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« Dracula T.1 » par Hippolyte

Editions Glénat (14,99 Euros)

La très belle collection «Carrément BD», au format inhabituel, nous propose un diptyque adaptant fidèlement l’œuvre de Bram Stoker, avec toutefois un traitement graphique hors du commun. Venu de l’illustration pour la jeunesse, Hippolyte joue avec l’exigence de la présentation obligée du spicilège : il fait preuve d’une étonnante maturité dans l’agencement des planches car c’est sa quasi première œuvre en BD (il n’a réalisé qu’un roman graphique proche de la BD, pour les éditions d’art Alain Beaulet). Très influencé par les dessins de Lorenzo Mattotti, ce jeune dessinateur utilise la technique de la carte à gratter (plaque de carton blanche, enduite d’un vernis noir, sur laquelle on gratte avec une plume pour faire apparaître le blanc) et rajoute les couleurs sur ordinateur. Le résultat est étonnant et s’apparente à de la gravure : on pense d’ailleurs d’emblée à un certain Gustave Doré, maître graveur du XIXème siècle, lequel enlumina de nombreux textes littéraires devenus depuis des classiques.

 « La tendresse des crocodiles : une aventure
de Jeanne Picquigny
» par Fred Bernard

Editions du Seuil (16 Euros)

Fred Bernard est bien connu pour ses livres pour la jeunesse réalisés avec son compère illustrateur François Roca («Jésus Betz», «Le train jaune»…) mais il se frotte ici, pour la première fois, à un nouveau mode narratif en réalisant sa première bande dessinée. En reprenant un de ses ouvrages pour les petits lecteurs («Jeanne et le Mokélé») et en l’adaptant pour les plus grands, il nous conte l’histoire poétique d’une jeune femme, au début du XXème siècle, débarquée en terre colonisée et dont le destin va basculer. Son père a disparu dans des contrées africaines et elle part en expédition avec un guide peu recommandable. Cet étrange safari mystique et initiatique nous rappelle les premiers récits d’Hugo Pratt grâce à un trait noir et épais, presque minimaliste et naïf, et on se laisse charmer par cette grande aventure (170 pages !), riche en péripéties et en clins d’œil au cinéma hollywoodien des années 1930 à 1950.

« King : la biographie non-officielle de Martin Luther King T.1 » par Ho Che Anderson

Editions EP (14,50 Euros)

Cela commence en avril 1968, par l’assassinat de Martin Luther King, et l’auteur (qui a consacré 10 ans de sa vie à cette biographie monumentale) nous plonge sans préambule dans l’enfer de la ségrégation sociale aux USA. C’est un vibrant témoignage (qui comportera trois volumes) sur la vie et la vocation du célèbre prêcheur. Son combat pour les droits civiques des noirs américains et ses discours mythiques, mais aussi ses doutes et ses faiblesses, sont approfondis dans cet ouvrage en noir et blanc et au découpage très cinématographique. Dès les premières pages, on sent que Ho Che Anderson (dessinateur noir, né à Londres, qui n’avait, jusque là, livré que quelques travaux pour les éditeurs indépendants) s’est remarquablement documenté : preuve en est l’intervention régulière des personnages ayant bien connu ce prix Nobel de la paix. Toutefois, il faut souvent faire un effort de lecture car la narration est très touffue et pas toujours limpide : espérons que les deux prochains tomes seront plus faciles à appréhender !

« Chiara Rosenberg» par Roberto Baldazzini et Celestino Pez

Editions Dynamite (14,50 Euros)

Les éditions Dynamite bénéficient des choix érudits de Bernard Joubert, grand spécialiste de la BD érotique, et des traductions de Jean-Paul Jennequin, autre esthète et grand connaisseur du 9ème art. La spécialité de ces nouvelles éditions étant la BD coquine voire légèrement pornographique, elles nous offrent quelques fleurons du genre dont les mésaventures de cette complexe jeune femme, tour à tour épouse sage et amante passionnée. L’italien Roberto Baldazzi l’a créé pour Blue, mensuel culturel et de BD érotiques, où il poursuit ses fantasmes dans un noir et blanc joliment tramé. Son talent pour croquer les belles femmes dans des tenues sensuelles, où dominent les sous-vêtements suggestifs, est ici employé à sa juste valeur, réconciliant les amateurs du sexe et ceux qui préfèrent des histoires plus cérébrales. Moebius avait d’ailleurs définit ce dessinateur comme «un ange qui nous laisse entrevoir le rêve aveuglant de nos désirs».

« Hector Umbra, folie semi-automatique T.1 : Osaka » par Uli Oesterle

Editions Akileos (12,50 Euros)

Si vous aimez les BD déjantées, cette enquête aux frontières de la folie et de la science-fiction est faite pour vous ! Un artiste maudit et fumeur invétéré se paie une sacrée déprime depuis qu’un de ses amis est mort d’une overdose. Un autre de ses copains essaie de lui faire remonter la pente en l’entraînant de force dans une de ses virées nocturnes, laquelle va le mener dans un monde intermédiaire qui ressemble fort au royaume des morts ! Les toutes jeunes éditions Akileos tentent de nous faire découvrir la BD d’outre Rhin et, après le surprenant «Berlinoir» de Reinhard Kleist et Tobias E. Meissner, voici un non moins étonnant récit se déroulant dans une autre ville d’Allemagne : Munich. Après un premier album passé trop inaperçu («Frass» aux éditions Reporter, en 2001), Uli Oesterle nous offre ici une BD décalée et complètement folle, servie par un graphisme accrocheur et très personnel : mais attention, ça décoiffe !

 

Gilles RATIER