Ne dites pas à Michel Rodrigue qu’il pourrait se voir cataloguer dans la reprise de personnages ! Le gaillard à la carrure de rugbyman vous rétorquerait aussitôt qu’il est dessinateur avant tout, qu’il aime ce métier et qu’il se comporte un peu comme un comédien, capable de jouer différents rôles. Que d’ailleurs, ça ne l’a pas empêché de créer les séries Rabelais et Doggyguard, de travailler avec René Hausman et  André Chéret ou encore de collaborer régulièrement avec Achdé, pour la conception et la réalisation des gags des Damnés de la route :  « Mais simplement, conclue-t-il,  je fais partie de cette génération de dessinateurs qui savent s’adapter aux réalités économiques  et répondre aux demandes des éditeurs. »

 

 

 

Un héritage filial

 

Dessiner Cubitus ne saurait pourtant pas se résumer à un simple travail alimentaire, tant les liens affectifs qui unissaient Michel Rodrigue et Dupa, le créateur du célèbre chien, étaient puissants, presque filiaux : « Par jeu, Dupa m’appelait Gamin, petit ou fiston. Et je l’appelais Maman ». L’album est d’ailleurs dédié à Môman Dupa !

 

« En fait, poursuit-il, pour revenir sur le sujet, il s’agit de ma première vraie reprise ! Pour les Pieds Nickelés, j’étais le 7ème ou 8ème dessinateur et pour Clifton, je suis le 5ème ! » De nombreux auteurs se sont en effet succédés depuis la création originale de ces séries et les personnages ont tellement changé au cours du temps qu’il est possible, sans difficulté auprès des lecteurs, de les travailler avec un style propre. « Alors qu’avec Cubitus, je me situe dans la continuité de Dupa, souligne Michel Rodrigue. C’est un vrai héritage ! »

 

Un héritage qui l’intimide clairement, au point de demander à effectuer quelques essais quand les responsables des éditions Le Lombard lui demandent, il y a près de deux ans déjà, de poursuivre les aventures de ce personnage pilier de leur catalogue ! Bien sur, quand on lui pose la question du « Pourquoi vous ? », l’humour, qui est un des fond de commerce de l’auteur,  reprend le dessus et Rodrigue nous répond que grâce à sa petite fortune personnelle, il avait les moyens de racheter le Lombard si les éditeurs ne lui avait pas fait cette proposition. Pourtant, sous son physique imposant, impossible de s’y tromper, on devine l’émotion et le cœur d’or du « gamin » qui nous explique « qu’où qu’il soit, Dupa devait être fier du boulot ! ». La décision est donc prise : avant de s’attaquer à la poursuite des albums, Michel Rodrigue travaille sur les (nombreux) produits dérivés existants : affiche pour les magasins, cartes postales, etc …

 

 

 

Une vision théâtrale

 

« Puis, il y a un an, Le Lombard a souhaité programmer l’album. Je me suis alors lancé dans l’élaboration des gags avec  Pierre Aucaigne, un ami de plus de 15 ans, avec qui j’avais déjà présenté un projet au Lombard. Et ça a fonctionné ! » L’humour scénique du comédien de théâtre et de télévision amène, selon les termes de Michel Rodrigue « une dimension peu exploitée en BD qui correspond à l’état d’esprit de Cubitus. Quelques gags ont d’ailleurs été adaptés de ses spectacles. On s’amuse à jouer aussi avec la pagination ou les cases. La série se prête bien à ce côté absurde et nonsensique. » Car, pour Michel Rodrigue, Cubitus (la série) s’apparente à un petit théâtre, avec ses comédiens qui s’adaptent aux situations et à leurs décors : « Dupa fonctionnait ainsi, il prenait ce dont il avait besoin pour ses gags. Si on retrouve Cubitus sur une île déserte, on ne se demande pas comment il est arrivé là, on s’en fout en fait ! »

 

 

 

Une série actualisée

 

Alors, quoi de neuf dans ces « nouvelles aventures de Cubitus » (une appellation inaugurée avec la reprise de Lucky Luke par Achdé et Gerra et qui semble, selon les études commerciales, séduire le lectorat) ? Eh bien, si le Cubitus de Rodrigue et Aucaigne a clairement la saveur de l’original –  « Et L’idée, souligne le dessinateur, reste de continuer à faire vivre un personnage sans trahir ni son créateur, ni son public. Il n’est pas question de s’accaparer la série » – il a également la couleur de son temps. Les puristes ne seront pas déroutés, Cubitus, le chien débonnaire, son maître, l’ancien marin Sémaphore et le chat Sénéchal, « son meilleur ennemi » sont bien au rendez vous et en grande forme. Mais les auteurs ont pris le parti de l’actualisation de l’environnement, très marqué années 50 par moment, dans les décors et les situations. « On a juste prolongé l’histoire, rappelle Rodrigue. Dans un des derniers albums signé de Dupa , on trouve un ou deux gags avec des téléphones portables. Nous, nous parlons d’internet, d’OGM, de radars, …, de ce qui touche notre quotidien en fait !  » Pas de révolution donc, juste une évolution bienvenue et réussie qui devrait contenter anciens et nouveaux lecteurs. 

 

Alors, Cubitus, En avant toute ! (c’est le titre de l’album) vers de nouvelles (et longues, on te le souhaite) aventures !

 

 

 

Laurent TURPIN

 

 

 

En avant toutes ! Les nouvelles aventures de Cubitus 1 – Le lombard – 8.70€

 

Retrouvez une carte blanche aux auteurs (avec croquis) sur le site du Lombard