« La bibliothèque de Juanalberto T.1 : Derfal le magnifique » par José Roosevelt

Editions La boîte à bulles (11 Euros)

La Boîte à Bulles est une toute nouvelle maison d’édition dirigée par Vincent Henry, un des animateurs du site bdselection.com et collaborateur de plusieurs revues spécialisées en BD comme La Lettre ou Calliope. N’ayant pu résister à l’envie de publier les talentueux auteurs que ses activités lui faisaient rencontrer, il démarre son programme éditorial sur les chapeaux de roues avec un très bel album diffusé par le Comptoir des Indépendants. Ce conte philosophique et initiatique est d’ailleurs le travail le plus abouti du Brésilien (immigré en Suisse) José Roosevelt ; après quelques albums intéressants mais pas totalement convaincants (aux éditions Paquet), ce peintre surréaliste nous propose ici un curieux et passionnant petit ouvrage. A raison de quatre images de même dimension, surmontées d’un récitatif, chaque page nous entraîne dans la passion du narrateur, admirateur fou de l’œuvre de Charles-Ocktich Dorval, écrivain rare et peu connu. Après avoir épuisé toute la littérature traduite du romancier philosophe, notre adorateur livresque, insatisfait, décide d’aller habiter dans le ville natale de Derval et d’y apprendre le langage autochtone afin de rassasier son cerveau. Pour l’anecdote, sachez que Roosevelt est lui-même tombé sous le charme de la BD franco-belge (avec Métal Hurlant, entres autres)… sans pouvoir la lire dans la langue d’origine. Le premier tome de cette série étonnante, dont le seul personnage récurrent est un vieil écrivain à la tête de canard (évident hommage à l’œuvre de Carl Barks), n’est jamais ennuyeux et ne peut vous laisser indifférent !

 

 « Red River T.2 : Nat et Lisa (2ème partie) » par Michel Constant et Jean-Luc Cornette

Editions Glénat (8,99 Euros)

Nat, un jeune livreur de pizzas, s’interroge toujours sur la disparition subite de Lisa, le grand amour de sa vie. Ses pas le conduisent au Red River Hotel, un vieux bâtiment occupé par d’étranges locataires. Nat commence alors, petit à petit, à perdre pied avec la réalité. Polar à la limite de l’insoutenable, cette histoire fantastique se révèle être aussi un brillant exercice de style sur le délire et la paranoïa. Jean-Luc Cornette («Les enfants terribles» et «Robert et les monstres» chez Casterman, «Visite guidée» aux Humanos ou encore «Columbia» chez Delcourt) propose une fois de plus une BD hors normes mais pourtant totalement captivante et remarquablement servie par le dessin faussement ligne claire de Michel Constant («Mauro Caldi» aux Humanos et «Bitume» chez Casterman) : à découvrir absolument !

 

« Professeur Bell T.4 : Promenade des anglaises » par Hervé Tanquerelle et Joann Sfar

Editions Delcourt (9,45 Euros)

Joseph Bell est un personnage qui a réellement existé : il a été le professeur de chirurgie de Sir Arthur Conan Doyle, le papa de «Sherlock Holmes», détective d’ailleurs inspiré par cette grande figure victorienne d’Edimbourg et premier médecin à plein temps spécialisé dans la chirurgie militaire et la pédiatrie. Le propos du prolifique Joann Sfar est de l’entraîner dans des histoires d’horreur basées sur des faits qui ont un fond de vérité. Dans ce quatrième album, notre héros et sa petite troupe d’amis excentriques (un assistant malin, un fantôme, un inspecteur obèse et sa petite fille) partent pour Nice afin de retrouver la reine Victoria victime d’un mal mystérieux. Pourtant, à leur arrivée, cette dernière se porte comme un charme ! Cette aventure délirante est très bien mise en images par Hervé Tanquerelle, lequel a repris graphiquement le personnage depuis le précédent album. Si, aux prémices de cette reprise réussie, Tanquerelle s’inspirait fortement du graphisme de Sfar (qui reste, bien sûr, aux manettes scénaristiques), il semble qu’ici, il développe un style légèrement différent qui lorgne vers une certaine ligne claire réaliste. En tous cas, le duo fonctionne et Sfar multiplie les audaces narratives et les hommages irrespectueux : une série vraiment surprenante !

 

« Bons baisers de Corse et d’ailleurs » par René Pétillon

Editions Albin Michel (12,50 Euros)

Décidément, l’éditeur de Pétillon n’en finit pas d’exploiter le filon de «L’enquête corse», l’aventure la plus populaire de «Jack Palmer» : après «L’enquête continue», voici «Bons baisers de Corse» ; le prochain recueil de gags signé Pétillon s’appellera t-il «Corse et enquête», «Enquête corsée» ou «Enigme dans l’île de beauté» ? Plaisanteries mises à part, ce florilège des dessins d’humour (et même de quelques strips) parus dans Le Canard Enchaîné ou dans le JDD sont fort drôles ! On y parle bien sûr beaucoup de la Corse mais aussi du reste de l’actualité : l’Irak, Bush, Raffarin, Sarkozy (ces derniers sont d’ailleurs très bien croqués)… Même si certains gags sont un peu réchauffés (mais ils ne l’étaient pas lors de leur publication originelle !), on ne peut qu’apprécier la sensibilité et le trait agréable de maître Pétillon : un auteur qui nous démontre qu’il est aussi souvent fin psychologue !

 

« Petit Miracle T.1 » par Griffo et Valérie Mangin

Editions Soleil (12,50 Euros)

Nous sommes en 1766 : un libertin notoire est condamné à avoir la langue arrachée puis à être décapité. Le corps devait ensuite être brûlé mais la famille ne supporte pas le scandale de l’absence de sépulture : elle soudoie le bourreau et confie les morceaux du corps au couvent des Ursulines. Une des bonnes sœurs est tentée par le sexe encore en bel état du chevalier qui, miracle, fonctionne encore ! Neuf mois plus tard naît Petit Miracle, un enfant issu de ces amours nécrophiles et dont la tête est séparé du reste du corps. C’est le meilleur scénario de l’universitaire (et épouse du dessinateur Denis Bajram) Valérie Mangin, même si on a un peu de mal à accepter les fondements de cette histoire peu vraisemblable. Heureusement, la fantaisie de son propos est équilibrée par l’encrage historique et les dialogues percutants. Le tout est brillamment mis en images par un Griffo déluré, adoptant un style semi réaliste qui lui avait déjà réussi sur «Monsieur Noir», chez Dupuis : ce premier épisode est donc alléchant et on peut prévoir, sans être devin et sans compter sur l’aide de Dieu, que «Petit Miracle» sera une grande série !

 

Gilles Ratier