, de la crainte… On est dans la violence insidieuse.

 

Marion : La peur, ce n’est pas la peur de la punition. D’abord, on n’est pas puni, on est interrogé. Et puis, la délation, c’est pas vraiment de la délation : on pense que celui qui ne va pas bien, c’est qu’il n’est pas dans l’esprit du groupe. On croit que c’est normal de le faire sortir s’il ne peut rien faire. C’est très pervers.

 

Ce qui a commencé à me faire prendre conscience de la situation, ce sont les gens qui étaient malheureux autour de moi. On ne pouvait pas leur dire de partir, on ne pouvait pas leur dire de parler parce qu’il n’y a personne à qui parler, on sait que ces personnes doivent prendre sur elles-mêmes. C’est pour ça que je ne disais rien aux supérieurs quand une personne allait mal, je pensais qu’il fallait juste la laisser tranquille.

 

En fait, ils veulent absolument savoir pourquoi on ne va pas bien parce qu’ils savent très bien qu’en craquant, on peut prendre conscience de la situation. Donc ils essaient de remettre la personne dans la ligne, ils la rassurent. Ils savent que c’est très dur, ils ne punissent pas.

 

Mais si tu es persuadée que tu veux t’en aller, il n’y a plus rien à faire. Ils ne t’enferment pas, ils ne te battent pas. Ca ne marcherait pas si c’était comme ça.

 

 

 

M. B. : Ce moment où vous êtes enfermée sur vous-même, où vous ne parlez à personne, où vous vous mettez en danger… Est-ce que ce n’est pas le moment le plus marquant ?

 

M. : Le plus marquant, c’est l’aventure mentale. L’être humain peut se rendre prisonnier et s’isoler lui-même. C’est très effrayant, cette prison intérieure qu’on se construit. Tous les fanatismes sont comme ça : les gens font n’importe quoi sans même qu’on ait d’ordre à leur donner, c’est eux-mêmes qui sont devenus ainsi. En l’occurrence, cette secte ne pousse pas au terrorisme, mais à enseigner, à faire du prosélytisme. Il faut que la secte s’amplifie comme une énorme pieuvre. Ce qui fait peur a posteriori c’est toutes ces choses qu’on a perdues, comme l’affectif par exemple…

 

 

 

M. B. : Il y a ensuite une étape qui est ouvertement violente : les 5 heures de questions, le chantage, le harcèlement, les menaces, le vol, la surveillance… Mais pourquoi faire tout ça après vous avoir laissé partir ?

 

M. : J’avais témoigné dans des émissions de radio. Ils font ça parce qu’ils ne veulent pas qu’on parle. Quand ils voient qu’on s’agite, ils n’aiment pas. Il y a des gens qui ont été bien plus menacés que moi.

 

 

 

M. B. : Ce parcours, est-ce que vous l’aviez mis en ordre toute seule ou est-ce que le scénariste vous a aidé à l’analyser en dégageant les étapes ?

 

M. : Il était déjà clair mais il était enfoui dans ma mémoire. Ce qui m’a demandé un effort, c’est de me remémorer tout ce que j’avais complètement occulté. C’est vraiment par amitié pour Louis que j’ai repris mon histoire. Il voulait que je l’écrive avec lui mais c’était trop difficile. Je la lui ai donc racontée dans une interview, je la lui ai « donnée » et il en a fait ce qu’il voulait. Avec le scénariste, ils ont fait des artifices comme au cinéma, des flash-back, des reprises, ils ont insisté sur certains détails pour planter le décor, pour voir comment j’étais…

 

 

 

M. B. : Dans l’album, il y a un personnage qui vous aide, dans le train. Il a réellement existé ?

 

M. : Oui. C’est fou, parce qu’on n’oserait pas l’inventer pour un film ! C’était bien de l’avoir rencontré parce qu’il était bien en prise avec la réalité, lui.

