Miss, tome 4, Sale blague mon amour

Pendant l’un des hivers de la grande dépression américaine, Slim le noir athlétique et Nola, la blonde coriace, utilisent à plein leur qualification professionnelle très spéciale : tueurs froids et efficaces, ils luttent à présent pour leur survie. Et pour sauver Slim, malade comme un quelconque vagabond. Le dessin très réaliste et la domination des verts et des gris foncés rendent bien l’atmosphère sinistre de cette époque désespérée. Ce polar très noir, qui est aussi une histoire d’amour atypique entre une blanche et un homme de couleur, fonctionne sur un mode paradoxal en suscitant autant d’intérêt pour les péripéties du récit que pour le charisme qui se dégage de ce couple impitoyable. Car la densité des deux héros, rayonnants de leur attachement mutuel, les rend paradoxalement attachants et terriblement humains.J.D.

Thirault, Riou&Vigouroux, Sale blague mon amour, Humanoïdes, 12,35F.

Les fantômes

Sur le thème « je lis, je fourmille, je grandis », Albin Michel jeunesse étoffe « La fourmi qui lit », sa collection tout en images pour les 5-6 ans. Beaucoup d’onomatopées, des phrases courtes et peu nombreuses, des images de belles tailles, des couleurs bien marquées et des histoires à la fois simples à comprendre et riches en gags visuels, voici les atouts qui charment les petits. Avec la série des Fantômes, le jeune lecteur se trouve entraîné par de joyeux personnages dans un univers écossais de châteaux et de lacs. Regorgeants de trouvailles dérivées de l’univers quotidien de l’enfant (le bain, le repas, le poisson rouge), ces albums qui amuseront petits et grands, initient en douceur à la lecture à partir des codes de la bande dessinée. J.D.

Jacques Duquennoy, Les fantômes, Albin Michel, 5,5 E.

Terre mécanique

Sur un océan sans fin, un paquebot vogue dans une fête perpétuelle, étourdissant les passagers jusqu’à leur faire oublier les raisons qui les ont poussés à fuir la terre à une époque indéterminée. Mais, alors que tous sombrent dans les excès, la frivolité et la régression, Philéon, détenteur du journal de bord du premier capitaine, veut quitter le navire. Il entraînera avec lui le petit Bruno, mais aussi à leur corps défendant, sa mère, le capitaine, et une jeune paria. Insérant les effets comiques sur un fond de drame, le récit se présente comme une tragédie burlesque, où les enfants sont plus raisonnables que les adultes, l’équipage totalement irresponsable et les forces de sécurités fort dangereuses. Un univers coloré, foisonnant et original, servi par un trait semi-réaliste empruntant à la caricature sa force expressive. J.D.

Andréa&Fitoo, Terre mécanique, Casterman, 12,5E.

ABERZEN

Ce 2e tome de la série se révèle d’une facture moins déroutante que le précédent. On y suit encore Bachel et ses amis qui sortent enfin de leur caverne, juste avant que les monstrueux Krékersès ne les engloutissent, mais l’action nous plonge surtout au coeur de la lutte menée par une communauté de pêcheurs contre ces envahisseurs multiformes et chauchemardesques. L’ensemble conserve toute son originalité et sa force pour dévoiler peu à peu une création complexe et fascinante. S’appuyant sur des dialogues truculents, des scènes de batailles intensément rendues et des personnages rudes aux psychologies tumultueuses, le scénario multiplie les rebondissements inattendus jusqu’à créér une tension dramatique qui tient constamment le lecteur en haleine.J.D.

N’Guessan & Gibelin, Aberzern, Soleil, 12,5E.

Manhattan beach 1957

John est un policier morne, hanté par sa rencontre brève et dramatique avec Daisy, qu’il a aimée quelques 20 ans plus tôt. Rongé par ce souvenir qui l’empêche de vivre au présent., il traque un meurtrier qui le conduira au bout de son obsession. Avec le père au dessin et le fils au scénario, la famille Hermann réalise un 2e album d’une cohésion intense. Ici, c’est le fils qui contribue à assagir l’élan paternel pour produire un récit dense mais sobre, construit sur le double registre d’un road movie décliné au passé en noir et blanc, et d’une histoire policière ordinaire. L’ambiance, quasi ethnographiques et très marquée par l’univers culturel des fifties, et les couleur, patinées, comme usées, à l’image de la désillusion du héros qui se survit à la limite de la démence, présentent le revers désenchanté du rêve américain.J.D.

Manhattan Beach 1957, Le Lombard, 11,90 E.