D’un coté, le malicieux chat du rabbin trouve la parole après avoir dévoré le perroquet de son maître. Visiblement, celle ci lui manquait car il y trouve un prétexte à de multiples critiques des lois religieuses et autres idées reçues. De l’autre coté, le demi-chien Socrate du demi-dieu Hercule est doué de parole et se prétend philosophe, sans aucune difficulté, compte tenu de sa référence intellectuelle, à savoir son maître. Ce dernier  ne vit en effet qu’à travers l’usage de ses muscles, même dans des genres différents, qu’il fait sur les hommes et les femmes.

Intelligemment verbales, ces deux nouvelles séries de la collection Poisson-Pilote (Dargaud) sont signées de Sfar. La première (« Socrate ») est dessiné par Christophe Blain, dans un style nettement plus dépouillé que pour « Isaac le pirate », et la seconde par Joann Sfar lui-même. Les deux nous entraînent dans un tourbillon de situations cocasses, humoristiques, tendres et poétiques. Et s’il est impossible de comparer sur le fond « Socrate » – à dominante humour – et « Le chat … » – plus critique et interrogatif -, on retrouve dans ces deux nouvelles séries la patte du scénariste. Car il y a désormais un style narratif Sfar, cocktail composé d’humour décalé, d’auto dérision ( notamment dans ses régulières références à sa culture et la communauté juives), d’humanisme et de poésie, qui constituent sa marque de fabrique. L’auteur s’est imposé ces dernières années comme un conteur incontournable, à l’imagination débordante et semble-t-il inépuisable. Mais à multiplier les séries (comme les petits pains !?), dont il dessine un certain nombre (dans un style tout aussi personnel et identifiable que sa narration), on se demande bien comment il va tenir le rythme qu’il s’impose lui-même et surtout, pour prendre l’exemple des albums dont nous parlons ici, si la suite de ces récits vont aussi bien tenir la route que ces  deux premiers tomes, que nous recommandons. Récemment, le deuxième volume des « Olives noires » (Dupuis, avec Guibert), a démontré que nous pouvions faire confiance à Sfar pour continuer à nous surprendre et nous émouvoir. On ne demande que ça !

La Bar-Mitsva, Le chat du rabbin 1, texte et dessin de Joann Sfarr, éditions Dargaud, 9,45€

Héraclès, Socrate le demi-chien 1, texte de Joann Sfar, dessin de Christophe Blain, 9,45€

Resumé du « chat du rabbin » : Pendant félin de Socrate le demi-chien, le chat du Rabbin essaye de répondre à une question fondamentale : peut-on apprendre la torah à un chat, fut il doué de parole ? La réponse est une fable savoureuse, d’une intelligence rare qui réjouira les amateurs d’Orient, de jolies femmes et de métaphysique.
 » Le chat du Rabbin « , c’est Alger et le quartier Juif au début du siècle. Celui qui regarde ce monde et qui raconte, c’est  » le chat du Rabbin « . Tout de suite, il explique pourquoi le Rabbin n’a pas plutôt un chien : « … Ça fait tellement longtemps que les Juifs se font mordre, courir après ou aboyer dessus que, finalement, ils préfèrent les chats « .
Le chat mange le perroquet de Zlabya, la fille du Rabbin, et du coup, le voilà doté de la parole et exigeant de faire sa bar-mitsva. Les discussions vont être longues tant avec le Rabbin lui-même qu’avec le Rabbin du Rabbin. Ce chat, qui a une allure graphique à pleurer de rire, tantôt matou tendre amoureux de sa maîtresse, tantôt sournois filou, tient tête à tout le monde et ergote à n’en plus finir. Il ne se calme que dans la douceur des bras de sa maîtresse. Mais il lui est interdit de lui parler, alors il nous confie :  » c’est la condition, si je veux rester avec elle. Ça vaut le coup de fermer sa gueule pour être heureux « .
Ceci ne l’empêchera pas de se mettre sur la piste des étudiants qui fréquentent l’école du Rabbin, car l’un d’entre eux a le désir d’épouser la jolie Zlabya…

Résumé de « Socrate » : Les aventures du chien d’Héraclès dans une Antiquité qui fleure bon les rivages de la Méditerranée. Si vous aimez l’humour, le sexe, la violence, la philosophie et les animaux, cette série est faite pour vous. Sfar et Blain créent une merveille d’humour décalé, fin et sophistiqué qui s’amuse à réfléchir.
Héraclès est le fils de Zeus, c’est un demi-dieu. Socrate, qui est le fils du chien de Zeus, est un demi chien, moitié chien, moitié philosophe. Vu de l’extérieur, il ressemble plutôt à un clébard jaune à truffe noire, un peu pouilleux, et son comportement ressemble à celui de n’importe quel chien.
Oui, mais il pense, et il cause. C’est le chien d’Héraclès et il le suit dans toutes ses aventures, commentant les moindres faits et gestes de son maître. Sous couvert d’offrir aux lecteurs un péplum épique, cette nouvelle série est une tentative de faire de la philosophie en bandes dessinées.
Les aphorismes du chien oscillent entre brèves de comptoir et dialectique platonicienne, tandis que son maître tente de séduire toutes les belles qu’il croise et se bagarre avec tous les monstres qu’il rencontre.