 

 

 

M. B . : Comment s’est passé le retour à la vie normale ?

 

M. : Quand je suis revenue, j’ai été entourée de mes amis et de ma famille. Et tout de suite, avec une amie qui venait de la même secte, on a rencontré des journalistes. On n’a pas arrêté de témoigner, ce qui fait que j’ai exorcisé tout de suite. En plus j’ai fait une psychothérapie. Et puis je me suis remise dans la vie active et puis voilà.

 

 

 

M. B : Vous avez « donné » votre histoire à Louis, mais elle va vous échapper à tous les deux car la maison d’édition va tout faire pour la porter au plus grand nombre. Que pensez-vous faire durant cette période ?

 

M. : Je ne sais pas. C’est quelque chose que j’ai donné en me disant « ça n’a plus d’importance » et maintenant je m’aperçois que ça a énormément d’importance, énormément.

 

On a tellement baissé les bras, tous ces témoins qui ont retiré leurs plaintes. Il y a eu des trucs incroyables dans nos démarches judiciaires. C’est épuisant, vous savez, quand on ne vous croit pas…

 

J’ai gardé longtemps la honte. Maintenant je n’ai plus honte. C’est comme ça. C’est tellement difficile d’expliquer ce qui se passe dans les sectes. D’autant que, dans cette secte, il n’y a pas d’horreur à raconter : au contraire, le sexe est interdit, l’alcool est interdit, on n’est pas enfermé, pas torturé… C’est totalement insidieux.

 

Il faut aborder le sujet des sectes sous un angle de vue qui fait gamberger, et ne pas toujours parler du Temple Solaire. Evidemment qu’il faut parler des sacrifices du Temple solaire mais en essayant d’élargir le discours. Dans leur cas, c’est tellement extrême qu’on se dit « mais non, ça ne m’arrivera jamais, je ne vais pas rentrer là-dedans »… et on ne se méfie pas des autres sectes. 

 

 

 

M. B. : Qu’est-ce vous voudriez que ce livre apporte ?

 

M. : J’aimerais que ce livre aide les ados, les jeunes et les moins jeunes à faire attention à l’embrigadement. Mais j’aimerais que ce soit à tous les niveaux. Le phénomène sectaire est partout, même en dehors des sectes. C’est ça qui me fout la trouille.

 

 

 

M. B. : Et si la secte se manifeste de nouveau quand l’ouvrage sort ?

 

M. : Oh ben ils vont m’attaquer, me dire que je suis une menteuse, je vais m’en prendre plein la gueule…

 

 

 

M. B . : Vous êtes prête à vous relancer là-dedans ?

 

M. : J’avais dit à  Louis, que je ne voulais pas que mon nom apparaisse et puis c’est idiot car si les gens se cachent, comment peut-on les croire ? Je ne peux plus reculer. Si pour des raisons de crédibilité il faut que j’apparaisse et bien, je donnerai mon nom.

 

 

 

M. B. : Avez-vous regretté d’avoir retiré votre plainte ? En redémarrant une aventure avec cet album, est-ce que ce n’est pas un peu pour rattraper ça ?

 

Quand j’ai retiré ma plainte, j’ai eu honte pendant plusieurs jours. Ils m’ont contacté alors que j’étais en galère de fric et de dettes. Et ils m’ont aussi surprise. Je n’avais plus de contact avec eux, pourtant ils ont réussi à me retrouver alors que je n’habitais pas chez moi, que l’appartement n’était pas à mon nom, que le bail n’était pas à mon nom, que la facture téléphonique n’était pas à mon nom…

 

Evidemment, je ne suis pas très fière d’avoir retiré ma plainte et ils vont en profiter pour m’attaquer là-dessus mais à l’ADFI , on m’a dit que ça ne devait pas m’empêcher de témoigner, que ça n’enlevait rien à la valeur de mon témoignage.

