« Ayako T.1 » par Osamû Tezuka

Editions Delcourt-Akata (7,95 Euros)

Le manga moderne s’est développé après la seconde guerre mondiale grâce à Osamû Tezuka, dessinateur proposant un style graphique novateur qui s’inspirait des dessins animés de Walt Disney. Jugeant que les héros aux yeux bridés manquaient d’expression, Tezuka a créé des personnages avec des grands yeux : une particularité que l’on retrouvera dans tout le dessin animé nippon. Le style de cet auteur a influencé toute une génération de dessinateurs et de réalisateurs de dessins animés, dans toute l’Asie. On parle d’ailleurs, en citant Tezuka, d’un style académique dont les nombreuses variantes s’étalent au fil des années. Ces principaux chefs-d’œuvre («Bouddha» composé de 8 volumes, «Phénix» de 10 volumes et «L’histoire des trois Adolf» de 4 volumes) sont disponibles aux éditions Tonkam mais les éditions Delcourt (via leur label Akata) viennent, quant à eux, de publier le premier des trois tomes d’ «Ayako», récit historique assez noir dû également à ce maître incontesté du manga. Une grande famille de propriétaires terriens s’y serre les coudes pour protéger leurs intérêts, malgré les abominations réalisées par les uns et les autres. L’immédiat après-guerre au Japon est remarquablement décrit dans ce passionnant récit centré sur le destin tragique d’une petite fille. Cette petit joyau du 9ème art est indispensable, même pour les inconditionnels de la BD franco-belge, lesquels devront se forcer à lire l’histoire dans le sens original (de droite à gauche) !

 

« Monster T.10 : Pique-nique » par Naoki Urasawa

Editions Kana (6,95 Euros)

Je vous ai déjà dit que je n’étais pas un grand amateur de mangas ; pourtant, je m’aperçois qu’il y a du côté du soleil levant, régulièrement, des titres qui me surprennent et me rendre accroc à leur lecture. C’est le cas de «Monster» qui nous balade dans Berlin où un docteur japonais, accusé injustement de meurtres, tente d’élucider le mystère qui plane autour de la naissance de deux orphelins dont l’un est devenu un serial killer. L’intrigue est dense et complexe, la psychologie des personnages est bien étudiée, le graphisme assez réaliste est tout à fait honnête et surtout, chaque nouveau tome amène son lot de surprises. Le dixième chapitre de cet haletant thriller qui flirte avec le fantastique nous amène à Prague et en République tchèque : notre héros, repéré par la police des frontières, réussit à s’échapper avec l’aide d’un curieux journaliste free lance. Cette lutte acharnée entre le bien et le mal et un chef-d’œuvre de suspense et d’effroi !

 

« Mariko parade » par Frédéric Boilet et Kan Takahama

Editions Casterman (12,50 Euros)

Boilet, dessinateur de BD exilé au Japon, part prendre des photos sur l’île d’Enoshima, en compagnie de Mariko, son modèle et amante. Prélude à une séparation peu prévisible, ce séjour mêle angoisse et joie de vivre, bons moments et peur de la perte de l’être cher. Il ne s’y passe pas grand chose mais le lecteur sera complètement submergé par une émotion omniprésente ; de plus, cet ouvrage bénéficie du charme de la très belle maquette de la collection «Ecritures». En fait, il s’agit d’une compilation fort bien agencée de différentes histoires réalisées par Boilet seul ou avec une dessinatrice japonaise qui fut l’égérie du dernier festival d’Angoulême. Le tout est solidement relié par un fil conducteur qui consiste en la mise au point d’une vie amoureuse. Le dessin de Kan Takahama, tout en rondeurs, fait ressortir les visages alors que Boilet mise sur une mise en page dynamique et sur un trait sensuel (voire érotique), proche des mangas. C’est ce qui a fait, en autres, le succès de son dernier opus : «L’épinard de Yukiko» chez Ego comme X.

 

 « Supreme T.1 : L’âge d’or » par Joe Bennett, Rick Veitch, Alex Ross… et Alan Moore

Editions Delcourt (29,95 Euros)

En créant «Supreme», Rob Liefeld (un des fondateur d’Image et auteur, entre autres, des «Youngblood») voulait certainement donner à son univers un héros digne de «Superman» : force surhumaine, pouvoir de voler, tempérament de leader et costume capé de rouge. Pourtant, en 1996, il fait appel, après quelques épisodes violents et mouvementés, au talent d’Alan Moore (alors connu pour ses remaniements de super-héros comme «Watchmen» et autres «Miracleman»). Le scénariste anglais fait table rase du passé quelque peu encombrant de «Supreme» en opérant un retour aux sources où il multiplie les références au monde de «Superman». Il re-raconte le passé de ce super héros musclé aux nombreux alter ego (Original Supreme, Supreme V, Lady Supreme, Kid Supreme, Ethan Crane…) en insérant des flash-back de 8 à 12 pages réalisés par des dessinateurs différents (surtout Rick Veitch et Al Milgrom) alors que se poursuivent des aventures futuristes illustrées par Joe Bennett, secondé par nombre de ses collègues. Le tout résulte sur un melting-pot de styles et d’hommages à l’âge d’or naïf et bon enfant des premiers comics, mais se transforme, petit à petit, en une folle parodie que l’on a du mal, toutefois, à maîtriser à la première lecture. Notons que ces récits avaient déjà été publiés en France dans quatre revues diffusées dans le réseau presse par Génération Comics (alias Panini-France), entre 1998 et 2000 : à l’époque il y avait deux récits de flash-back en plus mais les illustrations d’Alex Ross en étaient absentes.

 

Collection « BD Jazz » : nouvelle livraison de 5 titres

Editions Nocturne (12,50 Euros, par album)

Les relations entre la BD et la musique ne datent pas d’aujourd’hui mais les éditions Nocturne ont lancé (en mai dernier) une superbe collection officialisant leurs points communs. «BD Jazz» propose des livres coffrets comportant une séquence de la vie d’un grand du jazz en 16 planches de BD tout en couleurs, une biographie et deux CD où nous pouvons écouter une subtile compilation des œuvres de l’artiste. Sans tambour ni trompette, voici une deuxième livraison de cinq autres de ces petits bijoux qui raviront amateurs et curieux. Si la première série de 10 titres accueillait quelques dessinateurs connus (Michel Conversin, Alain Garrigue…), cette nouvelle fournée nous permet de découvrir les talents d’illustrateurs de Kerascoët (sur Anita O’Day), de Jérémy Soudant (sur Stan Getz), de Grégory Elbaz (sur Oscar Peterson), de Pédro Zamith (sur Frank Sinatra) et de Jörg (sur Ray Charles). L’accueil critique et public étant en dessus de leurs espérances, ces éditeurs spécialisés en jazz et autres bonnes musiques nous promettent une autre salve de 5 titres pour bientôt.

 

Gilles RATIER