Né en 1966 à Uccle (en Belgique), Jean-Luc Cornette fréquente la section BD de l’institut Saint-Luc de Bruxelles où il se lie d’amitié avec de nombreux autres élèves dessinateurs comme son futur complice Christian Durieux («Colombia» dans Spirou, en 1999, puis en albums chez Delcourt quatre ans plus tard). Ses premiers pas dans la BD ont lieu, en 1989, dans Spirou où il illustre la rubrique écologique «Sauvons la planète» et où il colorie les pages de ses copains comme André Taymans ou de ses professeurs d’école (Antonio Cossu, Philippe Foerster…). On le retrouve aussi comme dessinateur dans Tintin Reporter, dans Jet, dans Fripounet ou dans l’éphémère Brazil . «Avant 1995, j’ai fait plein de petits boulots de commande autour de la BD : parfois quelques planches (comme «Sousoupe», un petit fascicule publié par le fanzine Rêves-en-bulles, en 1994) mais surtout des illustrations et des couleurs. Petit à petit, j’ai proposé quelques projets qui ont été accepté aux éditions Casterman, dont «Les enfants terribles» et les scénarios de «Robert et les monstres» dessinés par Christophe Hanzé en 1997.» Il réalise aussi un recueil de polaroïds («Comment voudriez-vous être assassiné ?» en s’appuyant sur l’exemple de victimes célèbres et où l’on décèle déjà une imagination débridée. Il anime quelques stages consacrés à la BD au Centre Belge de la Bande Dessinée, reçoit plusieurs prix pour sa série «Les enfants terribles» et il faudra attendre 2001 pour le voir réapparaître sur la scène du 9ème art avec «Visite guidée», un curieux récit dans lequel il nous invite à explorer les influences de trois grands maîtres de la peinture. «Entre temps, il y a eu une longue période sans rien où je me suis remis en question et c’est grâce à la confiance de Sébastien Gnaedig, qui dirigeait alors la collection «Tohu-Bohu» chez les Humanoïdes associés, que j’ai pu me remettre sur les rails et y aller à fond sur cet album fort expérimental, tant sur le plan du scénario que du dessin. J’avais besoin de m’éclater et d’essayer de nouvelles techniques mais l’expérience restera certainement unique car, depuis, je me suis assagi !»

 

Grand amateur de peinture, Jean-Luc Cornette avait donc vraiment besoin de réaliser «Visite guidée» (aux éditions Humanoïdes associés), une sorte d’hommages aux peintres qu’il admire. Curieusement, ce sera la dernière œuvre dessinée par ses soins (du moins, jusqu’à présent) puisqu’à partir de 2001, il se consacre surtout à l’écriture de scénario pour ses collègues. «Ayant tenté de nombreuses expériences graphiques, j’ai commencé à comprendre que j’avais des difficultés à maîtriser le dessin : pourtant, j’ai toujours besoin de dessiner ! Cependant, j’ai surtout envie de raconter des histoires mais je ne suis pas assez rapide pour mettre tous mes délires narratifs en images ; d’autre part, je ne suis jamais complètement content de ce que je fais dans ce domaine. Je me suis donc mis à travailler avec d’autres dessinateurs comme Michel Constant, lequel est un vieux copain. Nous avons passé beaucoup de temps à disséquer nos goûts communs et à essayer de trouver ce qui pourrait nous plaire à tous les deux. C’est comme cela que nous avons monté le projet de «Red River Hôtel», pour les éditions Glénat. Ce drôle de roman noir donne d’ailleurs un côté moderne à la classique collection «Bulle Noire» qui l’accueille depuis 2002.» Le troisième et dernier tome  (qui vient de paraître) de cette excellente comédie douce-amère est d’ailleurs aussi déjanté que les précédents : les personnages sont de touchants hurluberlus qui dégagent une certaine mélancolie contrastant avec le graphisme ligne claire de Michel Constant. L’écriture est donc une des autres facettes du talent de Jean-Luc Cornette ; il le prouve d’une façon encore différente, à partir de 1997, en proposant des livres pour enfants (aux éditions L’Ecole des Loisirs, Pastel, du Seuil ou du Rouergue) illustrés par Jean-Marc Rochette, José Parrondo ou lui-même. «La littérature jeunesse et la BD ne s’écrivent pas de la même façon (ayant une formation moins littéraire, je suis d’ailleurs plus à l’aise en BD), mais c’est toujours le même besoin de raconter des histoires : parfois, c’est pour les enfants, parfois pour les adolescents et parfois uniquement pour les adultes. J’ai certaines obsessions qui m’arrivent dans la tête sous différentes  formes ; certaines se prêtent plus aux livres de contes, d’autres à la BD, mais je ne saurais pas expliquer comment elles viennent.»

 

Malgré les ventes relativement faibles de sa série «Les enfants terribles» chez Casterman, Jean-Luc Cornette décide de renouveler l’expérience en proposant, aux éditeurs, divers projets qui s’approchent d’un ton que l’on retrouve plus dans la littérature jeunesse que dans la BD. «A ce moment là, l’un des auteurs phares de chez Delcourt, avec qui je suis très copain (Andreas, pour ne pas le nommer), m’a dit que son éditeur aimait bien ce que je faisais. J’ai donc commencé à lui proposer quelques projets, sans savoir qu’il envisageait déjà de créer son département jeunesse». Après quelques refus, les éditions Delcourt ont fini par accepter, en 2003, l’adaptation du «Fantôme des Canterville» d’après Oscar Wilde avec Christophe Hanzé et la reprise de «Columbia» sur laquelle les éditions Dupuis ne s’étaient pas montré très enthousiaste. «Pour ce premier album, toujours réalisé avec Christian Durieux, nous avons fait tout à fait autre chose, en faisant abstraction des premiers épisodes parus dans Spirou. Ceci dit, c’est un potentiel qui resservira certainement un jour, quitte à réécrire et à redessiner ; car si l’univers et les personnages sont les mêmes, l’esprit est complètement différent! Quant au «Fantôme des Canterville», c’est une œuvre sur le monde de l’enfance qui nous fascinait depuis longtemps, déjà du temps où nous étions sur les bancs de l’école St Luc, Christophe et moi.» Peu enclin à se cantonner dans un  registre juvénile, Jean-Luc Cornette élargit progressivement son champ d’action et multiplie les projets avec Christian Durieux («Central Park» qui est pré-publié actuellement dans le journal Spirou et «La nuit du papillon» à paraître chez Glénat), avec Eric Warnauts («Jean Polpol») et avec Emmanuel Moynot («Démons ») -deux albums parus également chez Glénat en 2004-, avec Stéphane Oiry («Les passe-murailles» aux Humanoïdes associés), avec Michel Constant («L’oreille du saumon» au Lombard) et avec Jean-Louis Boccar («Morro Bay» chez Casterman, en 2005). «Ce sont des interrogations sur la vie, sur les relations compliquées entre les gens : entre enfants et parents, entre amants etc. Ces BD diffèrent de ma production pour les plus jeunes car je me permet, avec une certaine liberté, d’aborder certains sujets tabous ; mais je pense qu’il y a une cohérence, malgré tout, dans ce que j’écris. J’adore la provocation, mais mon propos ne fait que montrer la réalité des choses : je parle seulement de sentiments, de l’amour et aussi du sexe !»

 

                                                                                              Gilles RATIER