« Pif Gadget, la véritable histoire : des origines à 1973» par Richard Medioni

Editions Vaillant Collector (25 Euros)

Devant le nombre important de nostalgiques de l’hebdomadaire Pif Gadget, un de ses anciens rédacteurs en chefs (Richard Medioni) a entrepris d’en raconter «La véritable histoire : des origines à 1973». L’ouvrage (publié par Vaillant Collector et diffusé par Le comptoir des Indépendants) est passionnant : il passe en revue la création des héros mythiques comme «Rahan», «Docteur Justice» ou «Corto Maltese» mais aussi la conception de ces fameux gadgets qui ont ravi toute une génération : les pois sauteurs du Mexique, les Pifises et autres poudres de vie… Ce livre, qui mérite vraiment votre attention, rend un hommage justifié à ce journal d’obédience communiste (fort bien réalisé pour l’époque) qui reste ancré dans nos mémoires !

 

 « Je suis morte T.1 : Apprendre » par Nicolas Nemeri et Jean-David Morvan

Editions Glénat (10,99 Euros)

Soutenue par Christian Gine (le dessinateur de «Neige»), dans le cadre des «Alfred» – coups de cœur des éditions Glénat, cette nouvelle série de la collection «Loge noire» est aussi étrange qu’envoûtante. Aster est la dernière femme mortelle dans un monde d’immortels : nous découvrons avec émotion sa naissance et son enfance dans ce premier volume (qui sera suivi de deux autres, l’un sur son adolescence et le dernier sur sa vieillesse et sa mort). Avec cette série de science-fiction ancrée dans le quotidien, Jean-David Morvan s’affirme comme un bon scénariste en économisant dialogues et récitatifs, ce qui résulte sur une impeccable narration. Cependant, le style du jeune Nicolas Nemeri peut surprendre : son trait est encore peu assuré et ses influences fluctuent entre mangas et comics. Ceci dit, après lecture, on ne peut que constater l’adéquation de ce graphisme léger avec l’atmosphère poétique du conte philosophique imaginé par Morvan.

 

« L’anthologie A. B. Frost : Stuff and Nonsense – The Bull Calf – Carlo » par Arthur Burdett Frost

Editions de L’An 2 (23,50 Euros)

Rarement cité par les historiens de la bande dessinée (car sa carrière s’est déroulée loin de la presse quotidienne, laquelle a révélé tous les autres pionniers du 9ème art), Arthur Burdett Frost, illustrateur américain des livres de Lewis Carroll (il était aussi connu pour ses peintures et cartoons consacrés au golf et à la chasse), est pourtant un auteur de premier ordre. Les éditions de l’An 2 (dirigées par l’érudit Thierry Groensteen) nous présentent, pour la première fois en France, une très belle anthologie de ses œuvres (inaugurant la collection «Krazy Klassics» vouée à la redécouverte des classiques du dessin et de la BD). «Stuff and Nonsense», «The Bull Calf» et «Carlo», les trois albums réunis ici, dépeignent la bêtise humaine : ils ont été réalisés entre 1884 et 1913 par ce graphiste-narrateur injustement méconnu et pourtant complètement novateur à son époque.

 

« Le cri du peuple T.3 : Les heures sanglantes » par Jacques Tardi d’après l’œuvre de Jean Vautrin

Editions Casterman (18 Euros)

Troisième et avant-dernier volume pour cette superbe adaptation d’un roman consacré à la Commune, écrit par Jean Vautrin ! C’est une remarquable BD historique qui nous plonge dans l’horreur d’une période sombre de l’Histoire de France, dans la grande tradition du roman feuilleton. Jacques Tardi excelle dans le noir et blanc et multiplie les plans panoramiques, les personnages aux trognes inoubliables, les décors parisiens rendus avec un soin particulier grâce à une documentation sans faille…, le tout dans un somptueux format à l’italienne.

 

 

« Popotka T.3 : Mahto » par Fred Simon et David Chauvel

Editions Delcourt (8,40 Euros)

Le catalogue Delcourt-Jeunesse est rempli de petits joyaux qui font le lien entre le livre pour enfants et la BD. La série «Popotka», elle, est pourtant d’aspect assez classique (ce qui rassurera les amateurs de séries franco-belges) ; mais elle n’en demeure pas moins initiatique, prônant des valeurs comme le courage, la détermination ou le sens de la justice. Comme dans le fameux «Yakari» de Derib et Job, les jeunes lecteurs peuvent y découvrir la vie des indiens Sioux et rêver à d’interminables cavalcades à travers les grandes étendues de l’Ouest américain. David Chauvel montre l’étendue de ses capacités scénaristiques (se libérant de l’étiquette du Tarantino de la BD qu’on lui avait collé) et Fred Simon nous enchante avec son trait semi-réaliste, rehaussé par de lumineuses couleurs qu’on avait déjà pu apprécier sur «Rails» ou «Poisson-Clown» (deux autres séries écrites par Chauvel chez le même éditeur !).

 

Gilles Ratier