A l’accueil, un présentoir spécialement consacré au Western met d’emblée le visiteur dans l’ambiance, prouvant s’il en était encore besoin le renouveau du genre dans la BD française dont Blueberry constitue un pilier. Le succès de la série confine au phénomène de mode, précise M Ingarao, responsable culture du magasin. Et les ventes marchent bien : l’album Il faut sauver Lincoln, publiée chez Dargaud, a été dopé par la sortie d’OK Corral de Giraud, et l’ensemble de la série bénéficie en outre de l’effet film. De fait, 15 mn avant l’arrivée de Michel, une vingtaine de personnes forment déjà la queue.

 

            Le dessinateur de la série La jeunesse de Blueberry a en effet attiré un public varié. A côté des mordus de BD, comme Bernard, qui a déjà rencontré le dessinateur à Paris et à Colmar, il y avait nombre de curieux, séduits par l’aubaine d’un dessin. « J’ai profité de l’occasion pour acheter l’album et le faire dédicacer », confie Caroline, venue accompagner un ami. « Je suis heureuse de mettre un visage derrière les dessins » ajoute-t-elle avec un sourire gracieux. Le jeune Frank, lui, s’est déplacé spécialement pour l’occasion : « Je possède toute la série, dit-il. Pour moi, c’est meilleur que le western américain ». Quant à Eliane, qui a acheté l’album pour son mari, passionné de Blueberry, elle avoue se servir de la série pour initier ses deux jeunes enfants à l’univers de la BD. La relève semble ainsi assurée pour un héros

 

            Michel reste égal à lui-même : calme, précis et tout en sourire patient. « Ces manifestations sont vitales pour moi, confesse-t-il. Elles me redonnent de l’énergie. Sans cela, ce serait une grande frustration de dessiner pour les autres sans jamais les voir. Là, j’ai les réactions en direct ». Prenant le temps de dialoguer, Michel enchaîne les dédicaces. Chaque dessin est une minutieuse démonstration de la finesse énergique de son trait. Et du style personnel qu’il a su insuffler à la série où son amour des chevaux (c’est un cavalier émérite) et sa connaissance de l’ouest américain font merveille. Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance car développer un cycle de jeunesse sur un personnage déjà célèbre n’est jamais facile.

 

            En effet, qui à présent, ne connaît Blueberry, cet officier de l’armée américaine, dur à cuire, rebelle et audacieux ? Le succès sans cesse confirmé de ce héros créé il y a quarante ans par Giraud et Charlier (ils en sont à leur 27e tome!), a très vite amené les auteurs à prolonger le cycle classique avec les aventures de jeunesse du lieutenant pendant la guerre de Sécession. Blanc-Dumont, déjà célèbre pour sa série Jonathan Cartland et primé à Angoulême pour Les survivants de l’ombre, a pris la relève en 1997. « Giraud m’a fait totalement confiance. Après m’avoir lancé, il a su me laisser une indépendance complète ». Avec bonheur, comme l’illustre ce nouvel épisode.

 

            Virtuose des scènes de combat et des découpages dynamiques, Michel Blanc-Dumont sait sublimer le scénario haletant de Corteggiani jusqu’à l’épique. Avec son scénariste, l’entente semble complète : « J’ai toujours eu besoin d’échanger avec quelqu’un. Il jette le premier regard tout comme je suis son premier lecteur ». Avec ce volume, les deux compères semblent faire un clin d’oeil à la série initiale en reprenant plusieurs thèmes de l’album Angel Face : la redoutable Eléonore Mitchell, ancien agent de l’agence Pinkerton, se lie à une société secrète afin d’assassiner le président Lincoln à sa descente de train. Le fait est inspiré d’un événement réel. D’ailleurs Lincoln n’a pas éternellement pu échapper à ceux qui voulaient lui faire payer son rôle dans le déclenchement de la guerre de Sécession Le jeune Blueberry se retrouve donc encore mêlé à la grande histoire. Pour le plaisir de tous les lecteurs de Michel Blanc-Dumont.

 

Joël Dubos.

 

Blanc-Dumont & Corteggiani, La jeunesse de Blueberry, tome 13, Il faut tuer Lincoln, Dargaud, 9,45 €