Plongée dans les mémoires que son père vient d’écrire, Léonora Von Stock découvre ses origines et celles de sa mystérieuse bague. Retour en arrière … Le général napoléonien est contrarié. En lieu et place des canons qu’il réclame pour enfin mettre fin au siège de la ville, l’empereur lui envoie ses conseillers occultes, le très mystérieux Monsieur de Saint-Loup, accompagné de la pythie (de Delft !) et de sa sœur. Entre surnaturel et mystification, Hubert et Tanquerelle nous entraînent à la source de leur histoire aux multiples ramifications.

 

 

 

Il règne, dans Le legs de l’alchimiste, une liberté de ton revendiquée par ses auteurs. S’appuyant sur la toile de fond politique et sociale du siècle des utopies, Hubert et Hervé Tanquerelle développent une série d’aventures ésotériques et humoristiques, aux aspects narratifs et graphiques résolument contemporains et d’une complémentarité exemplaire.

 

 

 

Où se situe exactement l’action principale du Legs de l’alchimiste ?

 

Hubert : Dans un petit royaume fictif d’Europe de l’Est, sans attaches historique et géographique précises mais qui regroupe tous les éléments politiques, économiques et sociaux du XIXème siècle.

 

Tanquerelle : C’est un fourre-tout graphique, joyeux mélange de rigueur et d’imagination architecturale réalisé à partir de la documentation dont je disposais au premier épisode, à savoir beaucoup de Nantes avec un peu de Prague et de Paris.

 

 

 

Avec ce troisième volume, qui nous plonge aux origines de la bague, vos lecteurs effectuent une nouvelle fois un saut en arrière dans le temps ?

 

H. : Il y a, dans le Legs de l’alchimiste, l’idée d’une chaîne de conséquences qui débute à cette période napoléonienne, source du récit. C’est un emboîtement temporel basé sur le principe des poupées russes, avec des liens entre les différents tomes. Dans le nouvel album, on découvre la mère de Lénéora Von Stock ou encore le fameux alchimiste Monsieur de Saint-Loup, deux personnages évoqués dans le volume précédent.

 

T. : La ville est différente de ce que nous avons vu dans les deux premiers tomes. Son architecture, que j’ai basée sur de la documentation roumaine, est encore très rustique. Elle évoluera ensuite sous l’influence de la colonisation occidentale.

 

 

 

Vous jouez beaucoup sur les aspects surnaturels, que vous exploitez et dont vous vous moquez aussi ?

 

H. : Nous nous situons toujours dans l’entre-deux en jouant sur les grandes thématiques ésotériques. J’utilise le second degré comme principe fictionnel. Là aussi, je construit un récit à tiroirs, mettant en scène des illusions, à laquelle tout le monde croie et qui dissimule une vérité, mais qui n’est pas celle attendue.

 

T. : Nous cultivons tous les deux cette part d’ironie. Je n’aime pas prendre les choses trop au sérieux. Ca se voit dans mon dessin, qui trouve son équilibre entre le réalisme et la caricature pour aboutir à une sorte d’expressivité décalée.

 

 

 

La toile de fond sociale et humaine joue également un grand rôle ?

 

H. : Le récit évoque le combat entre les différentes forces de l’époque comme le conservatisme face au progrès ou le matérialisme face à l’idéalisme. C’est aussi une histoire romantique, au sens premier du terme, très sensible à la puissance des sentiments.

 

T.: Nous accordons une importance particulière aux relations humaines entre les personnages mais j’aurais du mal à rentrer dans une trame purement sentimentale que je n’entrevois pas graphiquement. Nous travaillons beaucoup pour donner de la justesse aux situations afin d’éviter les clichés.

 

 

 

Qu’apporte le fait que le scénariste réalise les couleurs ?

 

H. : Je suis coloriste et intervient sur d’autres séries. Pour moi, la couleur est un vecteur émotionnel important qui peut aider à la mise en scène du récit. Ici,  connaissant toutes les intentions narratives, je peux plus facilement les mettre en valeur.

 

T. : Hubert, qui a la notion de tous les paramètres de l’histoire réalise une mise en couleur en osmose avec mon dessin. C’est formidable.