Tintin et Milou

Belgique

1929

Hergé (pseudonyme de Georges Remi)

Accompagné de son chien Milou, un fox-terrier, Tintin est un jeune reporter (en culottes de golf à ses débuts), propre sur lui et bien sous tous les rapports. Plusieurs personnages secondaires, mais fortement typés, l’accompagnent dans ses aventures. Il y a les Dupond et Dupont (à partir des Cigares du pharaon, 1934), Bianca Castafiore (Le Sceptre d’Ottokar, 1938), le capitaine Haddock (Le Crabe aux pinces d’or, 1941), le professeur Tournesol (Le Trésor de Rackam le Rouge, 1945). Des troisièmes couteaux, aussi pittoresques, interviennent également, mais plus occasionnellement : Rastapopoulos (Les Cigares du pharaon, 1934), Tchang (Le Lotus bleu, 1936), Alcazar, Nestor, Séraphin Lampion, etc. Le retour cyclique de ces personnages procure d’ailleurs au lecteur le plaisir de retrouver un univers familier et rassurant qui établit une sorte de connivence avec l’auteur et n’est certainement pas étranger au succès prodigieux de la série.

Graphisme simple et aéré, jouant avant tout sur la transparence et la lisibilité, précision du trait, absence d’ombre, décors réalistes et schématisés, autant de qualités qui expliquent aussi l’extraordinaire réussite de Tintin. Il est vrai que Hergé dessinateur hors pair, a su s’entourer d’une équipe talentueuse grâce au studio fondé en avril 1950, avec comme collaborateurs prestigieux : Edgar Pierre Jacobs, Bob de Moor, Jacques Martin, Roger Leloup, etc. D’abord conçues en noir et blanc de Tintin au pays des Soviets (1929) au Crabe aux pinces d’or (1940), les aventures du célèbre reporter sont éditées directement en couleurs à partir de L’Étoile mystérieuse (1941). Les épisodes précédemment parus, raccourcis de cent quinze ou cent vingt-huit pages à soixante-quatre après un remontage des vignettes, ressortent en couleurs : L’Oreille cassée et L’Île noire (1943), Le Crabe aux pinces d’or (1944), Tintin en Amérique (1945), Tintin au Congo, Le Lotus bleu (1946), Le Sceptre d’Ottokar (1947), Les Cigares du pharaon (seulement en 1955) et, pour l’anecdote, Tintin au pays des Soviets dans une édition pirate en 1992.

La bande a été prépubliée en Belgique dans Le Petit Vingtième de janvier 1929 à 1940. Puis elle a continué dans Le Soir-Jeunesse à partir d’octobre 1940 et dans Le Soir en 1941. Après la guerre, elle est passée dans l’hebdomadaire Tintin à compter du n° 1 du 26 septembre 1946. En France, Tintin est sorti dans Cœurs Vaillants de 1930 à 1944. Après une interruption, il est repris dans Message aux cœurs vaillants en juin 1945, puis dans Tintin et Milou (Voix de l’Ouest) en décembre de la même année, pour revenir à Cœurs Vaillants en mai 1946 avec Les Sept Boules de cristal. Il passe ensuite dans l’hebdomadaire Tintin français en octobre 1948 avec Tintin au pays de l’or noir et y restera jusqu’en 1967. Plus tard, il reviendra dans le Nouveau Tintin avec Tintin et les Picaros en septembre 1975.

En albums, notre globe-trotter paraît d’abord, pour les trois premiers titres, aux éditions du Petit Vingtième, puis, à partir des Cigares du pharaon en 1934, chez Casterman. Il y restera jusqu’au vingt-quatrième et dernier volume, Tintin et l’Alph-Art en 1986. Parallèlement, une cinquantaine d’albums pirates sont édités de 1968 à 1996.

Le cinéma s’intéresse à Tintin à partir de 1948 avec un film de marionnettes animées inspiré du Crabe aux pinces d’or. Puis, à partir de 1956, avec la naissance des studios Belvision, le jeune reporter va rentrer de plain pied dans le septième art. En 1961 sort Tintin et le mystère de la Toison d’or, au comique gentillet, réalisé par Jean-Jacques Vierne et interprété par Jean-Pierre Talbot (Tintin) et Georges Wilson (capitaine Haddock). Trois ans plus tard, c’est au tour de Tintin et les oranges bleues, à l’humour laborieux, d’apparaître sur les écrans. Le metteur en scène est cette fois Philippe Condroyer, Jean Bouise ayant remplacé Georges Wilson. En 1973, sort un film d’animation Tintin et le lac aux requins, réalisé par Raymond Leblanc, au graphisme simpliste et sans originalité. Toutefois, les dessins animés produits par Ellipse (France) et Nelvada (Canada) de trente-neuf épisodes de vingt-six minutes chacun sont d’un niveau bien supérieurs et obtiennent à partir de 1992 un grand succès à la télévision auprès du jeune public.

Les produits dérivés réalisés à partir du monde de Tintin sont considérables : jeux de société, puzzles, jouets, figurines en plastique ou en caoutchouc, théâtres de marionnettes, trousses d’écolier, savons de toilette, papiers peints, cuillères, porte-monnaie, badges, etc. Les objets issus du mythe sont légions : bouteille de Loch Lhomond d’après Les Bijoux de la Castafiore, boîte de Crabe Extra d’après Le Crabe aux pinces d’or, paquet de cigarettes Macedonia d’après L’Affaire Tournesol, fétiche Arumbaya en résine d’après Tintin et l’oreille cassée, fusée lunaire en bois peint d’après Objectif Lune, momie de l’Inca Rascar Capac en sculpture plâtre d’après Les Sept Boules de cristal, portrait du chevalier de Hadoque, sceptre d’Ottokar en métal doré, buste de Tintin en porcelaine ou en bois sculpté, jarre du Lotus bleu, etc.

Les ouvrages d’analyses sont innombrables depuis Le Monde de Tintin de P. Vandromme chez Gallimard en 1959 jusqu’à La Vie quotidienne à Moulinsart de T. Sertillanges chez Hachette en 1996, en passant par Les Métamorphoses de Tintin de J.-M. Apostolides (éditions Seghers, 1984), Tintin chez le psychanalyste de Tisseron (éditions Aubier, 1985) ou Tintinolâtrie d’Algoud (éditions Casterman, 1987). Les ventes aux enchères, proposant de vieux albums de Tintin furieusement collectionnés, se multiplient depuis fin 1990 et le célèbre catalogue B.D.M. des éditions Vilo-Amateur recense, depuis dix-huit ans, les quatrièmes plats de couvertures depuis 1931 jusqu’à 1987 afin d’identifier à un an près chacune des éditions. Précisons enfin que quatre-vingt millions d’albums ont été vendus à travers le monde, traduits en plus de vingt-cinq langues du japonais à l’islandais en passant par le basque et le picard. MD

 

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