Quelles ont été vos influences ?

 

Quand j’étais étudiant, j’ai été impressionné par le peintre Velasquez , un maître raconteur d’histoires. Plus tard, j’ai appris de George Herriman, le créateur de Krazy Kat, qu’il existe un contact à la fois visuel et psychologique avec le lecteur et quelle était la manière d’attirer visuellement ce lecteur.

 

 

Lisez-vous encore des BD ?

 

De temps en temps et seulement le travail de mes amis, pour vérifier qu’ils ne me rattrapent pas !!

 

 

Comment procédez vous pour la construction de vos albums ?

 

En général, l’idée me vient via un article de journal ou une découverte que je fais. Je commence par écrire la fin de l’histoire puis je progresse comme dans un labyrinthe vers la résolution du problème posé. Tous mes livres commencent par une phrase invisible qui dit : « Croyez-moi ».

 

 

Pourquoi ne reprenez vous pas Le Spirit ?

 

Pour une raison simple : Je l’ai déjà fait !! Et il n’y a que deux raisons fondamentales pour lesquelles je pourrais le refaire : Prouver que je le peux encore et l’Argent. Je n’ai besoin d’aucun des deux.

 

 

Considérez vous Le Spirit comme un Superhéros?

 

Le Spirit n’a jamais été conçu pour être un super héros. C’est le résultat des exigences du syndicate de l’époque (1940) qui voulait un personnage « en costume » car Superman devenait célèbre. Le mot « superhéros » n’existait d’ailleurs pas encore. J’ai fait un compromis en mettant un masque et des gants à mon personnage.

 

 

Qu’est ce qui vous fait fonctionner encore après plus de 60 ans de carrière ?

 

Le risque de faire quelque chose de mauvais et le désir d’être approuvé.

 

 

Comment considérez-vous L’Alph’Art hommage qui vous a été remis à Angoulême ?

 

Ce prix est une forme de reconnaissance. Mes pairs, apparemment, approuvent ce que je fais. Les applaudissement sont le carburant de la créativité. C’est pour ça que je suis venu jusqu’ici pour recevoir ce prix.

 

 

Quel regard portez-vous sur la BD aujourd’hui ?

 

J’étais le seul dans mon atelier à considérer que je ferais de la BD toute ma vie et qu’il s’agissait d’un genre littéraire sérieux. Les autres membres faisaient ça pour gagner de l’argent et faire ensuite des « Beaux Arts ». Ils disaient tous que je prenais tout ça trop au sérieux. J’ai grandi avec l’idée qu’il existe une hiérarchie dans les arts et je voulais en atteindre le sommet avec la BD. Aujourd’hui, avec les années 2000, nous arrivons à la reconnaissance culturelle de ce media comme genre littéraire majeur. J’ai l’impression d’être Martin Luther King : « Mon Dieu, c’est arrivé » !. Mais si je dit que nous avons été reconnus, je sais également que nous ne sommes pas encore acceptés. Cela viendra avec les nouveaux talents. Certaines personnes qui arrivent à la BD aujourd’hui auraient pu se tourner vers un autre art graphique, comme la peinture, à d’autres époques. Vous allez voir les médias changer très vite d’attitude maintenant.

 

 

Peut-on vous comparer à Woody Allen au sens que vous semblez rencontrer plus de succès ici qu’aux Etats Unis ?

 

J’ai une audience plus importante en Europe qu’aux USA et particulièrement dans les pays latins . Ce sont des sociétés plus anciennes et les gens savent qu’il n’existe pas de solutions simples aux problèmes complexes. C’est une des raisons pour lesquelles je ne met jamais le mot « Fin » au terme de mes histoires, ce qui est très inhabituel.

 

 

Qu’avez-vous ressenti le 11 septembre 2001 ?

 

Presque tout le monde aux USA a eu une réaction viscérale. Les Etats Unis sont un pays souhaitant apporter des réponses instantanées aux problèmes complexes. C’est la solution du cow-boy. : celui qui porte le chapeau blanc abat celui qui porte le chapeau noir et c’est fini. C’est pour cette raison qu’après le 11 septembre,  tout le monde aux USAa porté des petits drapeaux. Mais nous nous sommes tous sentis vulnérables alors.