 

 

 

 

 

Entretien Avec Louis Alloing, dessinateur

 

 

 

Marielle Bernicot : Au départ, vous êtes illustrateur, c’est ça ?

 

Louis Alloing : Au départ, j’étais directeur artistique dans une agence de publicité. J’ai effectué un grand un virage dans ma carrière en 1990. Il y avait eu une espèce de grand ménage dans la pub et je me suis retrouvé au chômage. Je me suis lancé dans ce que j’avais toujours voulu faire, la BD. Depuis, je fais surtout des livres pour enfants (série des Moineaux chez Bayard).

 

 

 

M. B. : Pourquoi Marion vous a-t-elle raconté son histoire ?

 

L. A. : C’est une amie. Quand elle m’a raconté son histoire, c’est la première fois que j’entendais parler de cette secte.

 

 

 

M. B. (étonnée) : Vous n’étiez pas du tout sensible à ce sujet au départ ?

 

L. A. : Pas du tout ! C’est un monde que je ne connaissais pas, à part – vaguement – les témoins de Jéhovah. C’était une vraie découverte pour moi !

 

Ca m’a indigné. C’est vraiment par indignation que j’ai eu envie de raconter son histoire.

 

La BD est mon mode d’expression donc j’ai choisi ce mode-là pour en parler.

 

 

 

M. B. : Est-ce que ça a été difficile de convaincre Marion de faire un album sur cette histoire ?

 

L. A. : Au départ, elle était un peu réticente parce qu’il fallait remuer des tas de choses. Il a fallu qu’on refasse une interview pour reprendre tout, tous les détails. C’est là qu’elle a eu un peu de vague à l’âme parce qu’il fallait refouiller dans toutes ces choses mais il n’y a pas eu de souci.

 

 

 

M. B. : Vous ne vous êtes pas laissé piéger par votre sentiment d’indignation. Vous ne vous êtes pas lancé dans le “ pathos ” ni dans le démonstratif, ni dans un pseudo-romantisme désespéré…

 

L. A. : Non, ce que je voulais faire, c’est un récit au plus près possible de ce qui c’était passé, sans en rajouter, pour pouvoir donner une crédibilité. Je ne voulais pas donner dans l’outrance. J’ai « collé » le plus possible à son récit pour qu’il garde une valeur de témoignage. Cela reste plus un témoignage qu’un roman.

 

 

 

M. B. : Combien de temps avez-vous mis pour réaliser ce projet ?

 

L. A. : C’est un projet qui est resté très longtemps en gestation parce qu’il a fallu que je gagne ma vie et que ce n’est pas toujours évident de faire du personnel à côté. On s’est décidé en 1995, j’ai commencé mes premiers dessins en 98 et là, pour réaliser tous les dessins, j’ai mis un an et demi, deux ans. Mais c’est parce que je n’ai pas fait que ça, j’ai dû faire beaucoup de dessins pendant ce temps-là pour pouvoir manger.

 

Je voulais aussi trouver un petit éditeur qui aurait sans doute plus de motivations pour ce type d’ouvrage.

 

 

 

M. B. : Y a-t-il plus d’émotion dans ce travail sur la souffrance d’une amie que dans vos travaux précédents ?

 

L. A. : Je fais toujours le boulot avec émotion que ce soit pour les livres d’enfants ou pour les adultes… L’émotion était surtout présente au moment où on m’a raconté l’histoire. Mais elle est toujours restée présente, elle m’a soutenu tout au long de ces 82 planches, parce que 82 planches c’est quand même un gros boulot ! Globalement, je suis très pragmatique, très terre à terre, de ce côté-là. Evidemment qu’il y a de l’émotion, mais pas de représentation, pas de théâtre.

 

 

 

M. B. (rires) : C’est la première fois que vous faites 82 planches ?

 

L. A. : Oui ! Ca fait 8 albums pour enfants… ou deux albums “ normaux ” en un seul…

 

 

 

M. B. : Vous parlez de “ La Secte ” comme d’un “ roman graphique ” plutôt que d’une BD. Quelle est la différence pour vous ?

