Rubrique assurée par Gilles Ratier

« Le miroir des Alices T.1 : L’ennemie qui est en moi » par Kara


Editions Soleil (12,50 Euros)


L’auteur est un spécialiste des mangas : on retrouve d’ailleurs, régulièrement, sa signature dans Bo Doï ou dans AnimeLand. C’est aussi un excellent graphiste et sa première BD («Gabrielle», chez Pointe Noire) a été rapidement épuisée (Soleil doit la rééditer très prochainement). Sa nouvelle série, publiée comme il se doit dans la collection «Soleil levant» (le dessin de Kara est en effet très influencé par les mangas, ne serait-ce que dans la représentation de ses personnages qui ont tous de grands yeux), est un récit de SF se déroulant principalement dans un contexte d’heroic-fantasy. Alice est accidentée et elle se réveille dans un univers virtuel, très informatisé. Elle se rend très vite compte que ce monde de pixels est dirigé par trois lapins et est conçu par Carol, un ordinateur géant ! Ce récit philosophique est un brin déroutant car il est rempli de références, mais la magnificence des planches et le dynamisme de la narration facilite l’entrée du lecteur dans ce pays merveilleux : des prémices réussies pour une judicieuse alliance entre les BD japonaises et franco-belges !  


« Angora » par Aurélia Aurita


Editions 9ème Monde (6,50 Euros)


Aperçue dans Fluide Glacial et dans PLG, Aurélia Aurita est sans nul doute un auteur à suivre. Elle devrait rejoindre d’ici peu le peloton de la « nouvelle BD » : les Blain, Sfar, Guibert, Trondheim et autres Dupuy-Berbérian. Cela tombe bien, c’est justement Berbérian qui lui fait la préface de ce recueil d’histoires courtes qui aurait été publié à l’origine par Stéréoscomic ( ???). Ceux qui sont passés à côté de ces petites tranches de vie quotidienne, mettant en scène une jeune femme à la recherche d’un amour définitif, rehaussées par un dessin noir et blanc drôle, tendre et plein de charme, n’ont plus aucune excuse !


 


« Palaces » par Simon Hureau


Editions Ego comme X (28 Euros)


Simon Hureau, découvert par les Alph’Art jeunesse d’Angoulême, a beaucoup voyagé… Ici, c’est le Cambodge qui l’accueille, et il nous raconte, par petites touches, ses nuits au bord des rivières (enveloppé dans de vieux sacs de ciments déchirés) : SDF au milieu des temples abandonnés de cette Asie mystérieuse. Simon erre dans des champs de hautes herbes, remplis de serpents et d’insectes étonnants qui alimentent sa collection… Même si l’ouvrage n’est pas le chef-d’œuvre attendu, il dégage un charme indéniable ; le lecteur ne pourra qu’être séduit par ces pérégrinations et par le graphisme très intéressant de ce jeune talent fort prometteur.


 


« Pyong Yang » de Guy Delisle


Editions L’Association (23 Euros)


Après nous avoir raconté son voyage dans le sud de la Chine (dans «Shenzen», chez le même éditeur), le canadien Guy Delisle nous fait partager son séjour en Corée du Nord où il a été envoyé pour superviser la fabrication de dessins animés. Ce pays vit sous le régime d’une dictature et notre animateur se retrouve témoin passif, essayant, tout le long de ces deux mois, de rester objectif. Dans ce carnet de bord plein d’humour, le moindre moment anodin se transforme en une perle d’ironie retraçant le surréalisme édifiant des situations !


 


«  La vie de Victor Levallois T.2 : La route de Cao Bang » par Stanislas et Laurent Rullier


Editions Humanoïdes associés (12, 35 Euros)


Les Humanos ont eu la bonne idée de rééditer une des meilleures séries éditées sous leur label Alpen, au début des années 1990. «Victor Levallois», tout comme son confrère «Théodore Poussin» n’a rien d’un aventurier : aide-comptable d’une petite entreprise, il se retrouve embarqué malgré lui jusqu’en Indochine, en 1948. Dans cette errance, il frôle la mort, découvre l’amour, et il est prêt à tenter le tout pour le tout alors que les embuscades des viets se multiplient et que les grenades exposent dans les tripots de Cholon : une histoire prenante (Laurent Rullier, le scénariste, a écrit bon nombre d’épisode de «Spirou» en dessins animés), avec une galerie de personnages intéressants dans le cadre des années 50, rendu avec finesse par le dessin « ligne claire » de Stanislas Barthélémy.



Gilles Ratier