Retrouvez les couvertures des albums en cliquant sur l’appareil photo.

« Les sales blagues de l’Echo T.11 »  par Philippe Vuillemin

Editions Albin Michel (9 Euros)

La première chose que l’on lit dans L’Echo des Savanes, c’est bien «Les sales blagues» de Vuillemin. Même si le niveau n’est pas toujours au top, ces gags en deux pages, issus d’une tradition de rigolade populaire bien ancrée, surtout lors des fins de repas fort arrosés, sont un moment rare de bonheur scabreux ! Dans la droite filiation de Reiser et de Coluche (les deux créateurs de ces blagues qui tracent aussi un portrait sans concession de l’incommensurable bêtise humaine), Vuillemin nous crache en pleine gueule son humour au vitriol et son graphisme « ligne crade ». Comme techniquement il n’y a rien à redire, même les empêcheurs de se marrer en rond seront obligés d’admettre que ces BD constituent une œuvre de salubrité publique !

 

«Peyo l’enchanteur» par Hugues Dayez

Editions Niffle ( 23 Euros)

Après deux ouvrages remarqués («Tintin et les héritiers» et «La nouvelle BD»), le journaliste belge Hugues Dayez publie, chez Niffle, «Peyo l’enchanteur» : une biographie approfondie sur le créateur des «Schtroumpfs». Peu connu du grand public, Peyo (Pierre Culliford, de son vrai nom) est pourtant le créateur de d’un véritable phénomène de société : ces fameux petits hommes bleus, apparus pour la première fois en 1958 dans l’autre série mythique de Peyo : «Johan et Pirlouit». L’ouvrage, comme tous ceux de la collection «Profession» chez le même éditeur, est passionnant et s’adresse à tous ceux dont l’intérêt pour la BD va au-delà de la seule lecture des albums de leurs auteurs préférés.

 

« Correspondances » par Jean-Louis Tripp, Max Cabanes, Dupuy-Berberian et Jean-Claude Denis

Editions Albin Michel (12,50 Euros)

Annoncé sous le titre «Métro», ce collectif parait finalement sous l’appellation plus justifiée de «Correspondances». Comme pour tout collectif qui se respecte, l’expérience est périlleuse et dépend de l’inspiration ou de la motivation des différents participants. Or, ici, le résultat est étonnamment réussi. Certes, les auteurs contactés ont des sensibilités assez proches mais cela ne suffit pas à en expliquer sa cohérence car le sujet était vraiment casse-gueule : en effet, cet album est à la gloire du métro toulousain et a été réalisé pour l’inauguration du prolongement d’une ligne. Quoiqu’il en soit les trois histoires proposées sont d’un excellent niveau graphique et narratif : Tripp étonne en philosophant, Cabanes renoue avec «La Jôle», les truculents personnages de ses débuts, et les Dupuy-Berberian illustrent de façon impeccable une nuit mouvementée sortie de l’imagination de Jean-Claude Denis, lequel se révèle un scénariste de premier plan ! A conseiller vivement !

 

« Les aventures du p’tit Boxon T.1 : Délinquance juvénile » par Dikeuss

Editions Septième choc (10,95 Euros)

Imaginez un «Titeuf» des banlieues dessiné par un Margerin dépravé : vous aurez alors juste une petite idée de ce que peut-être cette compilation des gags du p’tit Boxon ! Déjà remarqué avec «Les assistés», insolentes chroniques de banlieue prépubliées dans les magazines L’Affiche ou Radikal, Dikeuss (Cvesic Kristijan, de son vrai nom) nous parle de la délinquance chez les tout petits ! Boxon est un gamin de 10 ans livré à lui-même et qui accumule tous les défauts de ses aînés : il est paresseux, stupide, velléitaire, sale, voleur, vulgaire… Que les amateurs d’humour moralisateur passent leur chemin, cette BD sortie tout droit de notre France profonde des banlieues risque de leur filer des boutons ! Par contre, ceux qui apprécient l’ironie sous toutes ses formes (même quand la forme est particulièrement noire et déformée) riront aux éclats devant ces blagues qui feraient même pâlir de dégoût (ou d’envie) un Vuillemin ou un Reiser si ce dernier était encore vivant !

 

« Ken Parker T.1 : Lily et le trappeur » par Ivo Milazzo et Giancarlo Berardi

Editions Ligne d’ombre (20 Euros)

Ce très bel album essaie de remettre à l’honneur un western italien qui, hélas, n’a rencontré qu’un succès d’estime en France alors qu’il fût considéré comme un chef-d’œuvre dans son pays d’origine. Créé en 1974, Ken Parker est un scout de l’armée américaine devenu trappeur. Débarrassé des sempiternels clichés hollywoodiens, cette histoire aborde des thèmes jusqu’alors peu usités dans la BD populaire italienne : violence, racisme, écologie, humanisme, quête du «moi»… C’est aussi grâce au graphisme étonnant d’Ivo Milazzo (encore un artiste trop méconnu dans l’hexagone !) que cette belle série atypique risque de vous séduire, comme elle a pu séduire les quelques lecteurs qui ont pu la découvrir entre 1978 et 1987 dans le pocket Long Rifle des éditions Aventures et Voyages. Une autre tentative d’adaptation française, rapidement abandonnée, fût proposée par les éditions Soleil en 1992, aussi, espérons que cette nouvelle édition permettra, à cette superbe épopée, de connaître la reconnaissance qu’elle mérite !

 

Gilles RATIER