 

L. A. : C’est très intellectuel comme différence (rires). Le roman graphique, c’est un témoignage au plus près du vécu de l’illustrateur, une sorte de reportage dessiné où le « message » l’emporte sur la catégorie du média. C’est en tout cas dans ce sens-là que j’ai abordé cet ouvrage, ce qui ne veut pas dire que le dessin n’ait pas d’importance.

 

Pour simplifier, ça peut intéresser les gens qui n’aiment pas la BD, et justement, mon objectif est de toucher le public le plus large possible.

 

 

 

M. B. : Si on évoquait votre graphisme, dans un style très moderne et clair…

 

L. A. : Je viens du dessin pour la jeunesse. Je suis resté dans mon univers mais je l’ai rendu un peu plus noir, plus dur. Je voulais faire un truc vraiment underground avec des grosses têtes et des petits corps… Il y a un côté un peu plus désespéré dans les dessins pour « La secte » que dans ceux que je peux faire pour les enfants mais en même temps, j’ai travaillé un style très clair, très accessible.

 

 

 

M.B. : Pourquoi avoir fait cet album en bichromie ?

 

L. A. : Au départ, ça devait être en noir et blanc mais cela risquait de donner un côté un peu trop dur à la BD. L’avantage de la bichromie, c’est que ça apporte une dimension de lumière. Le noir et blanc a un côté trop contrasté tandis que la couleur a tendance à aplatir un petit peu. Avec la bichromie, on est forcé de travailler sur la lumière et sur le contraste de lumières.

 

Le bleu, c’est ce qui nous est venu tout de suite à l’esprit, parce que c’est une histoire de blues.

 

 

 

M. B. : C’est aussi la nuit qui pèse sur Marion, dans laquelle est elle retenue…

 

L. A. : Oui, c’est une nuit psychologique. La couleur répond aux problèmes psychologiques de notre héroïne.

 

 

 

M. B. : Dans le parcours de Marion, tout a été décortiqué, chaque étape de son évolution est bien identifiée pour le lecteur. Est-ce que cela a apporté quelque chose à votre témoin de faire ce travail ?

 

L. A. : Avec Marion, il a fallu qu’on refasse une interview pour reprendre tout, tous les détails. C’est là qu’elle a eu un peu de vague à l’âme parce qu’il fallait refouiller dans toutes ces choses mais il n’y a pas eu de souci. Elle avait déjà du recul et je ne pense pas que notre album ait une valeur thérapeutique quelconque pour elle.

 

 

 

M. B. : Qui a pensé à faire préfacer la BD par Catherine Picard, la présidente de l’ADFI ?

 

L. A. : C’est Vincent , je crois. On s’est mis en rapport tout de suite avec l’ADFI pour voir ce qu’on pouvait faire, ce qu’on ne pouvait pas faire, ce qu’on pouvait dire, pas dire…  On a pensé que ce serait bien, pour donner plus de poids au témoignage, de renvoyer sur des associations.

 

 

 

M. B. : Est-ce que vous pensez prendre des risques en faisant cet album ?

 

L. A. : Je ne travaille pas sur la mafia, je n’ai pas l’angoisse de me retrouver avec les pieds coulés dans le béton ! Mais c’est vrai qu’ils font peur. C’est étonnant. A chaque fois que j’en parle, on me dit que je vais avoir des ennuis… et je réponds qu’on est dans un état de droit en France et que les lois sont faites pour nous protéger. Et puis ces gens-là ne sont pas tellement aimés en Europe. Ils ont cette présence à façade respectable, alors qu’ils ne sont pas du tout respectables ! Je veux que ce livre soit celui de référence quand on parle de secte pour voir comment s’articule leur escroquerie. Il a une valeur, je l’espère, de pédagogie, sans prétention aucune. Et je souhaite que les gens aient du plaisir à suivre, et l’histoire, et le dessin, tant qu’à faire!

