C’est dans « L’Echo des Savanes« , en 1977, qu’il crée ses premières bandes dessinées: des histoires courtes qui ont pour principal acteur, déjà, le personnage un peu gauche et désabusé de Bernard Lermite, et qui deviendra presque immédiatement son héros fétiche.

Son graphisme dynamique, son trait limpide et très lisible, s’inscrivent plutôt dans le registre du réalisme, mais s’avèrent avant tout des instruments au service d’une arme redoutable: un art du dialogue ciselé et percutant, que Martin Veyron maîtrise d’emblée avec un rare brio.

A la disparition de la première version de « L’Echo des Savanes« , il continue à animer les aventures de Bernard Lermite dans « Pilote » en 1981, puis le fait revenir dans les pages de « L’Echo » à la résurrection de celui-ci fin 1982. Parallèlement à son travail de dessinateur, il développe également une activité de scénariste, notamment avec Jean-Claude Denis (« Oncle Ernest et les ravis« , recueil chez Casterman en 1978), avec Jean-Marc Rochette (la série « Edmond le cochon » à partir de 1979, aux Editions du Fromage puis chez Albin Michel) et, sous le pseudonyme de Richard de Muzillac, avec Diego de Soria alias Lopez (« Olivier Désormeaux » en 1984 chez Dargaud).

Martin Veyron fait éclater ses talents de dialoguiste hors-pair et son sens acéré de l’observation sociale dans « L’amour propre« , qu’il fait paraître dans « L’Echo des Savanes » en 1982, et où il joue simultanément sur les registres de l’humour et de l’érotisme. Publié en album chez Albin Michel, ce récit connaît un succès public spectaculaire, au point de donner naissance trois ans plus tard, en 1985, à un film éponyme que Martin Veyron réalise lui-même, avec Jean-Claude Dauphin et Corinne Touzet dans les principaux rôles.

Dans la foulée de « L’amour propre« , il publie dès 1983, toujours dans les pages de « L’Echo des Savanes« , une autre chronique de mreurs urbaine et sophistiquée, « Executive Woman », qui achève de l’imposer comme l’un des observateurs les plus pertinents de la société française du moment. Martin Veyron devient dès lors l’un des auteurs de bande dessinée les plus en vue des années 80.

En marge de sa production d’albums, il continue très r,égulièrement, toujours dans le registre de l’observation ironique de ses contemporains, à fournir des illustrations aux pages « société » de la presse d’information (« Le Monde dimanche« , « Libération« , « Paris Match« , « Le Nouvel Observateur« …), qui apprécie son regard décalé et le mordant de ses dialogues. Bon nombre de ces images sont réunies et publiées en recueil (« Un nègre blanc le cul entre deux chaises« , 1980, « Vite ! », 1988, « Politiquement incorrect », 1995). Il deviendra même, un temps, le dessinateur de presse attitré de feu le quotidien « InfoMatin  » ( 1994) .

Tout au long de son parcours professionnel, Martin ,Veyron travaille également pour la publicité: il réalise notamment les albums « La fin du chèque » pour le Crédit Agricole de Toulouse (1983), « Le cahier » pour Clairefontaine ( 1987) et « Titre de transport » pour Métropole Transport Développement (1993). .

Après un ambitieux et brillant album sur les milieux de l’art et de la finance, « Donc, Jean. . . », publié chez Albin Michel en 1990, Martin Veyron prend temporairement un peu de distance avec le dessin au long cours. Une parenthèse qui lui permet, entre autres, d’ illustrer « Portrait du joueur » de I’écrivain Philippe Sollers en 1991 (Gallimard-Futuropolis), de se consacrer davantage au scénario -il reprend en 1992 dans « L’Echo des Savanes« , avec son complice Rochette, la série « Edmond le Cochon » laissée en jachère depuis 1983- et d’ approfondir son attirance pour la littérature: son premier roman, « Tremolo Corazon« , paraît chez J.C.Lattès en 1996.

En 1998 pourtant, Martin Veyron renoue pour de bon avec la bande dessinée: Albin Michel publie son nouvel album, « Cru bourgeois« , où se retrouve, parfaitement intacte, sa « patte » inimitable pour l’ étude de mreurs. Un retour sur le devant de la scène qu’il vient de confirmer il y a quelques semaines, fin 2000, avec la publication chez le même éditeur d’un nouveau récit, « Caca rente« .

Dont acte: décerner à Martin Veyron le Grand Prix de la Ville d’ Angoulême 2001, c’est tout simplement, pour l’ Académie des Grands Prix, une autre manière, affectueuse et admirative, de lui dire « bienvenue à la maison ».