 

 

 

M. B. : Vous avez un côté très militant, tout de même !

 

Je m’indigne facilement. Quand il y a des choses qui me hérissent comme le FN, les sectes…, cela provoque chez moi des réactions. Mais je ne suis dans aucune association, je ne peux pas, je n’ai pas le temps…

 

 

 

Questions à Pierre Henri, scénariste de « Dans la Secte »

 

 

 

Marielle Bernicot : Connaissiez-vous Marion avant de vous lancer dans ce projet ?               

 

Pierre Henri : Non. Mais comment rester insensible, comment ne pas être indigné par ce genre de témoignage ?                                                                                                                                    

 

 

 

M. B. : Avez-vous réalisé ce scénario comme vous auriez écrit n’importe quelle histoire ? Puisqu’il s’agit d’un « roman graphique », d’un témoignage, qu’est-ce qui a changé dans vos méthodes de travail ?                   

 

P. H. : J’ai écrit un premier synopsis à partir d’une histoire que m’a racontée Louis. Une histoire réellement vécue par une amie à lui dont il avait envie de faire un roman graphique. J’ai également scénarisé une dizaine de pages et Louis en a dessiné une, ainsi qu’une 1ère étude de personnages. Nous avons alors rencontré Vincent Henry qui était intéressé par le projet sous réserve que l’histoire colle au plus près à la réalité. D’où l’idée de l’interview au magnétophone. Nous ne savions pas encore si la secte serait clairement identifiée, ce qui m’obligeait à rester flou sur certains détails quand j’ai retravaillé le scénario. À l’initiative de Vincent, nous avons aussi rencontré Jean-Pierre Jougla, de l’ADFI, qui nous a conseillé de nommer la secte. Du coup, ce roman graphique a pris la forme d’un véritable reportage, ce qui était nouveau pour moi, et qui implique beaucoup de rigueur. Après que Louis l’ait lu, le scénario a fait plusieurs allers-retours, entre bien sûr Vincent l’éditeur, JP Jougla, qui m’a apporté conseils et critiques, et la véritable Marion, pour être ajusté et validé. Ce fut un travail de patience et de longue haleine : presque 3 ans entre notre première séance de travail avec Louis et la parution du livre.

 

Il m’a fallu jongler entre ce qu’on pouvait dire et montrer et ce qu’il a fallu adapter pour ne pas être accusé de diffamation. J’ajouterai que j’ai pris beaucoup de plaisir au travail d’écriture. Sans avoir l’ambition d’un roman, le roman graphique offre la possibilité de développer l’étude des caractères et de peaufiner la forme, c’est ce qui m’a le plus intéressé dans la réalisation de ce scénario.

 

 

 

M. B. : Le témoignage de Marion a-t-il été très retouché pour les besoins scénaristiques ?

 

P. H. : Tout est vrai, y compris certaines expressions employées par Marion, qui s’est confiée sur des choses intimes et fortes et dont j’ai voulu respecter les mots. J’ai juste changé la construction dramatique de cette histoire en incorporant des flash-back. Bien sûr, en me glissant dans la peau de Marion, j’ai un peu extrapolé ce qu’elle nous a dit et ce que j’ai perçu de sa personnalité, ainsi que des rapports avec sa famille, mais toujours en m’appuyant sur des événements et des faits bien réels. Et en lui soumettant mon travail.

 

 

 

 

 

 

 

Entretiens réalisés par Marielle Bernicot, attachée de presse de La Boîte à bulles pour le dossier de présentation de Dans la Secte

 
 

Critique de l’ouvrage dans le plus de lectures du 3 octobre

 
 

Dans la secte – La boîte à Bulles – 88 pages – 13.5€ (préface de Catherine Picard, Présidente de l’AFDI, une des plus importantes associations de lutte contre les sectes).